Crise Financière.
Le G20 tiendra une réunion d’urgence le 15 novembre à
Washington pour discuter des moyens de la surmonter. Pour la
première fois, les pays émergents participeront à
l’élaboration des règles mondiales.
Une nouvelle ère commence
L’heure
du grand débat approche. Pour la première fois, les pays
développés et les pays émergents, même si leurs intérêts
divergent, auront un objectif unifié au cours du sommet du
G20, qui aura lieu à Washington le samedi 15 novembre. Il
s’agira de formuler un panorama constructif des défis
auxquels le monde entier fait face après la pire crise
financière depuis 1929.
Convoqués d’urgence par le président américain George W.
Bush sous la pression des Européens, les pays membres du G20
y réfléchiront aux moyens de mieux réguler la finance et aux
possibilités de coordonner des plans de relance pour
remettre l’économie mondiale sur la voie de la croissance.
Ils ont donc la tâche de jeter les bases d’importants
changements dans la gestion du système financier mondial. «
C’est le moment de formuler des propositions pour un
changement réel dans l’architecture financière mondiale », a
assuré le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva,
lors de la réunion préparatoire des ministres des Finances
et des gouverneurs des Banques Centrales, qui a eu lieu
samedi dernier à Sao Paulo au Brésil, en demandant un rôle
accru pour les pays émergents dans la gouvernance économique
mondiale.
Le président de la Banque Mondiale (BM), Robert Zoellick,
l’a également confirmé. « Nous avons besoin de moderniser le
système multilatéral pour que d’importants pays en
développement puissent faire entendre leur voix », a-t-il
déclaré en signalant que « dans les deux ans, on verra de
vrais changements dans le système mondial ».
Cette fois, les pays développés et les grandes institutions
monétaires seront les premiers à être blâmés. Alors que les
pays émergents et les pays du Golfe constituent en revanche
une bouée de sauvetage. Car, comme l’ont affirmé les
experts, cette crise est la conséquence d’une foi aveugle
dans la capacité des marchés à s’autoréguler et, dans une
large mesure, du manque de contrôle sur les grands acteurs
financiers. Elle a engendré des pertes énormes de 34
milliards de dollars dès le début de 2007. En plus d’une
baisse des investissements, d’une hausse des dépôts, d’un
manque de liquidité et d’une perte de 20 millions d’offres
d’emploi. Sans compter le recul des taux de croissance de
tous les pays développés.
Accroître la transparence
La porte-parole de la Maison Blanche, Mme Perino, a estimé
que le sommet devait dégager des idées communes mais aussi «
réaffirmer l’engagement (du monde) sur les grands principes
de l’économie de marché dont (les principes) d’économies
ouvertes et compétitives, d’une expansion du commerce et
d’un accroissement des flux de capitaux et d’investissement
». Il s’agit, en fait, d’accroître la transparence
financière, la gestion des risques, la coordination entre
les régulateurs et même d’adopter des règles plus
cohérentes, par exemple quand il s’agit de comptabilité et
de capitalisation en plus d’un rôle accru du Fonds monétaire
international. « Le FMI doit changer sa stratégie. Il doit
plutôt devenir un pré-indice des performances de l’économie
mondiale. De même, les pays du Golfe, qui ont amassé des
milliards, vu leurs richesses pétrolières, doivent également
contribuer au trésor du Fonds afin de l’aider à jouer un
rôle primordial pour affronter la crise », signale le
premier ministre anglais, Gordon Brown.
L’une des priorités de ce sommet du G20 est donc de discuter
une réforme du FMI, créé dans le cadre des accords de
Bretton Woods, qui tracèrent les grandes lignes du système
financier international en 1944. « C’est une urgence, mais
les choses ne vont pas changer du jour au lendemain », a
indiqué M. Strauss-Kahn dans une interview publiée samedi
par le quotidien britannique Financial Times.
Atout majeur
Les pays émergents, notamment les géants de l’exportation
aux liquidités immenses, veulent maintenant peser davantage
sur la conduite des affaires du monde. L’Arabie saoudite a
réussi cette année à se réserver un fauteuil dans cette
réunion, grâce à ses importantes liquidités résultant de ses
richesses pétrolières qui lui ont offert un atout majeur. Il
est prévu que ce pays annonce d’ailleurs au cours de cette
réunion des contributions au FMI. « Contribuer au sommet
veut dire aussi contribuer aux prises de décisions. C’est un
privilège que la grande majorité des pays arabes cherchaient
à obtenir. La crise financière a offert la chance à l’Arabie
saoudite d’y participer. Les pays développés ont besoin de
son soutien monétaire. Et en revanche, cela lui permettra de
participer à instaurer de nouvelles pratiques et de
nouvelles formes de coopération », a expliqué Fakhri Al-Fiqi,
professeur d’économie à l’Université du Caire.
Même si l’Egypte n’a pas cette fois réussi à se faire une
place au sein du G20, il est temps que les pays du
Moyen-Orient deviennent partie prenante des décisions
internationales. Et que cela persiste une fois la crise
réglée.
Névine Kamel