RD Congo.
Deux sommets régionaux ont eu lieu cette semaine pour tenter
de régler le conflit dans l’est du pays. Mais sur le
terrain, les combats continuent et le risque d’une
régionalisation de la crise demeure entier.
Efforts de paix mais poursuite du conflit
La
situation s’aggrave en République Démocratique du Congo (RDC),
menaçant de plus en plus de s’étendre à la région tout
entière. Les combats se sont poursuivis, cette semaine, dans
l’est de la RDC. Rebelles de Laurent Nkunda et groupes armés
pro-gouvernementaux se sont affrontés à Ngungu, localité à
la frontière entre les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu,
selon l’Onu. Il s’agit d’un vrai chaos, toutes les factions
ont déjà participé à ces combats. Et, pour la première fois
depuis plusieurs semaines, ces combats ont opposé les
rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple
(CNDP) de Laurent Nkunda d’un côté et, de l’autre, miliciens
pro-gouvernementaux Maï-Maï et rebelles hutus rwandais des
Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), selon
le porte-parole militaire de la Mission des Nations-Unies
dans le pays (Monuc), le lieutenant-colonel Jean-Paul
Dietrich. Laurent Nkunda se présente notamment comme un
défenseur de la communauté tutsi congolaise, contre les FDLR.
Ces combats ont provoqué la fuite d’un camp de déplacés de
milliers de civils terrorisés. L’armée a également repris
Nyanzale, au nord-ouest de Goma, dont s’étaient emparés
jeudi les rebelles.
A cet égard, le ministre congolais des Affaires étrangères,
Alexis Thambwe Mwamba, n’a pas exclu dimanche dernier le
déploiement dans son pays de militaires de l’Angola, pays
voisin et fidèle allié de Kinshasa. « Pour le moment, il n’y
a pas (de troupes angolaises), mais la position angolaise
est sans équivoque pour soutenir le Congo », a-t-il affirmé.
Cette situation a pressé les leaders de l’Afrique des Grands
Lacs d’organiser un sommet international sur le conflit dans
la RDC. Ce dernier a exigé vendredi dernier à Nairobi « un
cessez-le-feu immédiat » des groupes armés dans le Kivu, et
l’ouverture d’un corridor humanitaire, face à une crise qui
menace l’Afrique des Grands Lacs d’une nouvelle tragédie
humaine.
Dans sa déclaration finale, le sommet — auquel participaient
les présidents de République Démocratique du Congo (RDC),
Joseph Kabila, et du Rwanda, Paul Kagame — a appelé tous les
« groupes armés et milices à respecter un cessez-le-feu
immédiat et décidé la mise en place d’un corridor
humanitaire pour permettre d’apporter une réponse à la
tragédie humanitaire ». Par ailleurs, le sommet a exigé la
mise en œuvre « immédiate » des accords existants sur le
désarmement des groupes armés. Cependant, le respect des
conclusions de la réunion reste dépendant du bon vouloir des
groupes armés du Kivu, absents du sommet de Nairobi.
La rébellion de Laurent Nkunda, principale menace pour la
sécurité de la zone, a confirmé sa position des derniers
jours en jugeant que la réunion avait été « un autre sommet
pour rien ». « Ce sommet prend des mesures avec retard », a
ainsi ironisé le porte-parole des rebelles, Bertrand Bisimwa.
« Nous avons déjà décrété un cessez-le-feu (unilatéral le 29
octobre), et on a déjà décidé la création de couloirs
humanitaires (le 30 octobre). J’espère que ce message serait
destiné au gouvernement », a-t-il ajouté.
Menace régionale
Lors des débats de ce sommet, le secrétaire général de
l’Onu, Ban Ki-moon, a annoncé que le conflit dans le
Nord-Kivu menace désormais l’Afrique des Grands Lacs d’un
nouveau désastre humanitaire. Ainsi, il a averti, soulignant
qu’il « ne (pouvait) y avoir de solution militaire », malgré
les combats en cours. La crise pourrait s’étendre à la
sous-région des Grands Lacs africains. M. Ban a ajouté : «
La communauté internationale ne peut autoriser cela ». M.
Ban a également pris la défense de la Monuc, accusée
vendredi par Kinshasa d’inaction lors de « tueries »
perpétrées selon le président, Joseph Kabila, dans le
Nord-Kivu (est) par les rebelles. Il a estimé « que la
capacité de la Monuc (était) arrivée à sa limite, malgré les
efforts actuels de reconfigurer ses forces qui sont engagées
face à des groupes armés dans tout l’est de la RDC ».
Mais, le sommet lui a demandé « de renforcer le mandat » de
la Monuc et « de fournir des ressources appropriées ». Par
ailleurs, une équipe de la force onusienne s’est rendue à
Kiwanja (au nord de la capitale du Nord-Kivu, Goma) pour «
vérifier les informations sur les massacres », selon l’Onu.
D’un autre côté, Kabila et Kagame n’ont pas eu d’entretien
en tête à tête à Nairobi. De plus, Ban a déploré que « la
récente offensive du CNDP a radicalement aggravé la
situation, elle conduit à de sévères conséquences
humanitaires et a précipité une fois de plus l’est de la RDC
dans une phase de crise ».
Conscients de l’ampleur de la crise, les dirigeants des pays
de l’Afrique australe se sont dit, dimanche, prêts à
envoyer, « si nécessaire », des troupes de maintien de la
paix dans la province congolaise du Nord-Kivu. Lors d’un
sommet extraordinaire de la région consacré aux crises en
RDC et au Zimbabwe, la Communauté de développement d’Afrique
australe (SADC), dont fait partie la RDC, « ne restera pas
sans bouger devant des actes de destruction et violences
commis contre quelque groupe que ce soit », a déclaré le
directeur exécutif du bloc régional, Tomaz Salomao. Selon la
déclaration finale du sommet, la SADC va par ailleurs «
fournir une aide immédiate aux forces armées de RDC », a
affirmé le responsable angolais. A cet effet, une équipe
d’experts régionaux va être dépêchée dans la zone de conflit
pour « évaluer la situation ». Le conflit du Nord-Kivu «
affecte la stabilité et la paix dans la SADC et dans la
région des Grands Lacs », a-t-il dit. La SADC demande
également un « renforcement du mandat de la Mission des
Nations-Unies en RDC (Monuc) », a ajouté M. Salomao.
Maha
Salem