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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Roman. Dans Azazel, c’est le récit d’une quête mystique qui se termine par la déception et l’abandon d’une foi jugée contraignante. Un livre qui a suscité remous et critiques.

La tentation du démon de l’esprit

Azazel, un titre suggestif dès le départ et porteur d’inquiétude que l’on dirait métaphysique. Il est bien proche d’Azraël, ange de la mort. En fait, tous les deux figurent dans la tradition religieuse hébraïque avec des prolongations dans le christianisme et l’islam. Le terme signifie « Dieu a rendu fort » par utilisation de la racine « azaz » (rendu fort) et de « El » qui veut dire Dieu. C’est un antique démon qui habitait le désert selon les anciens Hébreux et Cananéens. Mais qu’en est-il du roman qui porte ce nom ? Il est de Youssef Zidane, érudit et spécialiste des manuscrits anciens dont il a fait de nombreuses explications dans le cadre de son travail à la Bibliotheca Alexandrina. Cette passion de scruter ces documents témoins de tout un passé, où se mêlent pensées, réflexions, méditations et aveux, explique cette quête trouble d’une vérité — une vérité absolue existe-t-elle ? — qui est le ressort de son roman. Ici la recherche porte sur les concepts et croyances religieux, ceux des premiers âges du christianisme. C’est l’histoire d’un moine du Ve siècle originaire de Haute-Egypte qui s’est trouvé au centre de toutes sortes de débat sur les conceptions religieuses et les mystères du christianisme à l’heure des affrontements violents entre l’église dominante et les derniers représentants des croyances et cultures pharaoniques, la pensée des néo-platoniciens notamment la célèbre Hépatie sauvagement assassinée entre 414 et 415 à l’ordre de l’Eglise et par une foule fanatisée. Ceci a poussé le moine à quitter Alexandrie vers une sorte de pèlerinage-quête, où il finit par remettre en cause les aspects doctrinaires de la religion. Sous la houlette d’Azazel, il rédige ses confessions et tout ce drame existentiel et métaphysique qu’il a vécu. Il cache ses manuscrits dans un coffre qu’il met sous terre.

Le roman a défrayé la chronique ayant suscité colère et désapprobation de l’Eglise en Egypte qui y a vu une atteinte à la religion chrétienne et certains de ses symboles. Un procès a été intenté par le saint-synode copte orthodoxe pour retirer le roman des librairies.

Somme toute, il est évident qu’en Egypte, on dirait dans l’ensemble du monde arabe, la religion est un vrai tabou. L’auteur met en doute des croyances fondamentales dans le christianisme comme la trinité, l’idée de Jésus fils de Dieu. Dans une certaine mesure d’aucuns peuvent considérer qu’un tel débat est malvenu à l’heure des tensions interconfessionnelles latentes en Egypte.

Cela dit, on pourrait dire que le roman s’attaque à l’absolu dogmatique, au rejet des arguments rationnels, de la diversité et de la liberté d’expression et de croyance et surtout au recours à la violence par le pouvoir religieux. Un aspect qui ne s’arrête pas à un seul fondamentalisme.

Au-delà, Azazel se distingue par une belle écriture faite d’introspection, d’un souffle haletant, celui de l’incertitude. On croit aussi palper ces manuscrits où sont déposés ces aveux. Certains rapprochent le roman d’un genre d’ouvrages comme « Le Nom de la Rose » d’Umberto Ecco, qui est le récit de la découverte du manuscrit que l’auteur prétend traduire, et des conclusions du narrateur devenu vieillard, ou bien du populaire « Da Vinci Code » de Dan Brown. Les manuscrits représentent des révélations embarrassantes face aux vérités établies.

Ahmad Loutfi

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Youssef Zidane, Azazel, Dar Al-Chourouq 2008, troisième édition.

 




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