Roman.
Dans Azazel, c’est le récit d’une quête mystique qui se
termine par la déception et l’abandon d’une foi jugée
contraignante.
Un livre
qui a suscité remous et critiques.
La tentation du démon de l’esprit
Azazel,
un titre suggestif dès le départ et porteur d’inquiétude que
l’on dirait métaphysique. Il est bien proche d’Azraël, ange
de la mort. En fait, tous les deux figurent dans la
tradition religieuse hébraïque avec des prolongations dans
le christianisme et l’islam. Le terme signifie « Dieu a
rendu fort » par utilisation de la racine « azaz » (rendu
fort) et de « El » qui veut dire Dieu. C’est un antique
démon qui habitait le désert selon les anciens Hébreux et
Cananéens. Mais qu’en est-il du roman qui porte ce nom ? Il
est de Youssef Zidane, érudit et spécialiste des manuscrits
anciens dont il a fait de nombreuses explications dans le
cadre de son travail à la Bibliotheca Alexandrina. Cette
passion de scruter ces documents témoins de tout un passé,
où se mêlent pensées, réflexions, méditations et aveux,
explique cette quête trouble d’une vérité — une vérité
absolue existe-t-elle ? — qui est le ressort de son roman.
Ici la recherche porte sur les concepts et croyances
religieux, ceux des premiers âges du christianisme. C’est
l’histoire d’un moine du Ve siècle originaire de Haute-Egypte
qui s’est trouvé au centre de toutes sortes de débat sur les
conceptions religieuses et les mystères du christianisme à
l’heure des affrontements violents entre l’église dominante
et les derniers représentants des croyances et cultures
pharaoniques, la pensée des néo-platoniciens notamment la
célèbre Hépatie sauvagement assassinée entre 414 et 415 à
l’ordre de l’Eglise et par une foule fanatisée. Ceci a
poussé le moine à quitter Alexandrie vers une sorte de
pèlerinage-quête, où il finit par remettre en cause les
aspects doctrinaires de la religion. Sous la houlette
d’Azazel, il rédige ses confessions et tout ce drame
existentiel et métaphysique qu’il a vécu. Il cache ses
manuscrits dans un coffre qu’il met sous terre.
Le roman
a défrayé la chronique ayant suscité colère et
désapprobation de l’Eglise en Egypte qui y a vu une atteinte
à la religion chrétienne et certains de ses symboles. Un
procès a été intenté par le saint-synode copte orthodoxe
pour retirer le roman des librairies.
Somme
toute, il est évident qu’en Egypte, on dirait dans
l’ensemble du monde arabe, la religion est un vrai tabou.
L’auteur met en doute des croyances fondamentales dans le
christianisme comme la trinité, l’idée de Jésus fils de Dieu.
Dans une certaine mesure d’aucuns peuvent considérer qu’un
tel débat est malvenu à l’heure des tensions
interconfessionnelles latentes en Egypte.
Cela dit,
on pourrait dire que le roman s’attaque à l’absolu
dogmatique, au rejet des arguments rationnels, de la
diversité et de la liberté d’expression et de croyance et
surtout au recours à la violence par le pouvoir religieux.
Un aspect qui ne s’arrête pas à un seul fondamentalisme.
Au-delà,
Azazel se distingue par une belle écriture faite
d’introspection, d’un souffle haletant, celui de
l’incertitude. On croit aussi palper ces manuscrits où sont
déposés ces aveux. Certains rapprochent le roman d’un genre
d’ouvrages comme « Le Nom de la Rose » d’Umberto Ecco, qui
est le récit de la découverte du manuscrit que l’auteur
prétend traduire, et des conclusions du narrateur devenu
vieillard, ou bien du populaire « Da Vinci Code » de Dan
Brown. Les manuscrits représentent des révélations
embarrassantes face aux vérités établies.
Ahmad
Loutfi