Liban-Syrie.
Presque un mois après le rétablissement des relations
diplomatiques, des accusations syriennes concernant le lien
entre le clan Hariri et le Fatah
Al-Islam viennent créer de la tension entre les deux
pays.
Suspicions pesantes
Des accusations mensongères. C’est ainsi que le chef de la
majorité parlementaire libanaise, Saad Hariri, a qualifié
les « aveux » retransmis par la télévision d’Etat syrienne
accusant le courant du Futur de soutenir le groupe du Fatah
Al-Islam, jugé responsable de
l’attentat de Damas, qui a fait 17 morts en septembre
dernier. Tout a commencé lorsque la télévision syrienne a
diffusé les interrogatoires d’une dizaine de responsables
présumés de l’attentat meurtrier du 27 septembre à Damas, et
qui appartiennent au groupe radical sunnite du Fatah
Al-Islam.
Parmi eux, une personne présentée comme « le responsable de
la sécurité du Fatah Al-Islam en
Syrie », Abdel-Baqi
Al-Hussein, a affirmé que
l’objectif de cet attentat était de « nuire au régime syrien
». Le groupe avait également l’intention, selon les aveux de
ces personnes, d’attaquer, toujours en Syrie, des diplomates
(italiens et britanniques), des voitures transportant des
agents de sécurité ainsi que la Banque Centrale.
Parmi les personnes interrogées par la télévision syrienne —
et dont les propos étaient repris dans la presse libanaise —
figurait également une femme voilée de noir,
Ouafa
Al-Abssi, présentée comme étant la fille de
Chaker
Al-Abssi, un ressortissant jordanien d’origine
palestinienne qui dirige le Fatah
Al-Islam.
Inscrit en août 2007 par les Etats-Unis sur leur liste des
organisations terroristes, le Fatah
Al-Islam a affronté pendant plus de trois mois
l’armée libanaise dans le camp de réfugiés palestiniens de
Nahr
Al-Bared, dans le nord du Liban, avant d’être vaincu
début septembre 2007.
Composée de combattants libanais, palestiniens et d’autres
nationalités arabes, et accusée d’être liée à
Al-Qaëda, cette organisation
s’était fait connaître à la fin 2006 après s’être infiltrée
dans le camp de Nahr
Al-Bared, proche de la ville de
Tripoli et de la frontière syrienne. Au cours de l’été 2007,
de violents combats les avaient opposés à l’armée libanaise.
Au cours de ses aveux, Ouafa
Al-Abssi a également pointé du
doigt le courant du Futur dirigé par le député Saad Hariri,
en l’accusant d’avoir financé l’organisation de son père.
Elle a notamment cité la BankMed,
qui appartient à la famille Hariri, parmi les bailleurs de
fonds.
Véritables ou faux aveux ?
Des rumeurs évoquant un lien entre le clan Hariri et Fatah
Al-Islam avaient déjà circulé
dans le passé. Selon les experts, ce lien aurait été motivé
par la volonté de créer un front sunnite qui fasse
contrepoids au Hezbollah chiite. Mais c’est la première fois
qu’une personne supposée proche de l’organisation y fait
ouvertement référence. Cependant, selon
Ouafa Al-Abssi, son père
ne faisait pas confiance envers le mouvement du Futur et
avait donc décidé d’installer l’organisation terroriste dans
le camp de Nahr
Al-Bared, avec l’aide d’un homme
d’affaires saoudien.
Selon les dires de ces personnes interrogées, les
responsables de l’attentat de Damas ont dû se livrer à
plusieurs vols à main armée pour financer l’opération. Ils
disent qu’ils ont également volé une voiture, dans la
capitale syrienne, conduite par un Iraqien dans laquelle ils
ont ensuite déposé les explosifs.
D’après les médias officiels syriens, la voiture, bourrée de
200 kilos d’explosifs, se trouvait, au moment de son
explosion, près d’un poste des services de sécurité, à une
intersection menant à l’Aéroport international de Damas et à
la tombe de Sayeda
Zeinab, un haut lieu de
pèlerinage chiite.
Suite à ces informations, un responsable syrien a appelé
Beyrouth à y ouvrir une enquête, loin de la surenchère
politique.
S’agirait-il de véritables ou plutôt de faux aveux ? Pour
les Libanais, c’est une vieille tradition du régime syrien
de vouloir prouver au monde entier que le Liban est le
fournisseur « officiel » de groupes terroristes islamistes.
Mais pour la Syrie, l’affaire, même si ses auteurs et motifs
sont déjà connus, est loin d’être close, elle a, par contre,
pris un nouveau tournant bien délicat. Selon le politologue
syrien Omrane
Al-Zoghbi, ces aveux soulignent
un complot visant à porter atteinte à Damas et à l’isoler
davantage sur la scène internationale. Quoi qu’il en soit,
les analystes s’accordent à souligner que cette affaire
jettera son ombre sur les prochaines discussions
syro-libanaises en terme de coopération et de coordination
sécuritaire ainsi que sur la visite du ministre libanais de
l’Intérieur, Ziyad Baroud, à
Damas.
Rania
Adel