Etats-Unis - Iran.
L’élection de Barack Obama laisse entrevoir une amélioration
des relations entre Washington et Téhéran. Mais le flou
persiste encore.
Obama dans le tourment iranien
L’héritage
de Barack Obama, qui doit prendre ses fonctions à la tête
des Etats-Unis le 20 janvier, semble assez « lourd ». Outre
la crise financière mondiale qui secoue son pays et à
laquelle il est censé porter remède le plus vite possible,
le nouveau numéro un américain, aux racines kényannes, doit
faire face à plusieurs dossiers brûlants, entre autres un
Iran menaçant avec son programme nucléaire, un Afghanistan
et un Pakistan en proie à la menace grandissante des
Talibans, proches d’Al-Qaëda, qui ne cessent de déstabiliser
les deux pays, sans citer la crise iraqienne et
palestinienne toujours dans l’impasse ...
Malgré tous les défis qui l’attendent, l’élection d’Obama a
été saluée en Afrique, au Moyen-Orient, au Pakistan, en Iran
comme en Afghanistan ... Pour les dirigeants de tous ces
pays, cette élection fera entrer les Etats-Unis et le monde
entier dans une nouvelle ère. « J’espère que cette élection
et l’avènement du président Barack Obama apporteront la
paix, la vie et la prospérité au peuple afghan et au reste
du monde », a espéré le président afghan Hamid Karzai. Là,
plusieurs questions s’imposent : L’ère Obama portera-t-elle
en elle les germes d’un changement remarquable dans la
politique étrangère des Etats-Unis ? Assisterons-nous dans
les mois à venir à une amélioration des relations de
Washington avec les pays qu’il avait déjà classés comme «
foyers de terrorisme » ?
En effet, les déclarations d’Obama paraissent beaucoup
plus « conciliantes » que celles de son prédécesseur, mais,
selon les experts, la politique américaine vis-à-vis des
dossiers épineux précités « ne va pas trop changer ». Déjà,
le nouveau président n’a pas tardé à démasquer sa politique
future vis-à-vis de ses plus grands défis. A commencer par
le dossier le plus brûlant, l’Iran, qui n’entretient plus de
relations diplomatiques depuis près de trente ans avec les
Etats-Unis et que le président sortant George W. Bush a
rangé dans un « axe du mal », lui imposant une série de
sanctions pour l’obliger à céder son programme nucléaire. A
son tour, le régime iranien n’a cessé de qualifier les
Etats-Unis de « Grand Satan », lui causant un casse-tête
incessant.
Malgré cette longue histoire de haine mutuelle, le président
iranien ultraconservateur, Ahmadinejad, s’est félicité cette
semaine de l’élection d’Obama, en lui demandant un
changement radical de la politique des Etats-Unis. « Je vous
félicite pour avoir été capable de rassembler une majorité
de votes lors de l’élection. Mais j’espère que vous ferez de
votre mieux pour laisser un bon souvenir en préférant les
intérêts du peuple et la justice aux demandes d’une minorité
égoïste », a espéré Ahmadinejad. Il s’agit du premier
président iranien à offrir de telles félicitations à un
président américain nouvellement élu depuis la Révolution
islamique de 1979. Selon les experts, ce geste est un signe
de conciliation, envoyé vers le nouveau président américain
pour tenter d’améliorer les relations de l’Iran avec le «
Grand Satan ». Poussant l’optimisme à l’extrême, des
responsables iraniens ont demandé, cette semaine, à Obama de
lever les sanctions américaines contre leur pays, ajoutant
que les forces américaines doivent quitter le Moyen-Orient,
et surtout l’Iraq. « Par la levée des sanctions cruelles
adoptées par l’administration précédente à l’encontre de
l’Iran, Barack Obama peut faire la preuve de sa bonne
volonté envers le peuple iranien », a déclaré l’ayatollah
Qorban-Ali Dori-Najafabadi, procureur général de la
République islamique.
Réduisant pratiquement à néant tous les espoirs iraniens, le
nouveau président américain, qui doit prendre ses fonctions
le 20 janvier, a affirmé samedi sur un ton ferme : « Le
développement d’armes nucléaires par Téhéran est
inacceptable. Et nous devons mettre sur pied un effort
international pour éviter que cela n’arrive ». Choc pour les
Iraniens qui ont vite repris leur politique hostile à
l’égard du « Grand Satan » : Samedi, le président du
Parlement iranien, Ali Larijani, a estimé que Barack Obama
s’est engagé « dans la mauvaise direction » comme par le
passé, en jugeant inacceptable la mise au point d’armes
nucléaires par Téhéran. « Ce que la communauté
internationale attend de vous, ce n’est pas les mêmes mots
répétés quotidiennement sur la question nucléaire iranienne.
