Al-Ahram Hebdo, Egypte | Beaucoup de questions, peu de réponses
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Egypte

Affaire Haydelina. Acquitté en avril dernier par la Cour pénale après avoir été accusé d’avoir fourni aux hôpitaux publics des pochettes de sang contaminées, l’homme d’affaires Hani Sourour sera rejugé. 

Beaucoup de questions, peu de réponses 

La Cour de cassation a annulé jeudi le verdict de la Cour pénale acquittant l’homme d’affaires Hani Sourour, membre du Comité des politiques du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) et six autres accusés dans l’affaire Haydelina. Sourour, à la tête d’une compagnie de fabrication de matériel médical (la compagnie Haydelina) avait été accusé d’avoir fourni aux hôpitaux publics des poches de sang défectueuses. Les dimensions des poches et leurs tubes ont été mis en cause et, plus grave, les produits présents dans les poches auraient détérioré la stérilité du plastique utilisé, le rendant plus sensible aux bactéries. Six autres personnes avaient été mises en cause dans cette affaire, dont la sœur de l’homme d’affaires et membre du conseil d’administration Nivane Sourour, le responsable du secteur d’hématologie au ministère de la Santé, Helmi Salaheddine, le directeur technique de Haydelina ainsi que trois employés de l’entreprise (Wafaa Abdel-Rahim, Achraf Ishaq, et Fathiya Ahmad Abdel-Rahim). Cependant, tandis qu’on s’attendait à un procès ferme contre Hani Sourour, la Cour pénale a surpris l’opinion publique en avril dernier en l’acquittant totalement, lui et les six autres accusés, des charges portées contre eux. La cour s’était alors basée sur le fait que les défaillances constatées dans les poches de sang étaient dans les limites tolérées par la loi. En effet, la loi tolère les défaillances mineures de fabrication dans certaines proportions. La Cour pénale avait, en outre, pris en compte l’argument que les défauts de fabrication des poches de sang sont dus aux mauvaises conditions de stockage. Un fait que la Cour cassation a contesté estimant que les défauts sont dus à l’état dégradé des matières premières et de la mauvaise qualité de la production.

La décision de la Cour de cassation relance un procès qui a défrayé la chronique durant des mois. Le procureur général, Mahmoud Abdel-Méguid, a interdit aux accusés de quitter le territoire. Quelques heures après le verdict de la Cour de cassation, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Hani Sourour aurait quitté l’Egypte pour se rendre dans l’une de ses propriétés à Cannes. Mais l’homme d’affaires est apparu samedi dans un célèbre programme télévisé pour démentir les rumeurs et nier les accusations portées contre lui.

« Je ne sais pas d’où proviennent ces rumeurs. Je suis toujours en Egypte et je ne possède pas de propriété à Cannes. Je fais confiance à la justice égyptienne. Nos produits sont conformes aux normes. La preuve est que notre compagnie possède une part de marché de 35 % en Angleterre. Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de plaintes de la part de patients qui ont utilisé nos poches de sang. Si les poches avaient été contaminées comme on le prétend, les patients qui les ont utilisées auraient été atteints de cancer ou d’hépatite, ce qui n’est pas le cas », a déclaré Sourour. Le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, avait déclaré au début du procès que les défauts qui existent dans les produits de Haydelina n’ont aucun effet néfaste sur la santé des citoyens. Le chef du Syndicat des médecins, Hamdi Al-Sayed, avait également supporté Hani Sourour.

L’affaire avait commencé lorsqu’une employée du ministère de la Santé, Soheir Al-Charqawi a affirmé qu’entre 200 000 et 300 000 poches fabriquées par la compagnie Haydelina non conformes aux critères de qualité ont été distribuées aux hôpitaux publics. Des rumeurs ont circulé alors, selon lesquelles l’une des compagnies concurrentes de Haydelina pourrait être derrière cette plainte. L’affaire Haydelina alimente ainsi les interrogations et relance une fois de plus le débat sur les hommes d’affaires et le pouvoir. Député membre du puissant Comité des politiques du PND, Hani Sourour était proche du pouvoir. Selon certains observateurs, l’acquittement de Hani Sourour et maintenant la décision de relancer son procès est le reflet des conflits au sein du pouvoir. C’est un ancien nassérien qui a intégré le PND, Heidar Boghdadi, qui a porté l’affaire Haydelina devant l’opinion publique et réclamé que Sourour soit traduit en justice. Selon Boghdadi, la loi égyptienne interdit aux députés de conclure des marchés commerciaux durant leurs mandats. Pourtant, la société de Hani Sourour aurait signé son contrat avec le ministère de la Santé après que celui-ci eût été élu député. Le montant du contrat s’élève à 4 millions de livres. « Je crois que le premier verdict était dû au manque d’expérience du juge », affirme Boghdadi. Des propos qui sont loin de convaincre, car dans cette affaire, il y a plus de questions que de réponses.

May Atta

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