Syrie.
Le régime refuse que toute coopération avec l’Agence
Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) se fasse au
détriment de sa sécurité nationale.
Damas inflexible
La
Syrie continue à faire fi des accusations des Etats-Unis et
de leurs alliés occidentaux de traîner les pieds en ce qui
concerne l’enquête sur ses activités clandestines présumées
et ne craint pas de s’attirer leur foudre. En effet, Damas a
écarté la possibilité d’ouvrir ses sites militaires à
l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), en
invoquant des questions de sécurité nationale. D’après des
diplomates proches de l’AIEA, la Syrie a ignoré des demandes
d’accès à trois installations militaires qui seraient liées
au réacteur présumé.
Ibrahim Othman, directeur de la Commission syrienne de
l’énergie atomique, a déclaré, vendredi devant l’assemblée
annuelle de l’agence, que son gouvernement coopérait
pleinement avec l’AIEA, mais que cette coopération ne
pouvait se faire au détriment de la sécurité du pays. « Nous
regrettons les déclarations de certains pays nous demandant
de faire preuve de davantage de transparence. Je voudrais
rappeler ici ce qu’Al-Baradeï a déclaré que la Syrie a
coopéré et respecté la mise en œuvre des mesures arrêtées
avec l’agence », a-t-il ajouté.
Le gouvernement de Damas « coopère de manière totalement
transparente » avec l’agence onusienne. Cette coopération
devrait continuer, a dit M. Othman, « mais elle ne se fera
surtout pas au détriment de notre sécurité nationale et nous
ne révélerons pas la localisation de nos sites militaires ».
La Syrie avait accepté en juin dernier la venue d’une équipe
de trois inspecteurs de l’AIEA sur le site d’Al-Kibar dans
le désert syrien. Washington affirmait que les Syriens y
construisaient un centre nucléaire clandestin avant sa
destruction en septembre 2007 par un raid de l’aviation
israélienne.
Mais depuis, le gouvernement syrien a refusé toute nouvelle
mission d’enquête ainsi que des visites d’autres sites et a
qualifié les accusations américaines « d’absurdes ».
L’AIEA avait indiqué la semaine dernière que les premières
analyses d’échantillons prélevés sur le site lors d’une
visite autorisée par Damas en juin dernier n’étayaient pas
les accusations américaines.
Le directeur de l’AIEA, Mohamad Al-Baradeï, a jusqu’ici
crédité la Syrie d’une bonne coopération, mais continue de
réclamer de Damas le « maximum de transparence » et de
fournir toutes les informations nécessaires à l’agence pour
qu’elle parvienne à ses conclusions. La semaine dernière,
lors de la réunion du conseil des 35 gouverneurs de l’AIEA,
M. Al-Baradeï avait expliqué que la coopération de la part
de Damas avait été « bonne » jusqu’à présent. L’enquête sur
les allégations contre la Syrie avait pris du retard en
raison de l’assassinat de l’agent de liaison de l’AIEA en
Syrie, avait-il fait savoir, sans fournir de détails sur
cette affaire.
M. Al-Baradeï avait également indiqué que les échantillons
rapportés par les trois inspecteurs du site d’Al-Kibar
étaient encore en cours d’examen, mais qu’à ce stade il n’y
avait pas « d’indications » qu’il s’agisse de matériel
nucléaire.
Il avait cependant déploré que Damas n’ait pas répondu aux
demandes de l’AIEA de missions et d’informations
additionnelles. L’intransigeance syrienne intervient au
moment où l’AIEA a adopté, samedi à Vienne, une résolution
appelant tous les Etats du Proche-Orient à renoncer à l’arme
atomique, lors d’un vote boycotté par la plupart des pays
arabes qui jugeaient plusieurs amendements trop favorables à
Israël.
Après plusieurs jours de débats houleux au cours de
l’assemblée générale annuelle de l’agence, le texte a été
voté par 82 voix contre aucune et 13 abstentions. Presque
tous les pays membres de la Ligue arabe ont quitté la salle
avant le scrutin pour dénoncer des amendements inspirés par
Israël et défendus par les pays occidentaux, qui, selon eux,
privaient la résolution, non contraignante, d’une grande
partie de sa substance. « Comment pourrions-nous approuver
un appel à respecter nos obligations internationales alors
qu’Israël refuse d’adhérer à tout critère de
non-prolifération nucléaire ? Cela mine la crédibilité de
l’AIEA », a dit un diplomate arabe à Reuters.
D’autres diplomates ont souligné la tension inhabituelle qui
a régné pendant les débats.
« C’était un vrai cirque, c’est la pire conférence de
l’histoire de l’AIEA », a estimé un diplomate européen. « Je
n’ai jamais vu une telle animosité ». La résolution a été
votée par tous les pays européens, une poignée de pays
asiatiques, africains et sud-américains, plus l’Iran et l’Egypte.
Parmi les pays qui se sont abstenus figurent Israël, les
Etats-Unis et la Syrie.
Un texte similaire avait été adopté il y a un an avec une
écrasante majorité, mais il y avait eu 47 abstentions parmi
les pays occidentaux et les nations en voie de
développement. Les experts pensent que, dans la région,
Israël dispose d’un arsenal nucléaire. La Syrie et l’Iran
sont soupçonnés de chercher à se doter aussi de l’arme
atomique.
Rania
Adel