Al-Ahram Hebdo,Arts | L’agencement des lettres
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Arts

Calligraphie. Le Syrien Mounir Al-Chaarani est détenteur de tout un projet concernant l’art de l’écriture arabe. Un art qu’il cherche à « contemporaniser ». 

L’agencement des lettres 

Qu’est-ce qui se passe une fois rentré chez soi ? L’on prend ses aises, élabore des projets à long et court termes, vit au rythme des siens … C’est exactement le cas du calligraphe, Mounir Al-Chaarani, une fois réinstallé dans son pays la Syrie, après des années d’absence pour exil politique.

Sa dernière exposition, tenue récemment à la galerie de l’Opéra du Caire, a regroupé quelques-unes de ses dernières créations, marquées en quelque sorte par le retour. « Loin des yeux, tu n’as jamais été loin du cœur », inscrit-il, empruntant un vers du poète abbasside Abbass Ibn Al-Ahnaf. A d’autres endroits, le calligraphe reprend en chœur des extraits de la poésie de son compatriote, Badawi Al-Jabal, constituant un hymne d’amour à Damas. « Les voyages me transportent, à l’est comme à l’ouest, mais mon cœur ne quitte point Damas ». Les messages se multiplient, épousant la rondeur des lignes calligraphiques. La rigueur de l’artiste est souvent de mise, ne laissant rien au hasard. C’est un trait de caractère d’Al-Chaarani, dont la carrière évolue au gré d’une volonté visant à dissocier l’art calligraphique de son rapport strict au sacré et au religieux. Il s’agit de tout un projet qui se développe au fil des années, depuis sa sortie des beaux-arts de Damas en 1977, et peut-être encore plus loin, lorsqu’il s’est joint au maître calligraphe Badawi Al-Dirani à l’âge de 10 ans.

Avec lui, c’est toujours esthétiquement beau et solide, mais ce qui l’intéressait jusque-là, c’était l’évolution de la structure, de la ligne et de la lettre. Maintenant, à une deuxième phase, il faut œuvrer à varier les matériaux. Al-Chaarani s’y prête. Il est en train d’installer un atelier à Damas, afin de travailler sur tissus, céramiques, métaux ou autres. « Dans ma tête, il y a toujours une dialectique entre la ligne et la composition, le matériel utilisé et l’époque », dit-il.

Des tissus faits sur commande à Alep, des bijoux aussi authentiques que contemporains … L’essentiel serait de penser la pièce, de la concevoir comme une œuvre d’art qui évolue au gré des temps modernes, avec la calligraphie comme point de mire.

« Je voudrais peut-être contribuer à influencer les bijoux qui sont d’usage », ajoute Al-Chaarani. Car les ancêtres ont déjà éternisé la calligraphie arabe, la rendant l’une des composantes les plus caractéristiques de l’art islamique. Prenant des formes variées, suivant les supports et les usages, elle est plus liée à un sens civilisationnel qu’autre chose. Al-Chaarani en fait une lecture intelligible.

Dalia Chams

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