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Semaine du 8 au 14 octobre 2008, numéro 735

 

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Initiative. Un ambitieux projet de documentation numérique lancé par la Bibliotheca Alexandrina permettra de faire connaître l’histoire de l’Egypte moderne.

Pleins feux sur une passe recent

La préservation de la civilisation de l’Egypte ne se limite pas à un simple enregistrement des monuments, mais porte aussi sur les événements politiques, économiques et sociaux qui font aussi partie de l’histoire de cette nation. Ces événements, qui avaient marqué l’histoire de l’Egypte au temps moderne et dont la répercussion persiste toujours, occuperont désormais leur place au sein d’un ambitieux projet de documentation numérique lancé par la Bibliothèque d’Alexandrie. Il verra le jour dans deux mois. « La Bibliothèque d’Alexandrie a formé, il y a deux ans, une équipe d’experts et de chercheurs de différentes époques historiques, fin du XIXe siècle et XXe siècle, afin de créer un site électronique racontant les événements historiques de l’Egypte depuis la fin du siècle avant dernier tels les événements ayant conduit à la révolution de Orabi, le début de l’occupation britannique et autres … », explique Khaled Azab, superviseur des projets électroniques à la Bibliotheca Alexandrina. L’équipe de chercheurs a pu, après deux années de travail acharné, collecter des milliers de documents et des photos rares représentant les dirigeants de l’Egypte avec beaucoup d’autres dirigeants du monde, des documents de séance de négociations entre les gouvernements égyptien et britannique lors de la signature du Traité de 1936. « L’intérêt de ces documents réside dans le fait que certains d’entre eux avaient été rédigés par la propre main des dirigeants eux-mêmes. D’autres documents ont le privilège d’avoir été rédigés lors des séances huis clos. Aucun historien n’a eu la chance jusqu’aujourd’hui de les voir et les étudier », souligne Mohamad Awad, directeur du centre Alexmed qui dépend de la Bibliotheca Alexandrina. « Un projet qui apportera beaucoup pour la lecture de notre histoire », a-t-il ajouté. Il est à noter que la documentation digitale de l’histoire de l’Egypte s’étend jusqu’à l’époque contemporaine. Des centaines de documents, dont certains n’ont pas été publiés, trouvent leur chemin sur la toile. Les trois figures emblématiques ayant joué des rôles primordiaux lors du déclenchement du coup d’Etat de 23 Juillet 1952. Le général Mohamad Naguib, le colonel Abdel-Nasser et Anouar Al-Sadate auront chacun un site particulier où ses réalisations seront mises à jour ainsi que l’évolution de la société égyptienne au cours de sa période. « On a eu recours aux archives de la presse nationale comme Al-Ahram, Al-Gomhouriya … aux discours lancés par ces dirigeants au cours des maintes occasions politiques. Les mémoires également écrits, soit par les leaders eux-mêmes ou par des personnes ayant été proches d’eux font partie intégrante du projet de documentation numérique », souligne Khaled Azab. D’après lui, le matériel concernant le général Mohamad Naguib est bien limité à cause du fait qu’il se soit retiré tôt de la scène politique égyptienne. Pourtant, un grand effort a été déployé de la part de l’équipe des chercheurs afin de collecter toutes les informations publiées et les témoignages des proches du président Naguib pour lui créer le portrait dont il est digne. Le président Nasser aura de même un site à sa hauteur. Tandis que le site le plus important sera consacré au président Anouar Al-Sadate, et ceci est en fait grâce à la coopération de sa veuve Gihane Al-Sadate et son secrétaire personnel Fawzi Abdel-Hafez qui vient de décéder.

