Soudan .
Le président Moubarak a effectué une visite impromptue,
lundi, au nord et au sud Soudan axée sur la situation au
Darfour et le statut du sud.
L’Egypte en mission
Cette
visite du président Moubarak au Soudan revêt surtout un
caractère symbolique. Le chef de l’Etat a visité Khartoum
avant de se rendre à Juba au sud du pays, où il a eu des
entretiens avec les leaders sudistes. C’est la première fois
depuis 1962 qu’un chef d’Etat égyptien se rende au
Sud-Soudan, région déchirée par
des années de guerre et de conflits. Pourquoi ? La récente
accusation de crimes de guerre contre le président soudanais
Omar Al-Béchir par la Cour
Pénale Internationale (CPI) et la reprise de la tension
entre le nord et le sud ont éveillé les inquiétudes du Caire
qui craint une séparation du sud, surtout à l’approche du
référendum qui sera organisé en 2011 pour déterminer le
statut du sud. Dans ce contexte, la visite du président
Moubarak est un « message politique » adressé au sud pour
préserver l’unité du Soudan.
A Khartoum, le président Moubarak s’est entretenu durant
plus de deux heures avec son homologue soudanais Omar
Al-Béchir. Les discussions ont
porté sur la crise au Darfour et le statut du sud. « Nous
craignons que l’inculpation du président Béchir par la CPI
n’ait de graves répercussions sur l’accord du CPA signé en
2005 entre le Nord et le Sud sous les auspices du
gouvernement égyptien et qui a mis fin à la guerre civile.
Cette inculpation peut troubler le Soudan et en même temps
peut menacer la sécurité au sud de l’Egypte », explique une
source diplomatique ayant requis l’anonymat. Depuis quelques
mois, les affrontements ont repris entre le Nord et le Sud
autour d’Abeyei, une ville
située au centre du Soudan et riche en pétrole. « Il
était très important que le président Moubarak effectue une
visite à Khartoum à ce moment critique afin de soutenir son
homologue soudanais et le conseiller du meilleur moyen de
trouver une solution à ce problème », explique la source.
Le Caire tente de convaincre Khartoum de coopérer avec
l’Onu. Moubarak a transmis à Omar
Al-Béchir la position des pays européens sur
l’attitude que le Soudan doit adopter au Darfour. Le Caire a
demandé à Khartoum d’œuvrer en vue d’un cessez-le-feu au
Darfour, d’accélérer le processus de paix et d’arrêter les
personnes coupables de crimes dans la région. Moubarak a
déclaré devant son homologue soudanais que « la solution à
ce problème, le conflit au Darfour, est d’appliquer
l’initiative arabe et africaine ». L’Union africaine et la
Ligue arabe ont demandé au Conseil de sécurité de l’Onu de
différer toute décision de la CPI. L’UA souhaite accorder du
temps au président Béchir pour qu’il mette en place un
cessez-le-feu au Darfour. Les juges de la CPI examinent
actuellement les preuves présentées en juillet par le
procureur Ocampo pour décider
s’ils vont émettre un mandat d’arrêt international contre le
président soudanais.
A Juba au sud, le président Moubarak s’est entretenu avec
Salva Kir, chef du gouvernement
semi-autonome du
Sud-Soudan. Ce dernier a fait
allusion au risque de déstabilisation régionale si
l’application du plan de paix
intersoudanais de 2005 n’avançait pas, appelant Le
Caire à faire pression sur Khartoum pour accélérer le
processus. « L’Egypte doit continuer à travailler en vue
d’une paix dans la région.(…) L’Egypte
peut aussi être déstabilisée par cette instabilité
régionale. Les gens tentent d’aider à ce que la situation ne
devienne pas incontrôlable », a déclaré
Salva Kir. La source diplomatique explique pour sa
part que l’Egypte est consciente de cette affaire. « Nous
essayons de sauver l’application de l’accord de paix global
afin d’éviter que le Sud-Soudan
vote (oui) lors du référendum en 2011 sur son indépendance
», explique la source. Le Caire sait qu’il y a des forces
étrangères qui encouragent l’indépendance du
Sud-Soudan comme les
Etat-Unis et Israël. La visite
du chef de l’Etat au Sud vise donc à ne pas laisser le
terrain libre à ces forces. Une indépendance du Sud serait
un véritable casse-tête pour Le Caire, car cette région est
proche des sources du Nil.
C’est pour cette raison que l’Egypte essaye de renforcer ses
liens économiques et politiques avec le Sud. Cette région
souffre de la pauvreté. Les Sudistes se plaignent d’un
déséquilibre avec le nord au niveau du partage des richesses
et d’inégalités dans le partage du pouvoir. A Juba, Moubarak
a promis de relancer les investisseurs égyptiens dans la
région, de même qu’une branche de l’université d’Alexandrie
sera par ailleurs inaugurée à Juba, prouvant que l’Egypte
souhaite une présence renforcée au
Sud-Soudan .
Chérif
Ahmed