Terrorisme. La menace des
Talibans, liés à Al-Qaëda, pèse très fort sur l’avenir de l’Afghanistan et du
Pakistan. Les deux régimes en place peinent toujours à faire face à ce
mouvement qui menace leur existence.
Le cauchemar des Talibans
L’épine
des Talibans, devenue de plus en plus forte et incassable ces derniers jours,
menace de plus en plus les régimes afghan et pakistanais. Déterminés à
déstabiliser les deux régimes en place, — même si leur menace est beaucoup plus
forte en Afghanistan où ils rêvent toujours de récupérer le pouvoir qu’ils
avaient perdu en 2001 sous les assauts des Américains —, les Talibans
s’emploient à faire chuter le régime afghan de Hamid Karzaï par des attentats
et des attaques répétés. Depuis deux ans, les violences ont redoublé
d’intensité et la recrudescence des attaques, attribuées à ces insurgés, a
forcé les troupes américaines et celles de l’Otan à revoir leur stratégie en
Afghanistan, et ce, en dépit de la présence de 70 000 soldats déployés dans le
pays. Dimanche dernier, une bombe a explosé à Pashk, dans la région de Bajaur,
à proximité du domicile d’un ancien parlementaire pakistanais désormais engagé
dans la lutte contre les rebelles islamistes, blessant cinq personnes. L’armée
a vite riposté en tuant six islamistes lors de violents combats dans le
district de Bajaur, théâtre d’une vaste offensive militaire contre les Talibans
et les combattants d’Al-Qaëda. Quelques jours plus tôt, Malalaï Kakar, la
policière la plus célèbre du pays, a été également tuée par les Talibans parce
qu’elle incarnait la résistance des femmes à toutes les formes de violence
qu’elles subissent en Afghanistan.
Reconnaissant
la difficulté de la mission de ses troupes dans ce pays en proie aux violences
quotidiennes, le plus haut gradé britannique en Afghanistan, le général de
brigade Mark Carleton-Smith, a prévenu, dimanche, que nul ne devrait espérer en
« une victoire militaire décisive » dans ce pays, mais seulement en une
réduction de l’insurrection à un niveau acceptable. « Nous n’allons pas gagner
cette guerre. Il s’agit de réduire le conflit à un niveau gérable qui puisse
être maîtrisé par l’armée afghane », a-t-il déclaré.
Cet
échec des forces de sécurité afghanes et internationales à vaincre
militairement et définitivement les Talibans, a relancé cette semaine l’idée de
négociations avec ces insurgés fondamentalistes. Fragilisé, le président
afghan, Hamid Karzaï, a déclaré qu’il avait sollicité l’aide de l’Arabie
saoudite pour engager, avec ces insurgés, des négociations de paix. S’adressant
à leur chef suprême, le mollah Omar, il a demandé qu’il revienne en Afghanistan
pour participer à la reconstruction du pays : « Mon frère, mon cher, reviens
dans ta patrie, reviens et travaille pour la paix et le bien de ton peuple, et
arrête de tuer tes frères », a supplié M. Karzaï. Selon les analystes,
l’initiative du président afghan intervient moins d’un an avant la tenue de la
prochaine élection présidentielle à laquelle M. Karzaï devrait à nouveau
participer. Bien plus, l’appel spectaculaire au mollah Omar est également dû
aux pressions exercées auprès de M. Karzaï par des chefs tribaux afghans pour
qu’il négocie avec les dirigeants talibans sans qui, selon eux, il ne pourrait
y avoir de solution d’avenir. « La recrudescence de l’insécurité sur presque
tout le territoire, les difficultés croissantes des forces de la coalition face
à des insurgés réorganisés et renforcés, et la faible autorité du chef de
l’Etat ont rendu inéluctable cette tentative de réconciliation avec l’ennemi. N’oublions
pas que cette année, les forces internationales et afghanes ont perdu le plus
grand nombre de leurs hommes depuis la chute des Talibans en 2001. Et puis,
l’hiver approche et il sera très difficile pour ces troupes de pourchasser les
Talibans dans les régions poreuses et montagneuses qui seront couvertes de
neige. Bien plus, les forces internationales présentes en Afghanistan ont
besoin d’aide et ont demandé l”envoi de 10 000 hommes supplémentaires, ce qui
semblerait difficile avant le mois de mars, car il faut attendre le retrait de
certaines forces américaines d’Iraq en février pour les envoyer en Afghanistan
», analyse le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences politique et
économique, à l’Université du Caire.
Réalisant
la situation difficile où se trouve le régime afghan, le mollah Omar, qui a
trouvé refuge au Pakistan selon les services de renseignements américains, a
rejeté toute négociation avec Karzaï, affirmant qu’il garantirait la sécurité
des forces étrangères si elles se retiraient, faute de quoi elles seraient
défaites. « Il y a quelques années, personne n’aurait pu prévoir que les
Américains et leurs alliés se heurteraient à une telle résistance en dépit de
leur technologie avancée. Aujourd’hui, le président afghan et ses ministres
supplient pour qu’on leur donne de l’argent, des armes et des soldats, mais en
vain », a-t-il affirmé.
