Al-Ahram Hebdo, Monde | Obama dans le tourment iranien
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Monde

Etats-Unis - Iran. L’élection de Barack Obama laisse entrevoir une amélioration des relations entre Washington et Téhéran. Mais le flou persiste encore.

Obama dans le tourment iranien

L’héritage de Barack Obama, qui doit prendre ses fonctions à la tête des Etats-Unis le 20 janvier, semble assez « lourd ». Outre la crise financière mondiale qui secoue son pays et à laquelle il est censé porter remède le plus vite possible, le nouveau numéro un américain, aux racines kényannes, doit faire face à plusieurs dossiers brûlants, entre autres un Iran menaçant avec son programme nucléaire, un Afghanistan et un Pakistan en proie à la menace grandissante des Talibans, proches d’Al-Qaëda, qui ne cessent de déstabiliser les deux pays, sans citer la crise iraqienne et palestinienne toujours dans l’impasse ...

Malgré tous les défis qui l’attendent, l’élection d’Obama a été saluée en Afrique, au Moyen-Orient, au Pakistan, en Iran comme en Afghanistan ... Pour les dirigeants de tous ces pays, cette élection fera entrer les Etats-Unis et le monde entier dans une nouvelle ère. « J’espère que cette élection et l’avènement du président Barack Obama apporteront la paix, la vie et la prospérité au peuple afghan et au reste du monde », a espéré le président afghan Hamid Karzai. Là, plusieurs questions s’imposent : L’ère Obama portera-t-elle en elle les germes d’un changement remarquable dans la politique étrangère des Etats-Unis ? Assisterons-nous dans les mois à venir à une amélioration des relations de Washington avec les pays qu’il avait déjà classés comme « foyers de terrorisme » ?

En effet, les déclarations d’Obama paraissent  beaucoup plus « conciliantes » que celles de son prédécesseur, mais, selon les experts, la politique américaine vis-à-vis des dossiers épineux précités « ne va pas trop changer ». Déjà, le nouveau président n’a pas tardé à démasquer sa politique future vis-à-vis de ses plus grands défis. A commencer par le dossier le plus brûlant, l’Iran, qui n’entretient plus de relations diplomatiques depuis près de trente ans avec les Etats-Unis et que le président sortant George W. Bush a rangé dans un « axe du mal », lui imposant une série de sanctions pour l’obliger à céder son programme nucléaire. A son tour, le régime iranien n’a cessé de qualifier les Etats-Unis de « Grand Satan », lui causant un casse-tête incessant.

Malgré cette longue histoire de haine mutuelle, le président iranien ultraconservateur, Ahmadinejad, s’est félicité cette semaine de l’élection d’Obama, en lui demandant un changement radical de la politique des Etats-Unis. « Je vous félicite pour avoir été capable de rassembler une majorité de votes lors de l’élection. Mais j’espère que vous ferez de votre mieux pour laisser un bon souvenir en préférant les intérêts du peuple et la justice aux demandes d’une minorité égoïste », a espéré Ahmadinejad. Il s’agit du premier président iranien à offrir de telles félicitations à un président américain nouvellement élu depuis la Révolution islamique de 1979. Selon les experts, ce geste est un signe de conciliation, envoyé vers le nouveau président américain pour tenter d’améliorer les relations de l’Iran avec le « Grand Satan ». Poussant l’optimisme à l’extrême, des responsables iraniens ont demandé, cette semaine, à Obama de lever les sanctions américaines contre leur pays, ajoutant que les forces américaines doivent quitter le Moyen-Orient, et surtout l’Iraq. « Par la levée des sanctions cruelles adoptées par l’administration précédente à l’encontre de l’Iran, Barack Obama peut faire la preuve de sa bonne volonté envers le peuple iranien », a déclaré l’ayatollah Qorban-Ali Dori-Najafabadi, procureur général de la République islamique.

Réduisant pratiquement à néant tous les espoirs iraniens, le nouveau président américain, qui doit prendre ses fonctions le 20 janvier, a affirmé samedi sur un ton ferme : « Le développement d’armes nucléaires par Téhéran est inacceptable. Et nous devons mettre sur pied un effort international pour éviter que cela n’arrive ». Choc pour les Iraniens qui ont vite repris leur politique hostile à l’égard du « Grand Satan » : Samedi, le président du Parlement iranien, Ali Larijani, a estimé que Barack Obama s’est engagé « dans la mauvaise direction » comme par le passé, en jugeant inacceptable la mise au point d’armes nucléaires par Téhéran. « Ce que la communauté internationale attend de vous, ce n’est pas les mêmes mots répétés quotidiennement sur la question nucléaire iranienne. Si les Etats-Unis veulent que leur situation dans la région change, ils doivent envoyer les bons signaux », a affirmé M. Larijani.

