A quand l’union arabe ?
Morsi Attalla
Malheureusement,
certains journaux et chaînes satellites ont tendance à
propager des avis qui ne constituent qu’une face de la
réalité. Il est vrai que le recul et l’impuissance arabes
sont actuellement indéniables, mais ce n’est pas un prétexte
pour tenter de donner l’impression que l’idée même de
l’union arabe est illusoire et impossible.
Les projets d’union et de complémentarité arabes, en
particulier au niveau économique, n’ont pas échoué parce que
ce sont des projets non-réalistes, mais parce qu’ils ont eu
un mauvais point de départ. C’est-à-dire la conscience des
peuples et leurs intérêts. Au contraire, les projets arabes
d’union et de complémentarité avaient parfois pour motifs
des pressions émotionnelles et d’autres fois, ils ont été
effectués dans le cadre de politiques axiales.
De plus, il est injuste de dire que toutes les tentatives
arabes d’union et de complémentarité économiques ont échoué
tout simplement parce qu’elles ont trébuché. Et ce, sans
mentionner clairement que la responsabilité de cet échec
revient à la poursuite des conflits régionaux et à l’absence
de la culture de l’intérêt commun. Celle-ci doit supprimer
du lexique culturel arabe tous les termes de discrimination
entre les différents pays. Ces mêmes termes doivent être
remplacés par la culture des frontières ouvertes et du
libre-échange commercial, sous la protection de systèmes
bancaires et fiscaux renforçant chez les peuples l’idée de
l’importance de l’union. Et ce, à la place des complications
effrayantes qui font que les gens hésitent même à approcher
des frontières géographiques.
La reconnaissance de la réalité du démantèlement et de
l’isolement arabe ne doit pas constituer un prétexte pour
dire que le régime arabe est devenu une charge lourde pour
ceux qui y participent. Au contraire, cette reconnaissance
doit ouvrir la voie à un dialogue libre et franc autour des
moyens de concilier entre les intérêts de chaque pays
séparément et les intérêts arabes nationaux qui en fin de
compte protègent la sécurité, la stabilité et la puissance
de chaque Etat arabe sans aucune exception.
Comment oublier que le géant européen qui a réussi à
atteindre la phase de l’union monétaire et de l’instauration
d’une volonté politique unie n’est autre que le fruit d’une
expérience qui a commencé en 1956 sous le nom de la
Communauté Economique Européenne (CEE). Tout comme le projet
arabe qui est gelé depuis environ un demi-siècle à cause des
craintes illusoires de voir perdre l’individualisme et la
particularité de chaque pays. Or, l’expérience européenne a
prouvé que ceci n’était pas vrai. En effet, aucune
contradiction n’existe entre l’union de la nation et la
souveraineté de chaque Etat. Rappelons que les pays arabes
ont même précédé les pays européens dans l’appel à créer un
marché commun, et ce alors que les Etats européens tentaient
encore de remédier à leurs pertes matérielles et
psychologiques après la Seconde guerre mondiale qui a
détruit l’Europe. Cependant, les Européens ont réussi à
dépasser leurs crises et surtout leurs différends et à
fonder une union politique et économique qui leur a permis
de construire une puissance mondiale géante.
Il est temps aujourd’hui de ressusciter le rêve arabe, même
si certains indices sont décourageants. Pour que ce rêve se
réalise, il faut du temps, de la patience, et surtout de la
confiance. Sans oublier le rôle des médias qui doivent
répandre des avis optimistes et courageux et non des avis
pessimistes et décevants. Sinon, il n’y aura aucun espoir de
réaliser un progrès autant au niveau de l’union arabe qu’au
niveau intérieur de chaque pays dans un avenir proche.