Analysant
la réticence des Talibans, le Dr Hicham Ahmad explique que jusqu’à présent, les
Talibans gagnent la guerre et sont en position de force. Même les forces
internationales n’arrivent pas à y faire face. Pourquoi donc dialoguer et
présenter des concessions avec un régime qu’ils cherchent à renverser ? «
Jamais ces Talibans n’étaient si forts, si organisés comme ces jours-ci. Pourquoi
donc ne pas militer jusqu’au bout pour réaliser leur rêve : la récupération du
pouvoir ? », se demande l’expert.
Une donne différente au Pakistan
Dépassant
les frontières afghanes, la menace des Talibans perturbe avec force la sécurité
d’un pays voisin, le Pakistan, pour qui le danger taliban a une dimension
complètement différente. Trouvant refuge dans ce pays et surtout dans les
régions frontalières avec l’Afghanistan, les Talibans n’arrêtent point leur
démonstration de force au Pakistan, pas dans l’objectif de prendre le pouvoir
comme c’est le cas en Afghanistan, mais plutôt pour chasser les Américains,
alliés du président pakistanais Asif Zardari et de son prédécesseur Pervez
Musharraf dans la guerre contre le terrorisme. L’attentat meurtrier commis à la
fin du mois dernier contre l’hôtel Marriott de la capitale Islamabad en est la
meilleure illustration du refus des Talibans de toute présence étrangère au
Pakistan.
Tenant
toujours à perturber un régime considéré comme « traître », quatre personnes
ont été tuées vendredi dernier dans le nord-ouest du Pakistan lorsqu’un
kamikaze s’est fait exploser en tentant d’entrer dans une maison du chef d’un
parti de la coalition gouvernementale dans la localité de Charsadda. Le mois
dernier, 25 personnes avaient été tuées dans cette même localité par un
attentat suicide alors qu’une autre attaque suicide en décembre 2007, toujours
à Charsadda, avait fait 56 morts. Dans tout le pays, une vague d’attentats
suicide, perpétrée par des Talibans pakistanais proches d’Al-Qaëda, a fait près
de 1 300 tués au total en un peu plus d’un an.
Pour
le régime pakistanais, cette menace terroriste a deux graves séquelles : la
déstabilisation d’un pouvoir « nouveau-né » inapte, aux yeux de son peuple, à
maintenir la paix et la stabilité et plus grave encore, la perturbation de ses
relations avec les Américains, qui accusent les autorités d’Islamabad de
faiblesse face à la menace talibane, d’où l’ingérence directe des troupes
américaines présentes en Afghanistan pour frapper les Talibans cachés au
Pakistan. En effet, les attaques américaines contre des extrémistes en
territoire pakistanais ont créé une vive tension dans les relations entre
Washington et Islamabad, allié depuis 2001 des Etats-Unis dans leur guerre
contre le terrorisme. Samedi, au moins 20 extrémistes liés à Al-Qaëda, en
majorité des étrangers, ont été tués par un missile probablement américain dans
une zone tribale du Pakistan. Plusieurs frappes de missiles attribuées aux
forces américaines ont eu lieu dernièrement dans des zones tribales
pakistanaises, qui selon des responsables servent de repaires à des Talibans et
à des extrémistes liés au réseau Al-Qaëda d’Ossama bin Laden.
Furieux,
le président pakistanais Asif Ali Zardari a déclaré, samedi, qu’il ne
tolérerait aucune violation de la souveraineté du Pakistan, ajoutant que ces
opérations menées par les troupes américaines basées en Afghanistan contre les
islamistes armés du nord-ouest de son pays compliquaient la situation. «
Donnez-nous les renseignements et nous ferons le travail. C’est mieux fait par
nos forces que par les vôtres, parce que si vous procédez à des incursions, la
région que je cherche à apaiser va prendre cela pour une guerre étrangère », a
déclaré Asif Zardari. En effet, Al-Qaëda continue de voir Washington derrière
le gouvernement pakistanais et dénonce la mainmise des Etats-Unis sur le
Pakistan.
Prouvant
à Washington le sérieux de leur lutte contre le terrorisme, l’armée
pakistanaise a dit avoir, samedi, tué une soixantaine d’islamistes armés dans
les zones tribales du nord-ouest du pays. Depuis deux mois, cette bataille
entre l’armée et les Talibans a fait, selon l’armée, plus de 1 000 morts chez
les rebelles. Mais elle a aussi tué des dizaines de civils et forcé plus de 260
000 personnes à fuir leurs foyers, selon le gouvernement et l’Onu.
Selon
les experts, la menace talibane va compliquer de plus en plus les relations
entre le Pakistan et les Etats-Unis. « Cette relation constituera le plus grand
défi de la prochaine administration américaine », affirme un groupe d’experts. «
Washington doit repenser toute son approche du Pakistan », rajoutent les
experts.
Maha Al-Cherbini