Education .
Une réforme visant à séparer les facultés théologiques de
celles scientifiques à l’Université d’Al-Azhar suscite les
appréhensions des milieux conservateurs.
Un changement qui dérange
C’est le tourbillon au sein de la prestigieuse Université d’Al-Azhar,
régie par un statut à part, indépendamment des universités
civiles. Un projet de réforme de l’institution religieuse.
Proposé par le gouvernement, ce projet vise à séparer les
facultés religieuses des facultés scientifiques. Il élargit
les prérogatives du président de l’université et limite
l’emprise du cheikh d’Al-Azhar sur l’enseignement. Ainsi, la
nomination des doyens des facultés et le choix et les
permissions accordées aux professeurs pour partir en bourses
à l’étranger ne seraient plus du ressort du cheikh d’Al-Azhar,
mais de celui du président de l’Université d’Al-Azhar. Une
telle réforme permettrait à l’Université d’Al-Azhar
d’augmenter ses frais pour les élèves étrangers (à l’instar
des universités civiles), ce qui permettrait d’améliorer la
qualité de l’enseignement.
Les conservateurs ouvrent le feu sur le gouvernement d’Ahmad
Nazif : « C’est une tentative pour restreindre le rôle d’Al-Azhar
et réduire le pouvoir de son cheikh », s’insurge le député
islamiste Sayed Askar. Il explique que cette réforme, si
elle est adoptée, elle aura des conséquences négatives sur
l’Egypte et le monde islamique, car Al-Azhar est un pilier
de rayonnement culturel. Il offre l’occasion à des étudiants
du monde entier de faire des études religieuses et contribue
à propager les idées et les principes d’un islam tolérant. «
Tout le monde doit se dresser contre ces essais d’éliminer
le rôle d’Al-Azhar », souligne Askar.
« Pas du tout », rétorque le conseiller du recteur de
l’Université d’Al-Azhar, Abdel-Dayem Nosseir : « La réforme
ne veut pas dire que l’on va renoncer à l’identité d’Al-Azhar,
mais le but de cet amendement est d’essayer d’élever le
budget de l’université et de mettre fin à plusieurs
obstacles administratifs. On va étudier cette réforme et si
elle n’est pas appropriée, on ne l’acceptera pas ».
Mais rien n’apaise la tension. Pour Mohamad Morsi, un député
islamiste, l’Etat refuse depuis 2003 la création de
nouvelles branches à l’Université d’Al-Azhar, surtout dans
les gouvernorats privés de ce genre d’enseignement. « Même
le budget alloué à l’Université d’Al-Azhar est devenu moins
d’un tiers du budget alloué aux autres universités », estime
Morsi. Les professeurs de l’Université d’Al-Azhar ont
critiqué cette tentative de réforme et ont déclaré être
prêts à intenter un procès contre le premier ministre si les
choses vont plus loin. « cette réforme porte atteinte à
l’identité et au caractère de l’Université d’Al-Azhar »,
explique Mohamad Hussein Eweida, président du Club des
enseignants. Il avance qu’elle va rendre les facultés
scientifiques d’Al-Azhar comme les autres dans les
différentes universités, ce qui veut dire que la mixité,
selon lui, y sera permise. Mais si plusieurs professeurs
sont contre cet amendement, d’autres le trouvent nécessaire.
« Peut-être que cette réforme aura un effet positif sur le
niveau des étudiants, puisque le budget aura augmenté »,
assure Omar Helmi, médecin diplômé de l’Université d’Al-Azhar.
En fait, l’enseignement à l’Université d’Al-Azhar est
caractérisé par une formation à deux niveaux, scientifique
et religieux. « Je ne vois pas de causes raisonnables pour
cette réforme. Dans les années 1960, l’Etat a créé des
filières scientifiques et maintenant il veut les séparer d’Al-Azhar.
C’est un désordre complet », assure Fahmi Howeidi, penseur
islamique.
Le débat risque de durer encore longtemps autour de la plus
ancienne université islamique, qui remonte au Xe siècle. Or
en 1930, une loi (no 49), promulguée pour régir ses
activités, stipule que l’université offre un enseignement
dans les facultés de la charia, des études islamiques et de
la langue arabe. En 1961, l’ancien président Gamal
Abdel-Nasser y intègre des facultés scientifiques telles que
la médecine, l’ingénierie, l’agronomie et le commerce .
Sabah
Sabet