Football.
Le sélectionneur tchèque Miroslav
Sukub, médaillé d’argent au Championnat du monde
juniors 2007, est en charge des Pharaons pour le Mondial
juniors 2009 qui aura lieu en Egypte. Il explique son
travail de préparation en vue de cet important rendez-vous.
« Je n’ai pas de joueurs de talent dans mon équipe »
Al-Ahram
Hebdo : Que pensez-vous du nul 3-3 encaissé, en Egypte, face
à la Zambie aux qualifications des Championnats d’Afrique
juniors ?
Miroslav Sukub :
Bien sûr, ce n’est pas le résultat que j’espérais. Nous
avons eu un très mauvais début de match et les choses ont
très mal tourné. Les joueurs ont pu se rattraper, mais nous
avons commis de nombreuses erreurs qui nous ont coûté très
cher et qui ont surtout démoralisé les joueurs qui, à chaque
fois qu’ils remontaient le score, commettaient de nouveau
des erreurs impardonnables. La situation est plus difficile
maintenant car nous allons jouer hors de nos repères.
— Votre échec sera difficile à vivre moralement pour votre
préparation au Championnat du monde juniors que l’Egypte
accueillera en 2009 ...
— Je pense que nous avons encore 50 % de chances de
réussite. Mais les conséquences seront plus graves si nous
concédons un échec aux Championnats d’Afrique juniors
surtout que le temps sera très limité avant le Championnat
du monde juniors qui aura lieu en juin prochain. C’est
d’ailleurs pour cette raison que j’avais demandé au début de
ne pas participer à la compétition afin d’éviter des dégâts
avant le Mondial. Côté préparation, il n’y aura pas de
problèmes car il est toujours facile d’organiser des
tournois et des matchs amicaux surtout que nous devons
affronter plus d’équipes de gros calibres telles que
l’Argentine, l’Italie et le Brésil si nous voulons réaliser
une bonne performance au Championnat du monde. Les matchs de
qualifications nous ont donné l’expérience nécessaire.
— Cela fait presque quatre mois que vous êtes en poste.
Comment évaluez-vous votre groupe ?
— Les joueurs possèdent de bons talents et tactiquement, ils
sont assez satisfaisants. Pas tous bien sûr, mais beaucoup
d’entre eux commencent à digérer mes méthodes. Je ne peux
pas les juger maintenant car on a encore plusieurs mois de
travail devant nous. Le plus grand problème est qu’ils
n’arrivent pas à maintenir leur degré de discipline et de
concentration durant les 90 minutes du match et souvent ils
perdent le rythme à des moments très critiques.
— Vous adoptez une tactique classique en 4-4-2 qui n’a
jamais rencontré de succès en Egypte. Le résultat du match
face à la Zambie n’a-t-il pas déclenché l’alarme ?
— C’est un vrai problème. J’ai remarqué que toutes vos
équipes et sélections évoluent selon un seul schéma en 3-5-2
avec un libéro dans la charnière. Alors que je pense qu’il
est mieux d’adopter une défense à quatre. J’éprouve beaucoup
de difficultés à l’apprendre aux joueurs, mais cela est
nécessaire. Ils doivent avoir une flexibilité technique car
nous aurons besoin des deux méthodes lors de notre parcours.
— L’équipe ne possède pas de talents, est-ce un handicap
pour vous ?
— J’ai appris que les précédentes équipes avaient
d’excellents joueurs tels que Mohamad Al-Yamani et Gamal
Hamza (2001) puis Amr Zaki et Emad Metaab (2003) et
finalement Mahmoud Abdel-Razeq dit Chikabala (2005 et 2007).
Je pense que ces équipes et leurs directeurs techniques
avaient la chance d’avoir de tels talents qui font la
différence. Moi, je n’ai pas de joueurs de talent dans mon
équipe, d’ailleurs la plupart de mes joueurs vous sont
inconnus. Je dois compter sur l’organisation et le jeu
collectif du groupe. C’est ma manière préférée et c’est
ainsi que j’ai réussi avec la sélection tchèque.
— Quelle est la différence entre les deux expériences ?
— Il y a des avantages et des inconvénients. Du côté
positif, ici, les joueurs sont toujours à ma disposition. Ce
que je n’avais pas en République tchèque où je n’ai eu que
six regroupements avec les joueurs, du début de ma mission
au Championnat du monde. En revanche, les joueurs égyptiens
manquent d’exercice, car ils ne sont pas avec leurs clubs en
première division, contrairement à la sélection tchèque qui
compte des joueurs participant régulièrement avec leurs
clubs, ce qui facilitait beaucoup ma tâche.
— Les compétitions juniors locales sont-elles suffisantes
pour la préparation des joueurs ?
— Franchement, les compétitions ici sont d’un niveau très
faible et je pense que le système doit être revu en entier
pour qu’il soit plus efficace. Donc je dois disputer de
nombreux matchs amicaux pour préparer mes joueurs et ensuite
pouvoir vraiment les juger.
— Et quand allez-vous faire votre choix final des joueurs ?
— Jusqu’à présent, j’observe les joueurs, car leur niveau
n’est pas constant et l’équipe souffre de lacunes notamment
en attaque. Je me déciderai sur mon effectif final à quatre
mois du Mondial pour pouvoir colmater les brèches.
— Quelle est votre recette pour le succès au Championnat du
monde 2009 ?
— Six éléments nous sont nécessaires : Une excellente
condition physique, une grande détermination, un talent
impeccable, une bonne organisation, l’absence de blessures
et la chance. Ce dernier constitue un facteur très
important, car si le tirage au sort nous place dans un
groupe avec le Brésil, l’Allemagne et l’Espagne, il y aura
vraiment peu de choses à faire. Mon objectif, ainsi que
celui de la fédération, c’est d’accéder aux demi-finales,
mais pour cela, nous devons d’abord nous qualifier pour la
phase de poule.
Propos recueillis par Karim Farouk