Al-Ahram Hebdo,Invité | Ahmad Aboul-Gheit
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Invité

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, évoque les grands dossiers de la politique étrangère de l’Egypte : Union pour la Méditerranée, question palestinienne, Iraq, Soudan. Mais aussi la tension avec l’Iran.

« Le poste de secrétaire général de l’UPM
 reviendra à un Etat arabe »

Al-Ahram Hebdo : Vous avez présidé avec le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, la réunion des chefs de la diplomatie de l’Union pour la Méditerranée (UPM), le 2 et 3 novembre courant à Marseille. Comment évaluez-vous les résultats de cette réunion ?

Ahmad Aboul-Gheit : Je peux assurer que la réunion de Marseille était un événement exceptionnel qui constitue un point marquant dans le cadre de la coopération inter-méditerranéene. Auparavant, l’Egypte et le groupe arabe insistaient dans toutes les occasions et dans toutes les réunions ministérielles méditerranéennes à faire référence à l’initiative de paix arabe lancée en 2002 dans les communiqués finaux de  ces réunions. Or, Israël affichait toujours un refus total.

Dans la dernière réunion de Marseille, la délégation égyptienne a joué deux rôles importants difficiles à allier. J’ai présidé la réunion en tant que président-conjoint avec la France, et j’ai en même temps représenté le groupe arabe. Et cette mission n’était pas du tout facile. Le groupe arabe avait des objectifs à réaliser, notamment mentionner l’initiative arabe de paix. En effet, l’Egypte s’est engagée dans des négociations acharnées avec l’autre partie, et avec la coordination avec la présidence française. Ces négociations ont abouti à l’acceptation par Israël et pour la première fois de mentionner dans un document officiel, l’importance de l’initiative arabe de paix comme principe de paix dans la région. Je pense que l’on peut compter sur cette réalisation dans la phase à venir.

D’un autre côté, nombreux avaient parié sur l’échec des tentatives arabes visant à garantir la participation de la Ligue arabe dans les différentes réunions de l’Union et ce à cause de la position intransigeante d’un seul Etat (ndlr, Israël). Depuis le sommet du 13 juillet dernier à Paris, l’Egypte n’a pas cessé de tenter de trouver une solution à ce problème. Pendant quatre mois, l’Egypte a effectué des contacts continus avec toutes les parties. De plus, j’ai tenu une réunion avec un nombre de ministres d’Etats européens amis et actifs sur la scène européenne, juste une heure avant le dîner ministériel commun. Dans cette réunion, je leur ai demandé de soutenir la position du groupe arabe et de soutenir la réclamation légitime de la participation de la Ligue arabe aux réunions de l’Union. Ceci a effectivement eu lieu. Pendant le dîner du 3 novembre, dès que j’ai fini mon allocution, j’ai donné la parole au Secrétaire général de la Ligue arabe. Les ministres européens des Affaires étrangères ont alors l’un après l’autre appuyé le point de vue arabe. Ce qui a constitué une pression morale sur ceux qui refusaient la participation de la Ligue. C’est ainsi qu’une décision commune et finale a été prise stipulant la participation de la Ligue arabe à toutes les réunions de l’initiative et à tous les niveaux. Les personnes les plus optimistes ne s’attendaient pas à un tel résultat, du moins au cours de la réunion.

— L’acceptation de la participation de la Ligue arabe était en contrepartie de l’obtention par Israël d’un des cinq postes de secrétaire général adjoint de l’UPM…

— Ceci n’est pas précis. Il se peut que certains le répètent pour assurer qu’ils ont acquis des gains au cours de la conférence. Permettez-moi de mentionner que la nomination d’Israël à ce poste figure dans le cadre d’un accord global concernant la nomination de tous les adjoints au secrétaire général qui sont au nombre de six, dont un Palestinien, un Israélien, un Italien, etc. Il était donc naturel qu’Israël obtienne ce poste sans être obligé de présenter quoi que ce soit en contrepartie. Dans ce contexte, je voudrais expliquer que l’unique accord qui a été conclu dans les négociations en relation avec le Secrétariat était basé sur une proposition égyptienne, selon laquelle le poste de secrétaire général de l’Union, qui est le poste le plus élevé, doit revenir aux Etats arabes du sud de la Méditerranée. Sachant que c’est une ville du Nord (Barcelone) qui va accueillir le siège du Secrétariat général. La proposition égyptienne a été acceptée après de longues négociations. Des contacts sont actuellement en cours avec les Etats arabes pour nommer le responsable arabe qui occupera le poste le plus élevé au Secrétariat.

— Il est probable que les négociations palestino-israéliennes vont se trouver dans une phase d’immobilisme à cause des élections israéliennes et américaines.  Comment est-il possible de tenter de faire bouger les efforts de paix ?