Si les Etats-Unis veulent que leur situation dans la région
change, ils doivent envoyer les bons signaux », a affirmé M.
Larijani.
Germes d’un changement réel
Les Iraniens ont des raisons d’être déçus, car tout au long
de sa campagne électorale, Obama s’est montré plutôt ouvert
au dialogue avec eux. Il portait en lui les germes d’un
changement réel vis-à-vis de Téhéran. Contrairement à George
W. Bush, il a évoqué un « dialogue sans condition préalable
» avec l’Iran, alors que M. Bush a toujours soumis un tel
dialogue au respect par Téhéran des injonctions du Conseil
de sécurité. Pourtant, Obama n’a jamais exclu l’idée de
durcissement de sanctions contre Téhéran pour le forcer à
stopper son programme nucléaire. « Quel que soit le nom du
président américain, les Etats-Unis ne vont jamais permettre
à l’Iran de devenir une puissance nucléaire ou même une
superpuissance régionale qui pourrait nuire à leurs intérêts
au Moyen-Orient. Je peux donc affirmer que même si Obama
privilégie le dialogue pour le moment, il pourrait adresser
une frappe militaire à Téhéran si la diplomatie échoue.
Jamais Washington ne permettrait à l’Iran de posséder l’arme
atomique. En effet, ce qui diffère d’un président à l’autre,
c’est la méthode adoptée pour parvenir au même objectif,
mais jamais les principes bien fondés de l’Administration
américaine ne changeront », analyse Mohamad Abbass, expert
politique.
Dans ce contexte, l’amélioration des relations
irano-américaines est-elle devenue un rêve lointain ? La
réponse à cette question demeure inconnue pour le moment,
car une amélioration des relations bilatérales ne dépend pas
seulement du président américain, mais aussi de son
homologue iranien. « Tant qu’un président ultraconservateur
comme Ahmadinejad demeure à la tête de l’Iran, il serait
très difficile de nouer un dialogue fructueux avec les
Américains. Durant le règne de ce dernier, Téhéran a
beaucoup perdu et a fait l’objet de plusieurs séries de
sanctions internationales. D’où la nécessité de songer à
remplacer ce président intraitable par un autre beaucoup
plus modéré pour sortir de cette impasse, surtout que la
mentalité d’Obama est beaucoup plus modérée que celle de son
prédécesseur », estime le Dr Hicham Ahmad, professeur à la
faculté de sciences économiques et politiques de
l’Université du Caire. Déjà, le compte à rebours a commencé
car des présidentielles iraniennes sont prévues en juin
2009. Selon les experts, le guide suprême de la République
islamique, l’ayatollah Khamenei, attendait le résultat des
présidentielles américaines pour choisir le prochain
candidat à la présidence iranienne. Après l’élection d’Obama,
une chose est plus ou moins sûre, selon les analystes. «
Khamenei va probablement privilégier le choix d’un président
modéré comme Khatami qui jouit d’une image respectable et
conciliante à l’étranger. L’Occident voit en Khatami une
bonne figure avec qui il est facile de dialoguer pour sortir
de l’impasse. Ceci dit, les chances de la réélection d’Ahmadinejad
semblent réduites », pronostique Mohamad Abbass. En effet,
le choix d’Ahmadinejad était essentiellement motivé par
l’existence d’un président réticent comme George W. Bush à
la tête des Etats-Unis. Telle est la règle du jeu : les
présidentielles américaines tracent souvent le chemin des
présidentielles iraniennes.
A l’heure actuelle, ce qui importe pour les Iraniens, c’est
d’entamer un dialogue avec les Etats-Unis et de normaliser
les relations autant que possible. Qui sait ? Peut-être,
après trois décennies d’inimitié, les deux parties
parviennent à un compromis, surtout que les Iraniens ne
cherchent, en fin de compte, que leurs propres intérêts. «
Si jamais Téhéran réussit à arracher de Washington ses gains
souhaités comme la levée des sanctions américaines, le
retrait américain de l’Iraq ou peut-être des assistances
économiques de poids, peut-être, en ce moment seulement,
l’Iran stopperait ses activités nucléaires à jamais. Tout
dépend de l’habilité d’Obama lors de ses négociations avec
ses ennemis », pronostique le Dr Hicham Ahmad.
Maha
Al-Cherbini