Festival de Thessalonique.
Le cinéma du Moyen-Orient est fort présent à cette 49e
édition de Thessalonique, avec la projection de 11 films et
d’une table ronde spéciale.
A la rencontre de l’Orient
C’est
avec Eskendériya
leih ? (Alexandrie, pourquoi ?)
que le festival a choisi de
rendre hommage au merveilleux cinéaste, qu’était Youssef
Chahine. Mais, si les maîtres s’éteignent, l’écran ne reste
pas blanc. Un autre réalisateur et une autre œuvre
égyptienne seront également présentés à travers la section,
Focus sur le cinéma du
Moyen-Orient. Il s’agit de L’Aquarium de
Yousri
Nasrallah. Le réalisateur de la magnifique Porte du
soleil, d’après le roman du Libanais Elias
Khoury, s’essaye avec L’Aquarium
à un genre de cinéma assez peu convenu pour un cinéaste, qui
a obtenu la reconnaissance du public et du monde
cinématographique.
Si Guéneinet
Al-Asmak (l’aquarium) existe bel
et bien au Caire, dans le film il est utilisé comme
métaphore de la société égyptienne, galerie hétéroclite, et
qui n’est évidemment pas à l’abri du temps qui passe, qui
change, et de tous les bouleversements sociopolitiques. Les
bouleversements humains, aussi, essentiellement. L’Aquarium
est donc un film choral qui fait intervenir les personnages
de Youssef et de Leïla, un homme
et une femme qui font connaissance avec la voix en attendant
de se croiser.
Remarqué à Cannes, le film palestinien Le Sel de la mer
d’Anne-Marie Jacir, joué par
Catherine Deneuve, sera présenté à travers la même section.
Le film essaie de porter le point de vue des milliers de
Palestiniens à travers l’histoire d’une jeune femme,
Soraya, née et élevée à
Brooklyn, et qui décide d’aller vivre en Palestine, le pays
de ses ancêtres. Dès son arrivée à Ramallah, elle cherche à
récupérer l’argent de ses grands-parents, gelé sur un compte
après leur exil, mais se heurte au refus de la banque. Sa
route va alors croiser celle de Emad,
un jeune Palestinien qui rêve de s’en aller. Ce road
movie intense, guidé par
l’urgence, revient avec force et sincérité sur les traces
d’un passé évanoui.
Sur ce même thème du conflit
arabo-israélien, sera également projeté le film
d’animation israélien Waltz
with Bashir
(valse avec Bachir) d’Ari
Folman, sur la mémoire des
massacres de Sabra et Chatila.
Dans ce film, le cinéaste israélien essaie de retracer un
traumatisme individuel et collectif, le sien et celui de son
pays. Le choix, assez adéquat, du cinéma d’animation renvoie
à un souci d’exemplarité histoire que chacun, en Israël,
puisse se reconnaître à travers ces personnages dessinés et
ordinaires, résolument non-héroïques.
C’est de présenter comment la mémoire s’est
arrangée avec les souvenirs
dérangeants, un quart de siècle après les faits. Peu à peu,
le puzzle identitaire s’assemble. A vingt ans,
Folman était un soldat de
Tsahal. Au Liban, en 1982, il
connut l’horreur des combats et la déraison sanguinaire au
travail. Point d’orgue, les massacres des camps palestiniens
de Sabra et Chatila, perpétrés
par les milices chrétiennes, suite à l’assassinat du
président libanais Bashir
Gemayel, sous l’œil indifférent de l’armée israélienne.
D’autres films de ce même monde oriental ? Bien sûr. On peut
citer entre autres American
East (l’est américain), signé
Hicham
Essaoui, un jeune Egyptien vivant aux Etats-Unis,
retraçant l’itinéraire d’un homme qui ouvre un restaurant
libanais avec son meilleur ami d’origine juive.
La Syrie sera pour sa part présente à travers le film
Khareg
al-taghtiya (hors couverture), de
Abdel-Latif
Abdel-Hamid, la Jordanie avec Capitaine
Abou-Raëd de Amin
Matalqa, le Yémen avec Un Autre
jour au vieux Sanaa de Bader Ben-Hirsi,
et l’Iraq à travers le film Ahlam
de Mohamad Al-Daradji.
Un Focus sur le Moyen-Orient qui
donnera une image contrastée de la région, moins sombre que
celle généralement prisée en Occident.
Yasser
Moheb