Germes d’un changement réel

Les Iraniens ont des raisons d’être déçus, car tout au long de sa campagne électorale, Obama s’est montré plutôt ouvert au dialogue avec eux. Il portait en lui les germes d’un changement réel vis-à-vis de Téhéran. Contrairement à George W. Bush, il a évoqué un « dialogue sans condition préalable » avec l’Iran, alors que M. Bush a toujours soumis un tel dialogue au respect par Téhéran des injonctions du Conseil de sécurité. Pourtant, Obama n’a jamais exclu l’idée de durcissement de sanctions contre Téhéran pour le forcer à stopper son programme nucléaire. « Quel que soit le nom du président américain, les Etats-Unis ne vont jamais permettre à l’Iran de devenir une puissance nucléaire ou même une superpuissance régionale qui pourrait nuire à leurs intérêts au Moyen-Orient. Je peux donc affirmer que même si Obama privilégie le dialogue pour le moment, il pourrait adresser une frappe militaire à Téhéran si la diplomatie échoue. Jamais Washington ne permettrait à l’Iran de posséder l’arme atomique. En effet, ce qui diffère d’un président à l’autre, c’est la méthode adoptée pour parvenir au même objectif, mais jamais les principes bien fondés de l’Administration américaine ne changeront », analyse Mohamad Abbass, expert politique.

Dans ce contexte, l’amélioration des relations irano-américaines est-elle devenue un rêve lointain ? La réponse à cette question demeure inconnue pour le moment, car une amélioration des relations bilatérales ne dépend pas seulement du président américain, mais aussi de son homologue iranien. « Tant qu’un président ultraconservateur comme Ahmadinejad demeure à la tête de l’Iran, il serait très difficile de nouer un dialogue fructueux avec les Américains. Durant le règne de ce dernier, Téhéran a beaucoup perdu et a fait l’objet de plusieurs séries de sanctions internationales. D’où la nécessité de songer à remplacer ce président intraitable par un autre beaucoup plus modéré pour sortir de cette impasse, surtout que la mentalité d’Obama est beaucoup plus modérée que celle de son prédécesseur », estime le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences économiques et politiques de l’Université du Caire. Déjà, le compte à rebours a commencé car des présidentielles iraniennes sont prévues en juin 2009. Selon les experts, le guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Khamenei, attendait le résultat des présidentielles américaines pour choisir le prochain candidat à la présidence iranienne. Après l’élection d’Obama, une chose est plus ou moins sûre, selon les analystes. « Khamenei va probablement privilégier le choix d’un président modéré comme Khatami qui jouit d’une image respectable et conciliante à l’étranger. L’Occident voit en Khatami une bonne figure avec qui il est facile de dialoguer pour sortir de l’impasse. Ceci dit, les chances de la réélection d’Ahmadinejad semblent réduites », pronostique Mohamad Abbass. En effet, le choix d’Ahmadinejad était essentiellement motivé par l’existence d’un président réticent comme George W. Bush à la tête des Etats-Unis. Telle est la règle du jeu : les présidentielles américaines tracent souvent le chemin des présidentielles iraniennes.

A l’heure actuelle, ce qui importe pour les Iraniens, c’est d’entamer un dialogue avec les Etats-Unis et de normaliser les relations autant que possible. Qui sait ? Peut-être, après trois décennies d’inimitié, les deux parties parviennent à un compromis, surtout que les Iraniens ne cherchent, en fin de compte, que leurs propres intérêts. « Si jamais Téhéran réussit à arracher de Washington ses gains souhaités comme la levée des sanctions américaines, le retrait américain de l’Iraq ou peut-être des assistances économiques de poids, peut-être, en ce moment seulement, l’Iran stopperait ses activités nucléaires à jamais. Tout dépend de l’habilité d’Obama lors de ses négociations avec ses ennemis », pronostique le Dr Hicham Ahmad.

Maha Al-Cherbini

 




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