Al-Ahram Hebdo, Egypte | Al-Ghad dans la tourmente 
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Egypte

Partis. Le siège d’Al-Ghad au centre-ville du Caire est mis à feu jeudi dernier. Les deux clans qui se disputent cette formation politique se renvoient les accusations.

Al-Ghad dans la tourmente  

Le siège du parti d’Al-Ghad situé place Talaat Harb au centre-ville s’est transformé cette semaine en un champ de bataille entre les partisans de son ex-président, Aymane Nour, actuellement en prison, et ceux de Moussa Moustapha, qui a obtenu la présidence du parti grâce à un verdict. Les affrontements entre les deux clans se sont soldés par la destruction du siège du parti, suite à un incendie, et un nombre de blessés des deux côtés. Des cocktails molotov et des armes blanches ont été utilisés dans ces affrontements, qui ont duré plus d’une heure sans aucune intervention policière.

Depuis l’emprisonnement d’Aymane Nour en 2005 pour falsification de documents relatifs à la création de son nouveau parti d’Al-Ghad, un groupe de dissidents dirigés par Moussa Moustapha a tenu une assemblée générale dans un siège improvisé pour proclamer ce dernier président du parti à la place de Nour. Une décision que le Comité des partis a reconnue. De leur côté, les partisans de Nour, qui ont gardé leur mainmise sur le siège, ont choisi l’ancien diplomate Ihab Al-Kholi à la tête du parti qui, depuis, est devenu une formation bicéphale. Mais Moussa Moustapha en tant que président « légitime », a obtenu une décision de la justice pour s’approprier tous les sièges et bureaux du parti, dont celui du centre-ville qui, à l’origine, est une propriété privée d’Aymane Nour.

Moussa Moustapha avait communiqué un avis au bureau du procureur général pour se décharger de toute responsabilité de tout événement pouvant survenir lors de l’appropriation du siège central du parti, en fixant le jeudi pour concrétiser ce droit. Le jour même, l’épouse d’Aymane Nour, Gamila Ismaïl, qui milite pour la conservation des droits de son époux, avait appelé à la tenue d’une assemblée générale de son clan qui devait avoir lieu au même endroit : le siège de Talaat Harb.

Les affrontements donc étaient plus que prévisibles, notamment pour les services de sécurité qui auraient été alertés par les protagonistes.

Les versions sont différentes selon le clan. Selon les partisans de Nour, Moussa aurait fait irruption au siège accompagné de 500 personnes, qui scandaient : « Aymane Nour, agent des Américains ». Les partisans de Nour ont répété pour leur part des slogans accusant les hommes de Moussa d’être des « agents de sûreté de l’Etat et du Comité des politiques du PND ». Ces derniers ont fait parvenir un C.D. aux médias, notamment indépendants, montrant les partisans de Moussa essayant de prendre d’assaut le siège du parti. Toujours d’après les images diffusées sur les chaînes satellites, les querelles ont commencé entre le clan de Nour, muni de pierres et de canettes de boissons gazeuses et celui de Moussa, armé de cocktails molotov qui seraient à l’origine de l’incendie.

De leur côté, les partisans de Moussa ont affirmé devant le Parquet qu’ils s’étaient rendus sur les lieux pour « une manifestation pacifique » afin de dénoncer la lenteur des procédures de l’appropriation du siège du parti. Ils ont contre-accusé les partisans de Nour d’avoir jeté des cocktails molotov, « ce qui a mis le feu au bâtiment ».

« Oui, j’ai appelé les membres du parti au Caire et dans les autres gouvernorats pour venir dénoncer pacifiquement la tenue d’une assemblée générale illégitime par le front de Nour. Ceci est contraire à la décision du Comité des partis, qui me reconnaît en tant que président légitime d’Al-Ghad », affirme dans un entretien téléphonique Moussa Moustapha. Et d’ajouter : « J’ai un verdict judiciaire qui me donne le droit de prendre possession du siège et j’ai informé les services de sécurité que je vais mettre ce verdict en exécution le jeudi ».

Une quarantaine de personnes ont été arrêtées des deux côtés, avant d’être relâchées le lendemain dans l’attente des résultats de l’enquête. Le Parquet les a accusées de sabotage des propriétés publiques et privées, de répandre la panique auprès des citoyens et d’usage de cocktails molotov, qui ont provoqué un incendie et mis en danger des vies humaines.  A la tête des détenus figuraient Gamila Ismaïl, l’épouse d’Aymane Nour, Waël Nawara, secrétaire général d’Al-Ghad (front de Nour). Aucun grand responsable du front Moussa n’a été arrêté.

« C’est drôle de s’adresser au Parquet comme victime de sabotage et d’actes de violence et d’en sortir accusée de sabotage et d’actes de violence », s’insurge Gamila Ismaïl, qui dénonce un complot contre elle.

En fait, les conflits intestins dont fait l’objet le parti d’Al-Ghad sont très semblables à ceux qui ont failli faire imploser le parti du néo-Wafd en 2006, ou ceux qui ont pratiquement détruit le parti du Travail en 2000. « L’implosion des partis d’opposition est devenue le jeu préféré du régime. Le gouvernement use toujours des divergences au sein d’un parti pour le détruire de l’intérieur par ses membres », constate Ammar Ali Hassan, politologue au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il indique également le rôle que joue dans ce contexte le Comité des partis « un biais par lequel l’Etat peut intervenir ».

« En ce qui concerne Al-Ghad, il s’agit d’un règlement de comptes avec Aymane Nour qui a franchi les lignes rouges en se présentant aux élections présidentielles face au président Moubarak en 2005 ».

« Ces actes de terrorisme ne nous empêcheront pas de poursuivre notre lutte pour récupérer nos droits violés », affirme Ragab Hilal Hémeida, vice-président d’Al-Ghad du front de Moussa. Une même défiance est affichée du côté des partisans de Nour. « Ils ont mis à feu le siège d’Aymane Nour dans une tentative de détruire tout ce qui en reste. Mais ce siège restera pour nous un symbole et nous lutterons jusqu’au bout pour le protéger », lance de son côté Gamila Ismaïl. Le feuilleton d’Al-Ghad est donc loin de sa fin.

May Al-Maghrabi

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