Zimbabwe.
Le dernier sommet régional censé régler la crise politique
entre le pouvoir et l’opposition a échoué. Un blocage qui
nécessite une intervention probable de l’Union africaine.
Un pas de plus vers le néant
« La SADC a raté une grande opportunité de mettre fin à la
crise au Zimbabwe », a déclaré l’opposant au régime Morgan
Tsvangirai. Dimanche 9 novembre se tenait un sommet
extraordinaire de la Communauté de développement de
l’Afrique australe (SADC). Celui-ci regroupait ses 15
membres sous l’égide du directeur exécutif Tomaz Salomao, en
vue de débloquer la crise politique zimbabwéenne. Depuis le
15 septembre dernier, l’accord d’union nationale est resté
lettre morte, alors qu’il devait réunir dans un même
gouvernement la ZANU-PF (Union nationale africaine du
Zimbabwe — Front patriotique, parti au pouvoir) du président
Mugabe et le parti d’opposition MDC (Mouvement pour le
changement démocratique) de Morgan Tsvangirai. Aussi de
nombreux espoirs étaient fondés sur ce dernier volet de la
médiation de l’Afrique australe.
Mais rien n’a pu inciter les deux parties au compromis. La
proposition de la SADC a été directement rejetée par M.
Tsvangirai. Elle prévoyait la co-administration du puissant
ministère de l’Intérieur, principal sujet de litige depuis
deux mois, ainsi qu’un amendement à la Constitution du pays
pour créer le poste de premier ministre promis au leader de
l’opposition. « Le concept de co-ministère ne peut pas
fonctionner », a déclaré M. Tsvangirai, soulignant que « le
problème du ministère de l’Intérieur masquait la vraie
question, celle d’un partage équitable du pouvoir ».
Il a fallu douze heures de débat à huis clos pour que la
SADC formule ces recommandations pourtant peu décisives.
Aucune mention de la fermeté de ton sud-africain n’y était
faite. Le président Kgalema Mothlante, tranchant avec son
prédécesseur Thabo Mbeki, avait ponctué son intervention
d’exhortations à la « maturité » politique, soulevant les
intérêts du peuple trop souvent oubliés. De fait, depuis le
début des événements, et alors que se multipliaient les
échecs de médiation de l’organe de sécurité de la SADC
autour de l’Angola, du Mozambique et du Swaziland, la
situation humaine et économique du Zimbabwe a dramatiquement
dégénéré.
Désastre humanitaire
L’organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW)
a présenté un rapport la semaine dernière, pressant la
communauté internationale d’intervenir. Le bilan alarmiste
faisait état de 163 morts depuis les élections législatives
de mars dernier, ainsi que d’une répression sans précédent
envers l’opposition qui les a remportées. « Les institutions
répressives de la ZANU-PF restent intactes et il n’y a eu
aucun changement dans leur conduite abusive », a déclaré le
directeur Afrique de HRW Georgette Gagnon. Le rapport somme
les Nations-Unies d’intervenir et les dirigeants africains
de faire pression sur Mugabe. Le gouvernement « de
transition » du président utiliserait la toute-puissante
police pour entraver les partisans du MDC.
La situation économique n’est pas meilleure, avec un taux
d’inflation annuel officiel de 213 millions % et 80 % de
chômage. La pénurie alimentaire et médicale est telle que
300 personnes se sont rassemblées pour prier à Harare,
simultanément au sommet de dimanche. Dix-sept personnes sont
mortes du choléra la semaine dernière. Selon Morgan
Tsvangirai, pas moins d’un million de Zimbabwéens sont
menacés de mort en cas de piétinement des négociations.
Le leader de l’opposition ne semble pas prêt, pour autant, à
fournir tous les efforts. Bénéficiant d’une majorité
parlementaire, il considère légitime le partage des
fonctions gouvernementales entre son parti et celui du
gouvernement. D’autant plus que le président africain (84
ans, dont 28 au pouvoir) a été réélu en juin sans opposant,
après l’abandon du MDC suite aux violences déchaînées contre
ses partisans. Mugabe s’est montré arbitraire même dans
l’accord du 15 septembre, en s’arrogeant le ministère de la
Défense avant le début des négociations. M. Tsvangirai
semble avoir raison de douter de l’implication de la ZANU-PF
dans la formation d’un gouvernement d’union, puisqu’un
responsable gouvernemental a déclaré à l’AFP, sous couvert
de l’anonymat, que « si Morgan et son équipe continuent de
faire des demandes déraisonnables et de changer les règles
du jeu, nous continuerons seuls sans nous préoccuper de ce
que dit le reste du monde ».
Le responsable du MDC s’était montré sceptique avant même le
début du sommet extraordinaire. Il avait défendu, en cas
d’échec de la SADC, la solution d’une nouvelle élection
présidentielle. Mais il a fait le constat de la précarité de
sa situation devant la presse, à l’issue du sommet : « Il
est regrettable que la pression soit exercée sur le MDC et
que (la SADC) soit incapable de peser sur Mugabe, pourtant à
l’origine des problèmes ». L’alternative la plus probable à
la crise du Zimbabwe est une intervention de l’Union
africaine, voire des Nations-Unies. Mais le risque humain
s’en trouvera décuplé : le délai nécessaire à l’intervention
de ces instances internationales peut être fatal à plusieurs
millions de Zimbabwéens.
Vincent Fortin