Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Suspicions pesantes
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Liban-Syrie. Presque un mois après le rétablissement des relations diplomatiques, des accusations syriennes concernant le lien entre le clan Hariri et le Fatah Al-Islam viennent créer de la tension entre les deux pays.  

Suspicions pesantes 

Des accusations mensongères. C’est ainsi que le chef de la majorité parlementaire libanaise, Saad Hariri, a qualifié les « aveux » retransmis par la télévision d’Etat syrienne accusant le courant du Futur de soutenir le groupe du Fatah Al-Islam, jugé responsable de l’attentat de Damas, qui a fait 17 morts en septembre dernier. Tout a commencé lorsque la télévision syrienne a diffusé les interrogatoires d’une dizaine de responsables présumés de l’attentat meurtrier du 27 septembre à Damas, et qui appartiennent au groupe radical sunnite du Fatah Al-Islam.

Parmi eux, une personne présentée comme « le responsable de la sécurité du Fatah Al-Islam en Syrie », Abdel-Baqi Al-Hussein, a affirmé que l’objectif de cet attentat était de « nuire au régime syrien ». Le groupe avait également l’intention, selon les aveux de ces personnes, d’attaquer, toujours en Syrie, des diplomates (italiens et britanniques), des voitures transportant des agents de sécurité ainsi que la Banque Centrale.

Parmi les personnes interrogées par la télévision syrienne — et dont les propos étaient repris dans la presse libanaise — figurait également une femme voilée de noir, Ouafa Al-Abssi, présentée comme étant la fille de Chaker Al-Abssi, un ressortissant jordanien d’origine palestinienne qui dirige le Fatah Al-Islam.

Inscrit en août 2007 par les Etats-Unis sur leur liste des organisations terroristes, le Fatah Al-Islam a affronté pendant plus de trois mois l’armée libanaise dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr Al-Bared, dans le nord du Liban, avant d’être vaincu début septembre 2007.

Composée de combattants libanais, palestiniens et d’autres nationalités arabes, et accusée d’être liée à Al-Qaëda, cette organisation s’était fait connaître à la fin 2006 après s’être infiltrée dans le camp de Nahr Al-Bared, proche de la ville de Tripoli et de la frontière syrienne. Au cours de l’été 2007, de violents combats les avaient opposés à l’armée libanaise. Au cours de ses aveux, Ouafa Al-Abssi a également pointé du doigt le courant du Futur dirigé par le député Saad Hariri, en l’accusant d’avoir financé l’organisation de son père. Elle a notamment cité la BankMed, qui appartient à la famille Hariri, parmi les bailleurs de fonds.

Véritables ou faux aveux ?

Des rumeurs évoquant un lien entre le clan Hariri et Fatah Al-Islam avaient déjà circulé dans le passé. Selon les experts, ce lien aurait été motivé par la volonté de créer un front sunnite qui fasse contrepoids au Hezbollah chiite. Mais c’est la première fois qu’une personne supposée proche de l’organisation y fait ouvertement référence. Cependant, selon Ouafa Al-Abssi, son père ne faisait pas confiance envers le mouvement du Futur et avait donc décidé d’installer l’organisation terroriste dans le camp de Nahr Al-Bared, avec l’aide d’un homme d’affaires saoudien.

Selon les dires de ces personnes interrogées, les responsables de l’attentat de Damas ont dû se livrer à plusieurs vols à main armée pour financer l’opération. Ils disent qu’ils ont également volé une voiture, dans la capitale syrienne, conduite par un Iraqien dans laquelle ils ont ensuite déposé les explosifs.

D’après les médias officiels syriens, la voiture, bourrée de 200 kilos d’explosifs, se trouvait, au moment de son explosion, près d’un poste des services de sécurité, à une intersection menant à l’Aéroport international de Damas et à la tombe de Sayeda Zeinab, un haut lieu de pèlerinage chiite.

Suite à ces informations, un responsable syrien a appelé Beyrouth à y ouvrir une enquête, loin de la surenchère politique.

S’agirait-il de véritables ou plutôt de faux aveux ? Pour les Libanais, c’est une vieille tradition du régime syrien de vouloir prouver au monde entier que le Liban est le fournisseur « officiel » de groupes terroristes islamistes. Mais pour la Syrie, l’affaire, même si ses auteurs et motifs sont déjà connus, est loin d’être close, elle a, par contre, pris un nouveau tournant bien délicat. Selon le politologue syrien Omrane Al-Zoghbi, ces aveux soulignent un complot visant à porter atteinte à Damas et à l’isoler davantage sur la scène internationale. Quoi qu’il en soit, les analystes s’accordent à souligner que cette affaire jettera son ombre sur les prochaines discussions syro-libanaises en terme de coopération et de coordination sécuritaire ainsi que sur la visite du ministre libanais de l’Intérieur, Ziyad Baroud, à Damas.

Rania Adel

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