Palestiniens.
Une nouvelle réunion du Quartette sur le Proche-Orient s’est
terminée à Charm Al-Cheikh sur une déclaration solennelle
n’ajoutant rien de concret pour un règlement du conflit
israélo-palestinien .
Un rassemblement pour la forme
Pour
la 19e fois depuis la création de ce groupe, le Quartette,
réuni dimanche dernier à Charm Al-Cheikh, s’est prononcé
contre la colonisation israélienne dans les Territoires
palestiniens occupés, reprenant toutes les recommandations
sur lesquelles l’accent a été mis plusieurs fois. Mais rien
n’y fait. Le groupe, qui réunit les Nations-Unies, l’Union
Européenne (UE), les Etats-Unis et la Russie, ne cesse de
répéter les mêmes déclarations et d’avancer les mêmes
recommandations, de quoi faire émerger de nouvelles
interrogations sur l’efficacité de ces réunions, voire de
tout le Quartette. Mais lors de la dernière réunion, le
Quartette a cependant noté, devant ses interlocuteurs
arabes, que des progrès politiques « substantiels » ont été
enregistrés dans les pourparlers sans donner des preuves
concrètes de ce progrès à moins qu’il ne s’agisse de la
confirmation par l’Autorité palestinienne et le gouvernement
israélien de leur volonté de poursuivre les négociations.
L’objectif de cette nouvelle rencontre était de se pencher
sur les progrès enregistrés dans le cadre des discussions de
paix israélo-palestiniennes. Elle intervient aussi dans le
cadre de la « célébration de l’anniversaire de la conférence
d’Annapolis », au cours de laquelle il a été promis
d’atteindre un accord de paix vers la fin de l’année 2008.
Des espoirs qui se sont évaporés de l’aveu même de
l’Administration Bush qui a reconnu son échec pour la
première fois cette semaine.
Sous la férule américaine
Pour
Mohamad Gomaa, chercheur spécialiste des affaires
palestiniennes, le Quartette n’est dans le fond qu’une
formule inventée par les Etats-Unis, afin de calmer les pays
arabes. « Le pouvoir du Quartette est très limité et ne peut
dépasser celui du Conseil de sécurité ». Et d’ajouter : «
Toutes les décisions prises lors de telles réunions n’ont
aucune garantie d’exécution et manquent de calendrier. Il
est bien loin d’imaginer, avec ce Quartette, la moindre
avancée sur le dossier », explique-t-il.
Ceci semble être vrai. Le Quartette se réunit pour entendre
un rapport des responsables israéliens et palestiniens sur
l’évolution du processus de paix avant de faire une
déclaration solennelle. D’ailleurs, de nombreux officiels
israéliens et palestiniens ont souligné bien avant la
dernière rencontre qu’ils n’accepteraient aucun accord
intérimaire, ce qui semblait l’unique issue, la seule
manière de sauver la face. En effet, il suffit de voir les
dernières déclarations pour le prouver. La secrétaire d’Etat
américaine, Condoleezza Rice, n’a pas hésité à admettre
l’impossibilité d’un accord de paix entre Israël et les
Palestiniens en 2008. « Je n’ai pas l’intention de capituler
devant les pressions pour produire des documents
intérimaires », a-t-elle lancé quelques jours avant la
conférence du Quartette. La Maison Blanche a reconnu
ouvertement et pour la première fois qu’un accord de paix
israélo-palestinien était improbable avant la fin 2008,
objectif fixé sous la présidence de Bush. « Non, nous ne
croyons pas qu’il soit probable », a dit la porte-parole
Dana Perino.
Du côté palestinien, la situation n’est pas bien plus
optimiste. Le président palestinien, Mahmoud Abbass, ne
croit pas non plus à un accord cette année. « Parce que les
gouvernements américain et israélien sont aujourd’hui
occupés par autre chose et le délai très court ne permet pas
de conclure un tel accord », a-t-il déclaré.
Pour le politologue Saïd Okacha, le Quartette ne constitue
dans le fond qu’une représentation symbolique qui ne traduit
pas la valeur réelle de l’équilibre des forces. Ce ne sont
pas tous les participants qui pourraient détenir des cartes
véritables afin de mettre fin au conflit
israélo-palestinien. « Aucun de ces médiateurs ne possède
une réelle influence à part les Etats-Unis, mais uniquement
s’ils le veulent ».
Un rapport choquant
L’objectif ambitieux d’Annapolis semble donc de plus en plus
hors de portée. Il n’est pas surprenant, aujourd’hui, qu’une
coalition de 21 organismes d’aides internationales a
publiquement critiqué les faiblesses du Quartette pour avoir
échoué dans sa mission. Effectivement, créé depuis 2001, le
Quartette des médiateurs internationaux pour le règlement du
conflit proche-oriental n’a absolument pas fait de progrès.
Il a été donc pointé du doigt dans ce rapport publié en
septembre dernier. Il avertit que les problèmes majeurs que
le Quartette s’était engagé à traiter demeurent, voire se
sont aggravés depuis la conférence d’Annapolis. Il souligne
aussi que le Quartette « ne parvient à améliorer ni les
conditions de vie des Palestiniens ni les perspectives
d’aboutir à la paix ». Bien au contraire, « il y a eu une
forte accélération de la construction de colonies et il n’y
a aucune tentative sérieuse de la part des autorités
israéliennes pour démanteler les postes avancés de colonies
».
Pour Okacha, il est illogique de parler de réussite ou
d’échec des efforts du Quartette. « Il s’agit d’une prise de
conscience tardive de la situation. Depuis sa formation, le
Quartette ne possède aucun mécanisme pour avoir une minime
influence », explique-t-il. Il n’est donc pas à nier que la
présence du Quartette n’a surtout pas servi les
Palestiniens. D’après Gomaa, « le Quartette a aidé les
Américains à avoir recours à la ruse dans la crise
israélo-palestinienne. Washington ne fait que tourner autour
du pot par l’intermédiaire du Quartette sans résoudre le
moindre problème pour les Palestiniens ».
Chaïmaa Abdel-Hamid