Le génie méconnu du Canal de Suez

Il y a 150 ans mourait le concepteur autrichien et méconnu du Canal de Suez. Décédé le 1er octobre 1858, six mois avant le début du percement du Canal de Suez, son concepteur, l’ingénieur autrichien, Alois Negrelli, reste méconnu, éclipsé par le Français Ferdinand de Lesseps auquel l’ouvrage reliant Méditerranée et mer Rouge est le plus souvent associé. Né en 1799 dans le Trentin, ce passionné de chemin de fer avait d’abord accompagné de ses constructions le développement de ce mode de transport dans l’Empire autrichien et en Suisse dans les années 1830 et 1840. On lui doit notamment la première ligne suisse entre Zurich et Bâle ainsi que le pont ferroviaire de 3,6 kilomètres sur la lagune vénitienne qui permet encore aujourd’hui d’arriver en train jusqu’à la cité des Doges.

Puis en parallèle à diverses fonctions au sein des chemins de fer impériaux, il se consacra à l’étude de la construction du futur Canal de Suez, incité par l’explorateur et savant Alexander von Humbold.

Il ne s’agissait pas d’une idée neuve : des traces d’un canal similaire en Egypte remontent au XIIe siècle av. J.-C. Successivement étendu puis détruit au fil des dynasties, le canal disparut au VIIIe siècle ap. J.-C. Dès 1846, Alois Negrelli envoya des ingénieurs effectuer les premières mesures pour le futur ouvrage et réalise les premières ébauches. En 1857, il est nommé inspecteur général de tous les canaux égyptiens par le vice-roi Saïd pacha.

Auparavant, il avait fait partie d’un panel d’experts internationaux, conviés par Ferdinand de Lesseps à juger de la faisabilité du projet après qu’il eut obtenu la concession de la construction en 1854 auprès de Saïd pacha. Mais sa mort subite, due à une infection des reins, l’empêcha de réaliser son œuvre et permit au Français De Lesseps de recevoir tous les lauriers. Il acquit auprès de la veuve de Negrelli les plans du canal pour 20 000 florins. Une somme relativement modique en comparaison avec les revenus qu’il en retira.

Ayant rassemblé le capital faramineux nécessaire à la construction auprès de petits épargnants et du vice-roi d’Egypte, De Lesseps donna le premier coup de pioche le 25 avril 1859. Le canal fut inauguré après des travaux pharaoniques entre les 16 et 20 novembre 1869 et le nom de Negrelli fut peu à peu oublié.

Un flot infini de photos rares représentant différentes étapes de sa vie, des films documentaires racontant ses multiples rencontres avec les différents leaders du monde, ses discours politiques figurent tous sur le site du président. Selon Azab, la contribution de la famille de l’ex-président s’étend jusqu’à offrir au projet plusieurs objets lui ayant appartenu personnellement, comme sa célèbre canne, son uniforme militaire, sa propre radio, ses médailles, sa bibliothèque et certains des rares livres lui ayant été offerts par d’autres dirigeants du monde en tant que cadeau. Egalement de nombreux portraits personnels dans différentes poses peintes par maintes artistes seront projetés à travers le site. « Ces objets feront du site du président Sadate au sein du projet un véritable musée », estime Mohamad Awad. Le projet de documentation digital de l’histoire de l’Egypte ne s’arrête pas aux simples événements politiques. L’évolution de la vie parlementaire, le changement des mœurs des Egyptiens, l’évolution culturelle et artistique, tous les aspects de la vie quotidienne des Egyptiens et son évolution socio-économique occupent également une place prépondérante au sein du projet. « Espérons que ce projet offrira aux historiens et à ceux qui portent intérêt à l’histoire de l’Egypte un matériel riche, leur permettant de bien lire l’histoire de l’Egypte et de laisser un héritage digne à la génération future », conclut Mohamad Awad.

Nada Al-Hagrassy

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Au commencement était Ali Pacha Ibrahim

La Bibliotheca Alexandrina a commencé la publication d’une série de livres sur l’histoire de l’Egypte moderne, avec un ouvrage sur un pionnier de la médecine.