— Le Caire, en coordination, avec de nombreuses parties internationales tient à la poursuite des rencontres internationales chargées de régler le conflit palestino-israélien. Dans ce contexte, la ville de Charm Al-Cheikh a accueilli dimanche dernier la réunion du quartette avec les parties en conflit. La réunion avait pour objectif de garder la force motrice actuelle du processus des négociations qui a déjà réalisé d’énormes progrès. Il est évident que le processus sera un peu influencé par les élections américaines et israéliennes, mais ceci ne signifie pas que le processus sera totalement stoppé. 

— Dernièrement, vous avez visité Bagdad pour étudier la possibilité du retour de l’ambassadeur égyptien et la réouverture de l’ambassade. Pensez-vous que les conditions sécuritaires à Bagdad permettent un tel pas ?

— L’assassinat de l’ambassadeur égyptien Ihab Al-Chérif était un désastre pour l’Egypte. Or, l’Iraq est un pays arabe ami et nous avons ensemble une histoire commune. C’est pour cela que nous sommes restés en contact avec Bagdad. De plus, Le Caire a élaboré de nombreux programmes pour contribuer à la formation des cadres iraqiens dans les domaines de la justice, des douanes, financier, diplomatique et autres. Nous avons choisi de revenir à Bagdad pour renforcer notre soutien au peuple iraqien. Au cours de ma dernière visite à Bagdad, j’ai ressenti clairement une grande volonté iraqienne de renforcer les relations bilatérales. Pour ce qui est de la situation sécuritaire, nous le suivons de près, et il est clair qu’un grand progrès est réalisé dans ce domaine, et de nombreux défis restent encore à relever.

— Existe-t-il des craintes égyptiennes concernant l’extension de l’influence de l’Iran en Iraq ? Comment est-il possible de faire face à cette influence ?

— L’histoire des relations entre l’Iran et l’Iraq est très compliquée. Ils ont des frontières communes qui s’étendent sur plus de 1000 km et ils se sont fait la guerre pendant 8 ans. Aujourd’hui, l’évolution des relations entre les deux pays a donné l’impression d’une forte infiltration iranienne à l’intérieur de l’Iraq. Or, la caractéristique la plus importante des relations entre les deux pays reste la complication de la relation. De notre côté, nous insistons continuellement sur l’unité et la sécurité du territoire iraqien et le refus de toute ingérence étrangère.

— On soulève de temps à autre la question de l’amélioration des relations entre l’Egypte et l’Iran, mais sans qu’un progrès palpable soit réalisé. Quels sont les obstacles qui entravent ce progrès ?

— Premièrement, la reprise des relations nécessite d’engager un dialogue sérieux. Nous avons expliqué aux Iraniens que nous étions prêts à nous engager dans ce dialogue. Mais avant tout, il y a trois questions à régler. Premièrement, l’extradition d’un nombre d’Egyptiens présents  en Iran. Deuxièmement, il y a une question symbolique mais très importante. Il s’agit de l’élimination de la fresque qui glorifie l’assassin du président Sadate. Enfin, le rôle de l’Iran au Proche-Orient, en particulier là où il y a des guerres et des conflits.   

— Pensez-vous qu’il est possible d’éviter la séparation du sud du Soudan ? Quels sont les efforts arabes déployés dans ce domaine ?

— L’Egypte était l’un des premiers pays qui ont soutenu l’accord de Naivasha de 2005. Depuis, l’Egypte n’a épargné aucun effort afin d’assurer les moyens de renforcement de cet accord global de paix. Les projets égyptiens de développement et de reconstruction du Soudan avaient pour objectif de rendre le choix de l’unité plus attrayant pour le peuple soudanais au sud, quand viendra la date du référendum en 2011. Le choix de la séparation figure dans l’accord de paix global. Cependant, ceci ne signifie pas que l’Egypte ou même les parties de l’accord elles-mêmes reconnaissent ce choix comme un fait accompli.

— Pensez-vous que la piraterie au large des côtes somaliennes peut compromettre la navigation dans le Canal de Suez ?

— La piraterie est étroitement liée aux conjonctures politiques et sécuritaires en Somalie, à cause de l’absence de pouvoir central capable d’assurer la sécurité des côtes. Ce phénomène a connu une hausse dangereuse au cours des dernières semaines. Ce qui représente une menace pour la navigation maritime dans la région de l’ouest de l’océan indien. Bien que ce phénomène ne représente pas de menace directe pour la navigation dans le Canal de Suez, à long terme, il peut avoir une influence négative. Partant, l’Egypte a appelé à la tenue d’une réunion de consultation entre les pays arabes du littoral de la Mer Rouge le 20 novembre courant afin de discuter de ce phénomène.

— Comment voyez-vous les relations égypto-américaines après la victoire de Barack Obama ?

— Les relations égypto-américaines sont importantes et solides. Elles ne dépendent pas de telle ou telle Administration. De plus, elles sont basées sur le respect et le besoin réciproques. Il est clair que le nouveau président Obama tient à préserver les relations des Etats-Unis avec leurs alliés. C’est une chose positive. Nous œuvrons à travailler avec lui et avec son Administration afin d’instaurer la stabilité et la paix au Moyen-Orient et de trouver une solution à la cause palestinienne.

Propos recueillis par Magda Barsoum

 




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