Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un changement qui dérange
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Egypte

Education . Une réforme visant à séparer les facultés théologiques de celles scientifiques à l’Université d’Al-Azhar suscite les appréhensions des milieux conservateurs.  

Un changement qui dérange

C’est le tourbillon au sein de la prestigieuse Université d’Al-Azhar, régie par un statut à part, indépendamment des universités civiles. Un projet de réforme de l’institution religieuse. Proposé par le gouvernement, ce projet vise à séparer les facultés religieuses des facultés scientifiques. Il élargit les prérogatives du président de l’université et limite l’emprise du cheikh d’Al-Azhar sur l’enseignement. Ainsi, la nomination des doyens des facultés et le choix et les permissions accordées aux professeurs pour partir en bourses à l’étranger ne seraient plus du ressort du cheikh d’Al-Azhar, mais de celui du président de l’Université d’Al-Azhar. Une telle réforme permettrait à l’Université d’Al-Azhar d’augmenter ses frais pour les élèves étrangers (à l’instar des universités civiles), ce qui permettrait d’améliorer la qualité de l’enseignement.

Les conservateurs ouvrent le feu sur le gouvernement d’Ahmad Nazif : « C’est une tentative pour restreindre le rôle d’Al-Azhar et réduire le pouvoir de son cheikh », s’insurge le député islamiste Sayed Askar. Il explique que cette réforme, si elle est adoptée, elle aura des conséquences négatives sur l’Egypte et le monde islamique, car Al-Azhar est un pilier de rayonnement culturel. Il offre l’occasion à des étudiants du monde entier de faire des études religieuses et contribue à propager les idées et les principes d’un islam tolérant. « Tout le monde doit se dresser contre ces essais d’éliminer le rôle d’Al-Azhar », souligne Askar.

« Pas du tout », rétorque le conseiller du recteur de l’Université d’Al-Azhar, Abdel-Dayem Nosseir : « La réforme ne veut pas dire que l’on va renoncer à l’identité d’Al-Azhar, mais le but de cet amendement est d’essayer d’élever le budget de l’université et de mettre fin à plusieurs obstacles administratifs. On va étudier cette réforme et si elle n’est pas appropriée, on ne l’acceptera pas ».

Mais rien n’apaise la tension. Pour Mohamad Morsi, un député islamiste, l’Etat refuse depuis 2003 la création de nouvelles branches à l’Université d’Al-Azhar, surtout dans les gouvernorats privés de ce genre d’enseignement. « Même le budget alloué à l’Université d’Al-Azhar est devenu moins d’un tiers du budget alloué aux autres universités », estime Morsi. Les professeurs de l’Université d’Al-Azhar ont critiqué cette tentative de réforme et ont déclaré être prêts à intenter un procès contre le premier ministre si les choses vont plus loin. « cette réforme porte atteinte à l’identité et au caractère de l’Université d’Al-Azhar », explique Mohamad Hussein Eweida, président du Club des enseignants. Il avance qu’elle va rendre les facultés scientifiques d’Al-Azhar comme les autres dans les différentes universités, ce qui veut dire que la mixité, selon lui, y sera permise. Mais si plusieurs professeurs sont contre cet amendement, d’autres le trouvent nécessaire. « Peut-être que cette réforme aura un effet positif sur le niveau des étudiants, puisque le budget aura augmenté », assure Omar Helmi, médecin diplômé de l’Université d’Al-Azhar.

En fait, l’enseignement à l’Université d’Al-Azhar est caractérisé par une formation à deux niveaux, scientifique et religieux. « Je ne vois pas de causes raisonnables pour cette réforme. Dans les années 1960, l’Etat a créé des filières scientifiques et maintenant il veut les séparer d’Al-Azhar. C’est un désordre complet », assure Fahmi Howeidi, penseur islamique.

Le débat risque de durer encore longtemps autour de la plus ancienne université islamique, qui remonte au Xe siècle. Or en 1930, une loi (no 49), promulguée pour régir ses activités, stipule que l’université offre un enseignement dans les facultés de la charia, des études islamiques et de la langue arabe. En 1961, l’ancien président Gamal Abdel-Nasser y intègre des facultés scientifiques telles que la médecine, l’ingénierie, l’agronomie et le commerce .

Sabah Sabet

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