Ali pacha Ibrahim Raëd al-nahda al-tebiyya al-hadissa (Ali Pacha Ibrahim, pionnier de l’essor médical moderne) est le premier ouvrage imprimé par la Bibliotheca Alexandrina, dans le cadre du projet de numérisation de l’histoire moderne de l’Egypte. Ce livre de Khaled Azab et Suzanne Abed est en fait le premier d’une série intitulée « La Mémoire de l’Egypte contemporaine », qui retrace l’historique entre autres des institutions et des Egyptiens qui se sont distingués dans les différents domaines : économique, médical, politique ... « La Bibliotheca Alexandrina vise par cette série à présenter aux nouvelles générations, l’expérience de la fondation de l’Egypte Moderne sur les épaules d’un groupe de personnes, qu’on considère comme pionniers. On espère les présenter aux nouvelles générations comme exemple à suivre. Ce livre est donc le premier dans cette série. Il traite évidemment la personnalité de mon vrai grand-père, Ali Pacha Ibrahim, du côté de ma mère », a indiqué Ismaïl Séragueddine, directeur de la Bibliotheca Alexandrina, dans la présentation de cet ouvrage.

Le livre, publié par la Bibliotheca Alexandrina, raconte donc la vie de Ali Pacha Ibrahim (1880–1947), pionnier de la médecine à l’époque moderne. Cet ouvrage, qui se compose de quatre chapitres, traite la vie, la famille et le travail de Ali pacha Ibrahim, sa passion pour les antiquités et la collection des objets d’art qu’il possédait, ses plus importantes paroles, et un dernier chapitre intitulé « Ali pacha Ibrahim aux yeux de ses collègues et ses étudiants ».

Malgré l’enfance misérable qu’a vécue Ali pacha Ibrahim, à cause de la séparation de ses parents, il a pu réaliser les rêves de sa mère et devenir un médecin de grande renommée. Pour faire plaisir à sa mère, qui s’est épuisée pour payer les frais de son éducation, Ali Ibrahim était toujours le premier dans son école, puis à la faculté de médecine de Qasr Al-Aïni.

Sa pré-excellence lui a permis de percer de part en part le domaine de la médecine, qui était à l’époque presque monopolisé par un groupe de médecins étrangers. Il était ainsi le premier à faire une opération d’enlèvement de rein et de vessie sans chirurgie. « Ali Pacha Ibrahim a joué en fait un grand rôle dans la modernisation, non seulement dans le domaine de la médecine de l’Egypte moderne, mais aussi dans la vie politique de son pays. Il a participé à la Révolution de 1919 et a été député au Parlement en 1925. Il a fait beaucoup d’études et de recherches, qui lui ont permis d’être le premier professeur égyptien à enseigner la chirurgie à l’époque. Il était aussi le premier doyen égyptien de la faculté de médecine, et a joué un grand rôle dans la fondation de l’Université d’Alexandrie, qui a commencé par deux facultés : celle de la médecine et celle des sciences », souligne Khaled Azab.

Ali pacha Ibrahim a participé également à la construction du grand hôpital Qasr Al-Aïni, ainsi que de celui des enfants. Il était le premier syndic des médecins en 1941 et c’est lui aussi qui a fondé l’Ordre des médecins. Il a envoyé des missions de jeunes Egyptiens à l’étranger pour apprendre la médecine, et a animé beaucoup de conférences à l’époque en Egypte et à l’étranger.

C’est Ali Pacha Ibrahim aussi qui a fondé l’association de Al-Tofoula al-mocharrada (l’enfance sans abri), ainsi que celle du Croissant-Rouge. Il était le premier médecin égyptien et arabe à être membre à l’Académie de la langue arabe. En 1940, il a été nommé ministre de la Santé jusqu’à sa mort le 28 janvier 1947.

Par ailleurs, Ali pacha Ibrahim était passionné du patrimoine et des antiquités, surtout celles de l’art islamique. Le Musée de l’art islamique à Bab Al-Khalq possède une grande collection des œuvres de la possession de Ali Pacha Ibrahim.

Histoire intéressante d’un homme pionnier dans son domaine.

Amira Samir

 




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