Partis.
Le siège d’Al-Ghad au centre-ville du Caire est mis à feu
jeudi dernier. Les deux clans qui se disputent cette
formation politique se renvoient les accusations.
Al-Ghad dans la tourmente
Le
siège du parti d’Al-Ghad situé place Talaat Harb au
centre-ville s’est transformé cette semaine en un champ de
bataille entre les partisans de son ex-président, Aymane
Nour, actuellement en prison, et ceux de Moussa Moustapha,
qui a obtenu la présidence du parti grâce à un verdict. Les
affrontements entre les deux clans se sont soldés par la
destruction du siège du parti, suite à un incendie, et un
nombre de blessés des deux côtés. Des cocktails molotov et
des armes blanches ont été utilisés dans ces affrontements,
qui ont duré plus d’une heure sans aucune intervention
policière.
Depuis l’emprisonnement d’Aymane Nour en 2005 pour
falsification de documents relatifs à la création de son
nouveau parti d’Al-Ghad, un groupe de dissidents dirigés par
Moussa Moustapha a tenu une assemblée générale dans un siège
improvisé pour proclamer ce dernier président du parti à la
place de Nour. Une décision que le Comité des partis a
reconnue. De leur côté, les partisans de Nour, qui ont gardé
leur mainmise sur le siège, ont choisi l’ancien diplomate
Ihab Al-Kholi à la tête du parti qui, depuis, est devenu une
formation bicéphale. Mais Moussa Moustapha en tant que
président « légitime », a obtenu une décision de la justice
pour s’approprier tous les sièges et bureaux du parti, dont
celui du centre-ville qui, à l’origine, est une propriété
privée d’Aymane Nour.
Moussa Moustapha avait communiqué un avis au bureau du
procureur général pour se décharger de toute responsabilité
de tout événement pouvant survenir lors de l’appropriation
du siège central du parti, en fixant le jeudi pour
concrétiser ce droit. Le jour même, l’épouse d’Aymane Nour,
Gamila Ismaïl, qui milite pour la conservation des droits de
son époux, avait appelé à la tenue d’une assemblée générale
de son clan qui devait avoir lieu au même endroit : le siège
de Talaat Harb.
Les affrontements donc étaient plus que prévisibles,
notamment pour les services de sécurité qui auraient été
alertés par les protagonistes.
Les versions sont différentes selon le clan. Selon les
partisans de Nour, Moussa aurait fait irruption au siège
accompagné de 500 personnes, qui scandaient : « Aymane Nour,
agent des Américains ». Les partisans de Nour ont répété
pour leur part des slogans accusant les hommes de Moussa
d’être des « agents de sûreté de l’Etat et du Comité des
politiques du PND ». Ces derniers ont fait parvenir un C.D.
aux médias, notamment indépendants, montrant les partisans
de Moussa essayant de prendre d’assaut le siège du parti.
Toujours d’après les images diffusées sur les chaînes
satellites, les querelles ont commencé entre le clan de Nour,
muni de pierres et de canettes de boissons gazeuses et celui
de Moussa, armé de cocktails molotov qui seraient à
l’origine de l’incendie.
De leur côté, les partisans de Moussa ont affirmé devant le
Parquet qu’ils s’étaient rendus sur les lieux pour « une
manifestation pacifique » afin de dénoncer la lenteur des
procédures de l’appropriation du siège du parti. Ils ont
contre-accusé les partisans de Nour d’avoir jeté des
cocktails molotov, « ce qui a mis le feu au bâtiment ».
« Oui, j’ai appelé les membres du parti au Caire et dans les
autres gouvernorats pour venir dénoncer pacifiquement la
tenue d’une assemblée générale illégitime par le front de
Nour. Ceci est contraire à la décision du Comité des partis,
qui me reconnaît en tant que président légitime d’Al-Ghad »,
affirme dans un entretien téléphonique Moussa Moustapha. Et
d’ajouter : « J’ai un verdict judiciaire qui me donne le
droit de prendre possession du siège et j’ai informé les
services de sécurité que je vais mettre ce verdict en
exécution le jeudi ».
Une quarantaine de personnes ont été arrêtées des deux
côtés, avant d’être relâchées le lendemain dans l’attente
des résultats de l’enquête. Le Parquet les a accusées de
sabotage des propriétés publiques et privées, de répandre la
panique auprès des citoyens et d’usage de cocktails molotov,
qui ont provoqué un incendie et mis en danger des vies
humaines. A la tête des détenus figuraient Gamila
Ismaïl, l’épouse d’Aymane Nour, Waël Nawara, secrétaire
général d’Al-Ghad (front de Nour). Aucun grand responsable
du front Moussa n’a été arrêté.
« C’est drôle de s’adresser au Parquet comme victime de
sabotage et d’actes de violence et d’en sortir accusée de
sabotage et d’actes de violence », s’insurge Gamila Ismaïl,
qui dénonce un complot contre elle.
En fait, les conflits intestins dont fait l’objet le parti
d’Al-Ghad sont très semblables à ceux qui ont failli faire
imploser le parti du néo-Wafd en 2006, ou ceux qui ont
pratiquement détruit le parti du Travail en 2000. «
L’implosion des partis d’opposition est devenue le jeu
préféré du régime. Le gouvernement use toujours des
divergences au sein d’un parti pour le détruire de
l’intérieur par ses membres », constate Ammar Ali Hassan,
politologue au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram. Il indique également le rôle que joue dans ce
contexte le Comité des partis « un biais par lequel l’Etat
peut intervenir ».
« En ce qui concerne Al-Ghad, il s’agit d’un règlement de
comptes avec Aymane Nour qui a franchi les lignes rouges en
se présentant aux élections présidentielles face au
président Moubarak en 2005 ».
« Ces actes de terrorisme ne nous empêcheront pas de
poursuivre notre lutte pour récupérer nos droits violés »,
affirme Ragab Hilal Hémeida, vice-président d’Al-Ghad du
front de Moussa. Une même défiance est affichée du côté des
partisans de Nour. « Ils ont mis à feu le siège d’Aymane
Nour dans une tentative de détruire tout ce qui en reste.
Mais ce siège restera pour nous un symbole et nous lutterons
jusqu’au bout pour le protéger », lance de son côté Gamila
Ismaïl. Le feuilleton d’Al-Ghad est donc loin de sa fin.
May
Al-Maghrabi