Affaire Haydelina.
Acquitté en avril dernier par la Cour pénale après avoir été
accusé d’avoir fourni aux hôpitaux publics des pochettes de
sang contaminées, l’homme d’affaires Hani Sourour sera
rejugé.
Beaucoup de questions, peu de réponses
La Cour de cassation a annulé jeudi le verdict de la Cour
pénale acquittant l’homme d’affaires Hani Sourour, membre du
Comité des politiques du Parti National Démocrate (PND, au
pouvoir) et six autres accusés dans l’affaire Haydelina.
Sourour, à la tête d’une compagnie de fabrication de
matériel médical (la compagnie Haydelina) avait été accusé
d’avoir fourni aux hôpitaux publics des poches de sang
défectueuses. Les dimensions des poches et leurs tubes ont
été mis en cause et, plus grave,
les produits présents dans les poches auraient détérioré la
stérilité du plastique utilisé, le rendant plus sensible aux
bactéries. Six autres personnes avaient été mises en cause
dans cette affaire, dont la sœur de l’homme d’affaires et
membre du conseil d’administration Nivane Sourour, le
responsable du secteur d’hématologie au ministère de la
Santé, Helmi Salaheddine, le directeur technique de
Haydelina ainsi que trois employés de l’entreprise (Wafaa
Abdel-Rahim, Achraf Ishaq, et Fathiya Ahmad Abdel-Rahim).
Cependant, tandis qu’on s’attendait à un procès ferme contre
Hani Sourour, la Cour pénale a surpris l’opinion publique en
avril dernier en l’acquittant totalement, lui et les six
autres accusés, des charges portées contre eux. La cour
s’était alors basée sur le fait que les défaillances
constatées dans les poches de sang étaient dans les limites
tolérées par la loi. En effet, la loi tolère les
défaillances mineures de fabrication dans certaines
proportions. La Cour pénale avait, en outre, pris en compte
l’argument que les défauts de fabrication des poches de sang
sont dus aux mauvaises conditions de stockage. Un fait que
la Cour cassation a contesté estimant que les défauts sont
dus à l’état dégradé des matières premières et de la
mauvaise qualité de la production.
La décision de la Cour de cassation relance un procès qui a
défrayé la chronique durant des mois. Le procureur général,
Mahmoud Abdel-Méguid, a interdit aux accusés de quitter le
territoire. Quelques heures après le verdict de la Cour de
cassation, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Hani
Sourour aurait quitté l’Egypte pour se rendre dans l’une de
ses propriétés à Cannes. Mais l’homme d’affaires est apparu
samedi dans un célèbre programme télévisé pour démentir les
rumeurs et nier les accusations portées contre lui.
« Je ne sais pas d’où proviennent ces rumeurs. Je suis
toujours en Egypte et je ne possède pas de propriété à
Cannes. Je fais confiance à la justice égyptienne. Nos
produits sont conformes aux normes. La preuve est que notre
compagnie possède une part de marché de 35 % en Angleterre.
Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de plaintes de la
part de patients qui ont utilisé nos poches de sang. Si les
poches avaient été contaminées comme on le prétend, les
patients qui les ont utilisées auraient été atteints de
cancer ou d’hépatite, ce qui n’est pas le cas », a déclaré
Sourour. Le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, avait
déclaré au début du procès que les défauts qui existent dans
les produits de Haydelina n’ont aucun effet néfaste sur la
santé des citoyens. Le chef du Syndicat des médecins, Hamdi
Al-Sayed, avait également supporté Hani Sourour.
L’affaire avait commencé lorsqu’une employée du ministère de
la Santé, Soheir Al-Charqawi a affirmé qu’entre 200 000 et
300 000 poches fabriquées par la compagnie Haydelina non
conformes aux critères de qualité ont été distribuées aux
hôpitaux publics. Des rumeurs ont circulé alors, selon
lesquelles l’une des compagnies concurrentes de Haydelina
pourrait être derrière cette plainte. L’affaire Haydelina
alimente ainsi les interrogations et relance une fois de
plus le débat sur les hommes d’affaires et le pouvoir.
Député membre du puissant Comité des politiques du PND, Hani
Sourour était proche du pouvoir. Selon certains
observateurs, l’acquittement de Hani Sourour et maintenant
la décision de relancer son procès est le reflet des
conflits au sein du pouvoir. C’est un ancien nassérien qui a
intégré le PND, Heidar Boghdadi, qui a porté l’affaire
Haydelina devant l’opinion publique et réclamé que Sourour
soit traduit en justice. Selon Boghdadi, la loi égyptienne
interdit aux députés de conclure des marchés commerciaux
durant leurs mandats. Pourtant, la société de Hani Sourour
aurait signé son contrat avec le ministère de la Santé après
que celui-ci eût été élu député. Le montant du contrat
s’élève à 4 millions de livres. « Je crois que le premier
verdict était dû au manque d’expérience du juge », affirme
Boghdadi. Des propos qui sont loin de convaincre, car dans
cette affaire, il y a plus de questions que de réponses.
May
Atta