Parlement.
Les travaux de la nouvelle session commencent ce mercredi.
La « machine législative » se pose en garante du processus
de réforme en marche, mais aucun changement ne pointe à
l’horizon.
Le renouveau dans la continuité
La
nouvelle session parlementaire qui s’ouvre aujourd’hui,
mercredi, s’annonce avec une « escarmouche » entre le bloc
des Frères musulmans et le Parti National Démocrate (PND, au
pouvoir). Les Frères, qui représentent 20 % des sièges,
revendiquent leur part dans les commissions parlementaires
(de la sécurité, des affaires étrangères, des législations,
etc.) qui regroupent 76 dirigeants appartenant tous au PND.
Le parti au pouvoir, qui bénéficie d’une majorité absolue,
insiste sur le choix par vote qui naturellement lui garantit
la suprématie. Aucun changement n’est donc attendu à ce
sujet, ni d’ailleurs au niveau plus supérieur du président
de l’Assemblée et de ses adjoints.
Le Conseil consultatif commence, lui, ses travaux dans des
locaux complètement refaits après l’incendie qui a ravagé le
bâtiment historique en août. Son président, Safouat
Al-Chérif, a salué cette semaine le « miracle » réalisé par
Arab Contractors qui a réussi à terminer les travaux « en un
temps record ».
Le statut personnel à l’étude
Une série de projets de loi « à faire passer ». Les plus
importants sur la liste sont ceux recommandés au début du
mois par le chef de l’Etat, le président Hosni Moubarak,
lors de son discours devant le congrès du PND. Il s’agit de
dossiers sur lesquels le gouvernement travaillait depuis des
mois : le cadre législatif régularisant le statut personnel,
favorisant une meilleure représentation des femmes à
l’Assemblée du peuple, au Conseil consultatif et aux
conseils municipaux, le rôle des syndicats professionnels
(par opposition aux syndicats ouvriers), ainsi qu’un projet
de loi sur l’assurance médicale et sociale.
Dans son discours attendu le week-end devant le congrès
rassemblant l’Assemblée du peuple et le Conseil consultatif,
le président Moubarak devra souligner avec plus d’emphase
les grands dossiers de la session.
Certains de ces textes, comme celui de l’assurance médicale,
ont été envoyés à tous les partis pour étude et
propositions. Plusieurs partis y ont décelé une « tentative
de privatiser » le secteur de l’assurance médicale en
confiant la gestion à des entreprises privées.
Participation politique de la femme
Les partis de l’opposition ont été également impliqués dans
le projet de loi sur la participation politique des femmes
qui soulève déjà un important débat juridico-culturel entre
ceux qui y voient une occidentalisation peu souhaitable et
ceux qui avancent l’inconstitutionnalité de la
discrimination positive en faveur d’une catégorie de
citoyens. Désigner des circonscriptions exclusivement
féminines ? Obliger les partis à inclure une proportion de
femmes candidates pour pouvoir disputer les élections ?
Utiliser le système de scrutin de liste pour augmenter le
nombre de femmes ? La nouvelle formule reste à trouver.
Une autre législation tant attendue est celle du statut
personnel, seul domaine qui obéit à la charia et qui
présente une divergence dans l’application entre coptes et
musulmans. Lors de l’élaboration de la loi de l’enfance
pendant la session écoulée, beaucoup de questions épineuses,
comme notamment l’âge minimum du mariage, ont été reléguées
au statut personnel. Sans doute les députés de la confrérie
examineront-ils à la loupe les textes proposés pour
s’assurer de leur « conformité » à la loi islamique. Mais la
nouvelle législation devra également régler le problème qui
oppose depuis des décennies les tribunaux à l’Eglise au
sujet du divorce et du remariage pour les citoyens coptes.
Avec la bénédiction du chef de l’Eglise, le conseil
communautaire copte a présenté récemment un code civil
conforme à la foi chrétienne pour être appliqué par les
tribunaux. C’est ce code qui devrait être pris en
considération dans la législation à adopter.
Finalement, l’omission de certains dossiers a suscité les
suspicions de l’opposition quant aux intentions «
démocratiques » du gouvernement. L’ajournement du projet de
loi sur le terrorisme, censé remplacer l’état d’urgence, est
vraisemblablement dû à la difficulté de l’élaboration d’une
loi qui à la fois offre des apparences démocratiques tout en
préservant les prérogatives sécuritaires garanties par
l’état d’urgence. « Nous accueillons une importante session
parlementaire qui implique une concertation des efforts au
niveau du parti, de son gouvernement et de son comité
parlementaire afin de procéder au renforcement de notre
édifice législatif et consolider les politiques de réforme à
tous les niveaux », a annoncé au début du mois le président
Moubarak.
Toutefois, certains analystes, comme Wahid Abdel-Méguid, du
Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
refusent de prendre à leur compte le discours officiel selon
lequel la machine législative serait l’indice d’une velléité
réformiste. Selon lui, aucune orientation particulière ne se
dégage des dossiers choisis pour cette saison législative. «
Je ne pense pas que l’Egypte vivra du nouveau durant les
quelques prochaines années. L’état de léthargie actuelle se
poursuivra jusqu’à nouvel ordre », estime-t-il.
Chérif Albert