Iraq .
Les Etats-Unis ont accepté certains amendements dans
l’accord sur leur future présence dans le pays. D’autres
points épineux, comme l’immunité accordée aux soldats
américains, restent malgré tout en suspens.
Un début d’entente
Un
double attentat, le plus meurtrier à Bagdad depuis juin, a
fait au moins 28 morts et des dizaines de blessés lundi sur
un marché de Bagdad. Ces deux attentats ont été commis à
quelques minutes d’intervalle alors que les « Sahwa », des
milices d’ex-insurgés sunnites reconvertis dans la lutte
contre Al-Qaëda, financés par l’armée américaine et qui ont
joué un rôle déterminant dans la baisse des violences, vont
commencer cette semaine à être payés par le gouvernement
iraqien.
Ces nouveaux attentats interviennent alors que les
Etats-Unis et l’Iraq mettent les dernières dispositions à
l’accord concernant le cadre de la future présence
américaine en Iraq. Une fois de plus donc, les deux parties
se trouvent confrontées à la question de la violence dans ce
pays, l’un des prétextes sur lesquels l’Administration Bush
se basait pour justifier sa présence en Iraq, arguant qu’un
retrait américain précipité mènerait au chaos dans le pays,
et éventuellement dans la région.
Or, désormais, de nouvelles donnes surgissent. Outre la
poursuite de la violence en Iraq — malgré sa baisse
d’intensité —, l’élection de Barack Obama à la présidence
américaine ainsi que le rôle des pays voisins risquent de
peser sur l’avenir de l’Iraq.
Les Etats-Unis ont remis le week-end dernier à l’Iraq leur
version définitive de l’accord de sécurité qui doit conduire
à un retrait des troupes américaines d’ici fin 2011, en
affirmant avoir répondu « positivement » aux requêtes de
Bagdad, et ce, « afin de faire avancer le processus d’une
façon qui respecte la souveraineté des deux parties », selon
une porte-parole de l’ambassade américaine à Bagdad. « Nous
considérons être arrivés au bout du processus, en ce qui
concerne la partie américaine », a affirmé Suzan Ziadeh.
Cette dernière a toutefois refusé de préciser si les
Etats-Unis avaient accepté toutes les demandes iraqiennes de
rectification ou simplement certaines. Elle n’a ainsi pas
voulu préciser si un accord avait été trouvé sur la question
de l’immunité pour les soldats américains opérant en Iraq,
considérée jusqu’à présent par les Américains comme cruciale
et relevant de leur souveraineté.
« Nous avons répondu très positivement à plusieurs de leurs
préoccupations », a également déclaré à Washington le
porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Mais il a aussi
laissé clairement entendre que les Etats-Unis n’avaient pas
accepté toutes les demandes iraqiennes de rectification.
Appel à Barack Obama
Côté iraqien, le porte-parole du gouvernement iraqien, Ali
Al-Dabagh, a indiqué que son pays « a désormais aussi besoin
de temps pour permettre aux partis politiques iraqiens de
donner leur avis sur les remarques et modifications des
Américains », a-t-il encore dit. Mais à Bagdad, ce n’est pas
l’unanimité. Des imams représentant deux des principaux
courants chiites d’Iraq ont rejeté le projet d’accord
prévoyant le retrait d’ici trois ans des troupes
américaines. Un proche du chef radical chiite Moqtada Sadr
s’est fermement opposé au projet d’accord de sécurité. Au
mausolée de l’imam Al-Kazem à Kazamiyah, un autre quartier
chiite de Bagdad, cheikh Talal Al-Saadi a affirmé que « les
Américains veulent obtenir par cet accord un statut légal
leur permettant de rester indéfiniment » en Iraq. Proche de
Moqtada Sadr, il a appelé le gouvernement à rejeter l’accord
en affirmant : « Nous demandons aux responsables (iraqiens)
de ne pas se salir les mains ». Il a également lancé un
appel au président élu américain Barack Obama lui demandant
« de tenir sa promesse de retirer les troupes d’Iraq ».
Pour sa part, le conseiller iraqien à la Sécurité nationale,
Mouaffak Al-Roubaïe, a indiqué à la chaîne de télévision
Al-Arabiya que l’Iraq « avait proposé aux négociateurs
américains 110 changements » au projet d’accord. Interrogé
pour savoir si Washington avait accepté de supprimer toute
clause permettant à l’armée américaine de rester en Iraq
après 2011, il a répondu : « Ils ont accepté ce changement
et la présence militaire étrangère prendra fin à la fin de
2011 ».
Concernant l’immunité accordée aux soldats américains, un
des points épineux de l’accord, Bagdad souhaitait que ce
soit le commandement conjoint américano-iraqien et pas
uniquement les forces américaines qui déterminent si le
soldat soupçonné de crime était en mission ou non.
Un autre amendement important concerne les expéditions de
matériel américain. L’Iraq demande à pouvoir surveiller et
fouiller le matériel américain entrant ou sortant du pays.
Enfin, Bagdad veut une nouvelle formulation de certains
points dans la version arabe de l’accord, les estimant pas
suffisamment précis.
Abir
Taleb