Al-Ahram Hebdo, Afrique | Efforts de paix mais poursuite du conflit
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Afrique

RD Congo. Deux sommets régionaux ont eu lieu cette semaine pour tenter de régler le conflit dans l’est du pays. Mais sur le terrain, les combats continuent et le risque d’une régionalisation de la crise demeure entier.

Efforts de paix mais poursuite du conflit

La situation s’aggrave en République Démocratique du Congo (RDC), menaçant de plus en plus de s’étendre à la région tout entière. Les combats se sont poursuivis, cette semaine, dans l’est de la RDC. Rebelles de Laurent Nkunda et groupes armés pro-gouvernementaux se sont affrontés à Ngungu, localité à la frontière entre les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon l’Onu. Il s’agit d’un vrai chaos, toutes les factions ont déjà participé à ces combats. Et, pour la première fois depuis plusieurs semaines, ces combats ont opposé les rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda d’un côté et, de l’autre, miliciens pro-gouvernementaux Maï-Maï et rebelles hutus rwandais des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), selon le porte-parole militaire de la Mission des Nations-Unies dans le pays (Monuc), le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich. Laurent Nkunda se présente notamment comme un défenseur de la communauté tutsi congolaise, contre les FDLR. Ces combats ont provoqué la fuite d’un camp de déplacés de milliers de civils terrorisés. L’armée a également repris Nyanzale, au nord-ouest de Goma, dont s’étaient emparés jeudi les rebelles.

A cet égard, le ministre congolais des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, n’a pas exclu dimanche dernier le déploiement dans son pays de militaires de l’Angola, pays voisin et fidèle allié de Kinshasa. « Pour le moment, il n’y a pas (de troupes angolaises), mais la position angolaise est sans équivoque pour soutenir le Congo », a-t-il affirmé.

Cette situation a pressé les leaders de l’Afrique des Grands Lacs d’organiser un sommet international sur le conflit dans la RDC. Ce dernier a exigé vendredi dernier à Nairobi « un cessez-le-feu immédiat » des groupes armés dans le Kivu, et l’ouverture d’un corridor humanitaire, face à une crise qui menace l’Afrique des Grands Lacs d’une nouvelle tragédie humaine.

Dans sa déclaration finale, le sommet — auquel participaient les présidents de République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, et du Rwanda, Paul Kagame — a appelé tous les « groupes armés et milices à respecter un cessez-le-feu immédiat et décidé la mise en place d’un corridor humanitaire pour permettre d’apporter une réponse à la tragédie humanitaire ». Par ailleurs, le sommet a exigé la mise en œuvre « immédiate » des accords existants sur le désarmement des groupes armés. Cependant, le respect des conclusions de la réunion reste dépendant du bon vouloir des groupes armés du Kivu, absents du sommet de Nairobi.

La rébellion de Laurent Nkunda, principale menace pour la sécurité de la zone, a confirmé sa position des derniers jours en jugeant que la réunion avait été « un autre sommet pour rien ». « Ce sommet prend des mesures avec retard », a ainsi ironisé le porte-parole des rebelles, Bertrand Bisimwa. « Nous avons déjà décrété un cessez-le-feu (unilatéral le 29 octobre), et on a déjà décidé la création de couloirs humanitaires (le 30 octobre). J’espère que ce message serait destiné au gouvernement », a-t-il ajouté.

Menace régionale

Lors des débats de ce sommet, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a annoncé que le conflit dans le Nord-Kivu menace désormais l’Afrique des Grands Lacs d’un nouveau désastre humanitaire. Ainsi, il a averti, soulignant qu’il « ne (pouvait) y avoir de solution militaire », malgré les combats en cours. La crise pourrait s’étendre à la sous-région des Grands Lacs africains. M. Ban a ajouté : « La communauté internationale ne peut autoriser cela ». M. Ban a également pris la défense de la Monuc, accusée vendredi par Kinshasa d’inaction lors de « tueries » perpétrées selon le président, Joseph Kabila, dans le Nord-Kivu (est) par les rebelles. Il a estimé « que la capacité de la Monuc (était) arrivée à sa limite, malgré les efforts actuels de reconfigurer ses forces qui sont engagées face à des groupes armés dans tout l’est de la RDC ».

Mais, le sommet lui a demandé « de renforcer le mandat » de la Monuc et « de fournir des ressources appropriées ». Par ailleurs, une équipe de la force onusienne s’est rendue à Kiwanja (au nord de la capitale du Nord-Kivu, Goma) pour « vérifier les informations sur les massacres », selon l’Onu.

D’un autre côté, Kabila et Kagame n’ont pas eu d’entretien en tête à tête à Nairobi. De plus, Ban a déploré que « la récente offensive du CNDP a radicalement aggravé la situation, elle conduit à de sévères conséquences humanitaires et a précipité une fois de plus l’est de la RDC dans une phase de crise ».

Conscients de l’ampleur de la crise, les dirigeants des pays de l’Afrique australe se sont dit, dimanche, prêts à envoyer, « si nécessaire », des troupes de maintien de la paix dans la province congolaise du Nord-Kivu. Lors d’un sommet extraordinaire de la région consacré aux crises en RDC et au Zimbabwe, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), dont fait partie la RDC, « ne restera pas sans bouger devant des actes de destruction et violences commis contre quelque groupe que ce soit », a déclaré le directeur exécutif du bloc régional, Tomaz Salomao. Selon la déclaration finale du sommet, la SADC va par ailleurs « fournir une aide immédiate aux forces armées de RDC », a affirmé le responsable angolais. A cet effet, une équipe d’experts régionaux va être dépêchée dans la zone de conflit pour « évaluer la situation ». Le conflit du Nord-Kivu « affecte la stabilité et la paix dans la SADC et dans la région des Grands Lacs », a-t-il dit. La SADC demande également un « renforcement du mandat de la Mission des Nations-Unies en RDC (Monuc) », a ajouté M. Salomao.

Maha Salem

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