Al-Ahram Hebdo,Arts | Fathi Salama et  Jon Balke
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Arts
Musique. A l’occasion du festival Jazz Factory, l’Egyptien Fathi Salama et le Norvégien Jon Balke s’expriment sur leur art. Entretien. 

« Le jazz s’intéresse à importer les différents styles musicaux » 

Al-Ahram Hebdo : Votre musique mise toujours sur le dialogue avec l’autre. Qu’en dites-vous ?

Fathi Salama : Je crois que chacun d’entre nous présente sa musique et son art selon ses origines et références. Moi, par exemple, j’ai une référence orientale ; en même temps, j’ai eu l’occasion de voyager en Occident et de découvrir plusieurs formes musicales.

Dans la musique latine ou dans le flamenco, on retrouve des racines arabes. On s’éloigne de la musique anglo-saxonne … mais on peut toujours tisser des liens.

En Occident, depuis 70 ans, plusieurs troupes ont essayé de mixer musique européenne et orientale. Même les Beatles ont fouiné dans la musique indienne, en vogue à l’époque. Puis, la musique arabe et le raï ont eu le vent en poupe à leur tour. On a eu alors d’autres fusions.

— Le jazz favorise-t-il ce dialogue entre Occident et Orient, Européen et Arabe ?

— Le jazz est à l’origine une musique amenée par les Africains qui ont habité les Etats-Unis. Donc, c’est une musique basée sur l’idée du métissage. Il s’intéresse aussi à l’improvisation qui est aussi une base fondamentale de la musique arabe. Dans celle-ci, on a une structure fixe qu’on respecte puis on s’ouvre à l’improvisation.

Le jazz s’intéresse aussi à importer différents styles musicaux. Une raison pour laquelle on affirme qu’il y a une certaine difficulté à faire l’amalgame entre les différentes musiques et à faire la bonne classification qui détermine le genre joué.

— Dans le jazz, y a-t-il des limites pour l’improvisation ?

— Evidemment, l’art de l’improvisation a ses limites. Mais cela nécessite une très bonne formation musicale. Dans la musique arabe, il faut bien connaître les modes et la manière de se déplacer entre eux en jouant. Dans le jazz, on a toute une liberté, mais il faut respecter la construction harmonieuse originale. Donc à la fois, l’improvisation est ouverte par la richesse des informations et des expériences et limitée par les règles musicales. Dans notre festival, à travers les ateliers tenus avec les différents artistes norvégiens, hollandais, anglais et autres, on a essayé de faire une sorte d’échange au niveau des informations et des expériences. Les concerts du remix, organisés dans le cadre du festival, favorisent les échanges en jouant ensemble.

« Le jazz est une musique très flexible » 

Al-Ahram Hebdo : Vous dirigez plusieurs troupes de jazz, Magnetic Orchestra, Batagraf et Siwan. Quelle est la particularité de chacune d’elles ?

Jon Balke : Je suis jazzman et compositeur. Magnetic Orchestra est plutôt une troupe qui joue la musique européenne contemporaine. Batagraf fouille les éléments originaux et réels du jazz. C’est plutôt une musique afro-occidental très énergique qui ressemble à la musique égyptienne moderne.

Quant à Siwan, la troupe mêle musique andalouse et jazz. En fait, il y a environ deux ans, j’ai été convoqué au Maroc pour composer des morceaux de jazz pour un club marocain. J’ai découvert beaucoup d’enregistrements d’Amina Al-Aloui puisant dans les chansons et la musique andalouses. Avec elle, on a créé Siwan. En Europe, je travaille sur la musique baroque, découvrant des liens entre celle-ci et la musique andalouse. De plus, l’improvisation qui caractérise la musique andalouse constitue une source fondamentale de la musique baroque.

— Pourquoi avez-vous choisi de participer au festival avec Siwan ?

— A l’origine, ma référence est le jazz moderne. Mais 30 ans auparavant, j’ai entendu la musique d’Oum Kalsoum. Et c’était fascinant. J’ai été épris de par la composition et l’arrangement de Mohamad Abdel-Wahab. A l’époque, j’ai considérablement pensé à approcher cette musique. De manière latente, cette musique arabe existe à l’intérieur de ce que j’écris et crée. Participer à ce festival cairote, avec la musique métissée de Siwan, est un retour à ce rêve du passé. En fait, toute ma musique est très influencée par les musiques traditionnelles du monde plutôt que par les formes typiques du jazz.

— L’improvisation constitue-t-elle le point commun entre la musique arabe et le jazz ?

— Dans le jazz, il y a une structure fixe. Pourtant, le solo peut bouger librement dans le cadre de cette structure. L’interprète jouit d’une liberté à développer la musique au moment même du jeu. La musique arabe s’organise aussi d’une certaine manière et la musique andalouse est dotée de sa propre structure.

Certes, il y a des règles pour improviser, mais aussi cela dépend de quel type de jazz il s’agit. Dans le jazz classique, il y a toujours « la structure chorale » d’une chanson qu’on répète. Le jazzman doit donc bien connaître la chanson originale et son interprétation. Il existe une autre forme du jazz proche de la musique arabe et qui respecte ses modes.

Le jazz est une musique très flexible. Je ne sais pas quand on peut s’arrêter à classer les musiques sous le titre de jazz parce que les limites sont très vagues. On a le jazz électronique, le jazz world, le classique, etc. En Norvège, on a par exemple le jazz folklorique, la musique folklorique du Norvège mêlée au jazz.

Propos recueillis par May Sélim

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