Electricité.
La première campagne pour la rationalisation de son
utilisation commence à porter ses fruits. Elle vient d’être
prolongée de 3 mois pour amplifier la modification des
comportements.
De nouveaux gestes s’installent
«
Bien utiliser l’électricité = économies d’énergie et
dépenses en moins = bénéfice pour la planète », c’est ainsi
qu’est présentée la campagne régionale pour la
rationalisation de l’utilisation de l’énergie en Egypte.
Entamée en juillet et prévue pour durer 3 mois, elle a été
prolongée jusqu’en décembre. « Le choix de ce thème
s’explique par la hausse des prix de l’énergie et du pétrole
que nous avons connue au niveau mondial et spécialement au
Proche-Orient. Cela a commencé à menacer la vie des
habitants de la région et celle des Egyptiens », précise
Hicham Al-Agamawi, responsable auprès du ministère des
Affaires de l’environnement. Cette campagne est menée sous
les auspices du ministère d’Etat pour les Affaires de
l’environnement, en coopération avec le Programme des
Nations-Unies pour le Développement (PNUD), le Fonds social
pour le développement et dernièrement l’Agence allemande
pour la coopération technique. C’est aussi la première du
genre en Egypte et elle est financée par trois sociétés
d’équipements domestiques électriques. Son coût, pour les 3
mois passés, s’est élevé à plus de 2 millions de L.E.
La décision de lancer cette campagne répond à la forte
hausse de consommation d’électricité constatée : elle a été
de 12 % par rapport à l’année dernière, alors qu’il était
prévu une augmentation de 7 % seulement. Ce qui a provoqué
de longues coupures d’électricité dans les foyers ces
derniers temps. « Ces fréquentes coupures ont été dues à
l’insuffisance de la production. La compagnie d’électricité
doit effectuer un délestage pour faire face à cette
importante augmentation de la consommation », justifie Magdi
Abdel-Malak, responsable chargé du contrôle de l’électricité
en Haute-Egypte. Et d’ajouter : « La consommation a atteint
l’été dernier 21,53 millions de mégawatts, alors que la
capacité de production est de 19 000 mégawatts ».
Pour
sensibiliser la population à ce problème, il fait recours à
un mot qui lui parle directement : l’argent. « Car en
adoptant quelques petits gestes dans la vie de tous les
jours, on peut réduire notre consommation électrique et
faire des économies sur nos factures », affirme Magued
Georges, le ministre d’Etat pour les Affaires de
l’environnement. Pour toucher la population, le moyen le
plus efficace est aussi la télé. Ainsi, 3 spots
publicitaires humoristiques ont été réalisés ayant pour
cadre les comportements familiaux, et diffusés sur la
plupart des grandes chaînes satellites ou publiques. Les 3
spots ont un aspect comique. Dans l’un deux, l’on retrouve
un père de famille excédé par ses grosses factures
d’électricité et qui réalise que pour faire des économies,
il suffit d’ajuster le thermostat de ses climatiseurs,
d’utiliser moins souvent le lave-vaisselle, ou encore de
diminuer la température lors du lavage d’habits en machine.
Selon Jacqueline, responsable du projet au Proche-Orient et
directrice des relations extérieures auprès de la société
Procter & Gamble, qui finance une partie de la campagne, le
message indirect de ces 3 spots est plus à même de faire
changer les comportements qu’un message direct. « Car dire
aux gens ce qu’ils doivent faire ou pas n’est pas efficace,
la plupart n’aimant pas qu’on leur dicte leurs comportements
», dit-elle.
Dans les foyers, la méthode semble porter ses fruits. Amgad
a accroché des instructions dans les différentes pièces de
l’appartement du genre : « Eteignez la lumière en sortant !
», « Ne pas laisser le chauffe-eau allumé la nuit ! », dit
Sanaa, son épouse, habitante du quartier d’Héliopolis au
Caire. Chez lui, Hamdi, qui habite Haram, toujours au Caire,
utilise désormais des ampoules à économie d’énergie dans la
plupart des pièces. Il a rapidement remarqué la différence
de consommation sur sa facture d’électricité.
Reste que les conseils diffusés dans la campagne et les
nouveaux comportements observés sont une bonne chose. Mais
on peut aussi avoir recours aux méthodes classiques
utilisées au début du XXe siècle pour économiser l’énergie,
estime le Dr Bahaa Bakri, professeur de planification
écologique et de technologie urbaine à l’Université du
Caire. « En installant des protections solaires classiques
aux fenêtres au lieu d’investir dans une climatisation. Ou
alors en profitant au maximum de la lumière naturelle du
jour au lieu d’utiliser l’éclairage des lampes », dit-il.
Alors, pas de temps à perdre.
Mais maintenant les questions qui se posent : est-ce que
cette campagne est vraiment effective ? Est-ce que tout le
monde tente de changer ses habitudes, y compris les
responsables, le ministère de l’Electricité et de l’Energie,
les conseils locaux des différents gouvernorats d’Egypte ?
On en doute … Raison : au Caire, par exemple, Al-Ahram
Hebdo a pu recenser des centaines de réverbères de rues
allumés en plein soleil entre midi et 13h. Un phénomène
répandu dans la plupart des gouvernorats. Comment
demande-t-on aux enfants, aux femmes et aux simples citoyens
de rationaliser l’énergie tandis que les responsables, les
employés du gouvernement, qui doivent donner le bon exemple,
n’arrivent pas à appliquer les nouvelles mesures ? Le Dr
Aksam Aboul-Ela se justifie en hésitant : « On suppose que
ce genre de réverbères sont automatiques : le cycle
électrique doit fonctionner au coucher du soleil et on
suppose toujours que les lampadaires doivent s’éteindre une
fois le soleil levé ».
« C’est plutôt un problème de poussière et de propreté. Il
est probable que les réverbères et les lampes des rues ont
besoin de maintenance et d’entretien », ajoute-t-il. Il n’a
quand même pas précisé qui doit faire ce travail !
Manar
Attiya