Calligraphie.
Le Syrien Mounir Al-Chaarani est détenteur de tout un projet
concernant l’art de l’écriture arabe. Un art qu’il cherche à
« contemporaniser ».
L’agencement des lettres
Qu’est-ce
qui se passe une fois rentré chez soi ? L’on prend ses
aises, élabore des projets à long et court termes, vit au
rythme des siens … C’est exactement le cas du calligraphe,
Mounir Al-Chaarani, une fois réinstallé dans son pays la
Syrie, après des années d’absence pour exil politique.
Sa dernière exposition, tenue récemment à la galerie de
l’Opéra du Caire, a regroupé quelques-unes de ses dernières
créations, marquées en quelque sorte par le retour. « Loin
des yeux, tu n’as jamais été loin du cœur », inscrit-il,
empruntant un vers du poète abbasside Abbass Ibn Al-Ahnaf. A
d’autres endroits, le calligraphe reprend en chœur des
extraits de la poésie de son compatriote, Badawi Al-Jabal,
constituant un hymne d’amour à Damas. « Les voyages me
transportent, à l’est comme à l’ouest, mais mon cœur ne
quitte point Damas ». Les messages se multiplient, épousant
la rondeur des lignes calligraphiques. La rigueur de
l’artiste est souvent de mise, ne laissant rien au hasard.
C’est un trait de caractère d’Al-Chaarani, dont la carrière
évolue au gré d’une volonté visant à dissocier l’art
calligraphique de son rapport strict au sacré et au
religieux. Il s’agit de tout un projet qui se développe au
fil des années, depuis sa sortie des beaux-arts de Damas en
1977, et peut-être encore plus loin, lorsqu’il s’est joint
au maître calligraphe Badawi Al-Dirani à l’âge de 10 ans.
Avec lui, c’est toujours esthétiquement beau et solide, mais
ce qui l’intéressait jusque-là, c’était l’évolution de la
structure, de la ligne et de la lettre. Maintenant, à une
deuxième phase, il faut œuvrer à varier les matériaux.
Al-Chaarani s’y prête. Il est en train d’installer un
atelier à Damas, afin de travailler sur tissus, céramiques,
métaux ou autres. « Dans ma tête, il y a toujours une
dialectique entre la ligne et la composition, le matériel
utilisé et l’époque », dit-il.
Des tissus faits sur commande à Alep, des bijoux aussi
authentiques que contemporains … L’essentiel serait de
penser la pièce, de la concevoir comme une œuvre d’art qui
évolue au gré des temps modernes, avec la calligraphie comme
point de mire.
« Je voudrais peut-être contribuer à influencer les bijoux
qui sont d’usage », ajoute Al-Chaarani. Car les ancêtres ont
déjà éternisé la calligraphie arabe, la rendant l’une des
composantes les plus caractéristiques de l’art islamique.
Prenant des formes variées, suivant les supports et les
usages, elle est plus liée à un sens civilisationnel
qu’autre chose.
Al-Chaarani
en fait une lecture intelligible.
Dalia
Chams