Al-Ahram Hebdo, Afrique |Un pas de plus vers le néant
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Afrique

Zimbabwe. Le dernier sommet régional censé régler la crise politique entre le pouvoir et l’opposition a échoué. Un blocage qui nécessite une intervention probable de l’Union africaine.

Un pas de plus vers le néant

« La SADC a raté une grande opportunité de mettre fin à la crise au Zimbabwe », a déclaré l’opposant au régime Morgan Tsvangirai. Dimanche 9 novembre se tenait un sommet extraordinaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Celui-ci regroupait ses 15 membres sous l’égide du directeur exécutif Tomaz Salomao, en vue de débloquer la crise politique zimbabwéenne. Depuis le 15 septembre dernier, l’accord d’union nationale est resté lettre morte, alors qu’il devait réunir dans un même gouvernement la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe — Front patriotique, parti au pouvoir) du président Mugabe et le parti d’opposition MDC (Mouvement pour le changement démocratique) de Morgan Tsvangirai. Aussi de nombreux espoirs étaient fondés sur ce dernier volet de la médiation de l’Afrique australe.

Mais rien n’a pu inciter les deux parties au compromis. La proposition de la SADC a été directement rejetée par M. Tsvangirai. Elle prévoyait la co-administration du puissant ministère de l’Intérieur, principal sujet de litige depuis deux mois, ainsi qu’un amendement à la Constitution du pays pour créer le poste de premier ministre promis au leader de l’opposition. « Le concept de co-ministère ne peut pas fonctionner », a déclaré M. Tsvangirai, soulignant que « le problème du ministère de l’Intérieur masquait la vraie question, celle d’un partage équitable du pouvoir ».

Il a fallu douze heures de débat à huis clos pour que la SADC formule ces recommandations pourtant peu décisives. Aucune mention de la fermeté de ton sud-africain n’y était faite. Le président Kgalema Mothlante, tranchant avec son prédécesseur Thabo Mbeki, avait ponctué son intervention d’exhortations à la « maturité » politique, soulevant les intérêts du peuple trop souvent oubliés. De fait, depuis le début des événements, et alors que se multipliaient les échecs de médiation de l’organe de sécurité de la SADC autour de l’Angola, du Mozambique et du Swaziland, la situation humaine et économique du Zimbabwe a dramatiquement dégénéré.

 

Désastre humanitaire

L’organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) a présenté un rapport la semaine dernière, pressant la communauté internationale d’intervenir. Le bilan alarmiste faisait état de 163 morts depuis les élections législatives de mars dernier, ainsi que d’une répression sans précédent envers l’opposition qui les a remportées. « Les institutions répressives de la ZANU-PF restent intactes et il n’y a eu aucun changement dans leur conduite abusive », a déclaré le directeur Afrique de HRW Georgette Gagnon. Le rapport somme les Nations-Unies d’intervenir et les dirigeants africains de faire pression sur Mugabe. Le gouvernement « de transition » du président utiliserait la toute-puissante police pour entraver les partisans du MDC.

La situation économique n’est pas meilleure, avec un taux d’inflation annuel officiel de 213 millions % et 80 % de chômage. La pénurie alimentaire et médicale est telle que 300 personnes se sont rassemblées pour prier à Harare, simultanément au sommet de dimanche. Dix-sept personnes sont mortes du choléra la semaine dernière. Selon Morgan Tsvangirai, pas moins d’un million de Zimbabwéens sont menacés de mort en cas de piétinement des négociations.

Le leader de l’opposition ne semble pas prêt, pour autant, à fournir tous les efforts. Bénéficiant d’une majorité parlementaire, il considère légitime le partage des fonctions gouvernementales entre son parti et celui du gouvernement. D’autant plus que le président africain (84 ans, dont 28 au pouvoir) a été réélu en juin sans opposant, après l’abandon du MDC suite aux violences déchaînées contre ses partisans. Mugabe s’est montré arbitraire même dans l’accord du 15 septembre, en s’arrogeant le ministère de la Défense avant le début des négociations. M. Tsvangirai semble avoir raison de douter de l’implication de la ZANU-PF dans la formation d’un gouvernement d’union, puisqu’un responsable gouvernemental a déclaré à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, que « si Morgan et son équipe continuent de faire des demandes déraisonnables et de changer les règles du jeu, nous continuerons seuls sans nous préoccuper de ce que dit le reste du monde ».

Le responsable du MDC s’était montré sceptique avant même le début du sommet extraordinaire. Il avait défendu, en cas d’échec de la SADC, la solution d’une nouvelle élection présidentielle. Mais il a fait le constat de la précarité de sa situation devant la presse, à l’issue du sommet : « Il est regrettable que la pression soit exercée sur le MDC et que (la SADC) soit incapable de peser sur Mugabe, pourtant à l’origine des problèmes ». L’alternative la plus probable à la crise du Zimbabwe est une intervention de l’Union africaine, voire des Nations-Unies. Mais le risque humain s’en trouvera décuplé : le délai nécessaire à l’intervention de ces instances internationales peut être fatal à plusieurs millions de Zimbabwéens.

Vincent Fortin 

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