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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Egypte

Soudan . Le président Moubarak a effectué une visite impromptue, lundi, au nord et au sud Soudan axée sur la situation au Darfour et le statut du sud. 

L’Egypte en mission 

Cette visite du président Moubarak au Soudan revêt surtout un caractère symbolique. Le chef de l’Etat a visité Khartoum avant de se rendre à Juba au sud du pays, où il a eu des entretiens avec les leaders sudistes. C’est la première fois depuis 1962 qu’un chef d’Etat égyptien se rende au Sud-Soudan, région déchirée par des années de guerre et de conflits. Pourquoi ? La récente accusation de crimes de guerre contre le président soudanais Omar Al-Béchir par la Cour Pénale Internationale (CPI) et la reprise de la tension entre le nord et le sud ont éveillé les inquiétudes du Caire qui craint une séparation du sud, surtout à l’approche du référendum qui sera organisé en 2011 pour déterminer le statut du sud. Dans ce contexte, la visite du président Moubarak est un « message politique » adressé au sud pour préserver l’unité du Soudan.

A Khartoum, le président Moubarak s’est entretenu durant plus de deux heures avec son homologue soudanais Omar Al-Béchir. Les discussions ont porté sur la crise au Darfour et le statut du sud. « Nous craignons que l’inculpation du président Béchir par la CPI n’ait de graves répercussions sur l’accord du CPA signé en 2005 entre le Nord et le Sud sous les auspices du gouvernement égyptien et qui a mis fin à la guerre civile. Cette inculpation peut troubler le Soudan et en même temps peut menacer la sécurité au sud de l’Egypte », explique une source diplomatique ayant requis l’anonymat. Depuis quelques mois, les affrontements ont repris entre le Nord et le Sud autour d’Abeyei, une ville située au centre du Soudan et riche en pétrole. «  Il était très important que le président Moubarak effectue une visite à Khartoum à ce moment critique afin de soutenir son homologue soudanais et le conseiller du meilleur moyen de trouver une solution à ce problème », explique la source.

Le Caire tente de convaincre Khartoum de coopérer avec l’Onu. Moubarak a transmis à Omar Al-Béchir la position des pays européens sur l’attitude que le Soudan doit adopter au Darfour. Le Caire a demandé à Khartoum d’œuvrer en vue d’un cessez-le-feu au Darfour, d’accélérer le processus de paix et d’arrêter les personnes coupables de crimes dans la région. Moubarak a déclaré devant son homologue soudanais que « la solution à ce problème, le conflit au Darfour,  est d’appliquer l’initiative arabe et africaine ». L’Union africaine et la Ligue arabe ont demandé au Conseil de sécurité de l’Onu de différer toute décision de la CPI. L’UA souhaite accorder du temps au président Béchir pour qu’il mette en place un cessez-le-feu au Darfour. Les juges de la CPI examinent actuellement les preuves présentées en juillet par le procureur Ocampo pour décider s’ils vont émettre un mandat d’arrêt international contre le président soudanais.

A Juba au sud, le président Moubarak s’est entretenu avec Salva Kir, chef du gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan. Ce dernier a fait allusion au risque de déstabilisation régionale si l’application du plan de paix intersoudanais de 2005 n’avançait pas, appelant Le Caire à faire pression sur Khartoum pour accélérer le processus. « L’Egypte doit continuer à travailler en vue d’une paix dans la région.(…) L’Egypte peut aussi être déstabilisée par cette instabilité régionale. Les gens tentent d’aider à ce que la situation ne devienne pas incontrôlable », a déclaré Salva Kir. La source diplomatique explique pour sa part que l’Egypte est consciente de cette affaire. « Nous essayons de sauver l’application de l’accord de paix global afin d’éviter que le Sud-Soudan vote (oui) lors du référendum en 2011 sur son indépendance », explique la source. Le Caire sait qu’il y a des forces étrangères qui encouragent l’indépendance du Sud-Soudan comme les Etat-Unis et Israël. La visite du chef de l’Etat au Sud vise donc à ne pas laisser le terrain libre à ces forces. Une indépendance du Sud serait un véritable casse-tête pour Le Caire, car cette région est proche des sources du Nil.

C’est pour cette raison que l’Egypte essaye de renforcer ses liens économiques et politiques avec le Sud. Cette région souffre de la pauvreté. Les Sudistes se plaignent d’un déséquilibre avec le nord au niveau du partage des richesses et d’inégalités dans le partage du pouvoir. A Juba, Moubarak a promis de relancer les investisseurs égyptiens dans la région, de même qu’une branche de l’université d’Alexandrie sera par ailleurs inaugurée à Juba, prouvant que l’Egypte souhaite une présence renforcée au Sud-Soudan .

Chérif Ahmed

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