Nouvelles.
Service après-vente, ce premier recueil de Chérif
Abdel-Méguid, allie visions
réaliste et fantastique qui sont autant de portraits de la
vie et des hommes d’aujourd’hui.
Au prisme de la dérision
Des figures prises sur le vif, de vrais arrêts sur image qui
viennent mettre en relief des situations que l’on croit
éparses, mais qui semblent toutes exprimer la réalité d’un
quotidien fait souvent de contradictions, mais qui ramène à
une représentation simple et profonde de personnes
incapables d’avoir prise sur la réalité. Chérif
Abdel-Méguid, est aussi
photographe. Dans ses collections, il avait toujours la
passion de représenter des êtres humains souvent assiégés
dans des intérieurs vétustes lançant des regards désabusés
sur la vie. La technique de la photographie l’aide dans sa
perception du réel. Des tranches d’existence qu’il
sélectionne, mais qu’il insère dans un flux en mouvement.
Même si la durée est parfois pesante comme dans la première
nouvelle « Histoire de l’homme qui a parlé au poisson », la
situation n’est guère statique avec cette interaction entre
la fable, celle des poissons au fond de la mer discutant des
problèmes de la destinée, et le réel représenté par un
magnat pour lequel la pêche est un moyen de tromper son
ennui et surtout sa conscience.
La première partie a un titre qui semble donner le ton
définitif, « Petites défaites ». Les personnages, qui
parfois parlent à la première personne, sont en général dans
des situations qui les dépassent, subissant des défaites,
avec comme seule compensation un esprit de soumission et
d’attente d’une vie meilleure qui viendrait peut-être un
jour, sinon c’est ce « maalech » ou résignation imputée
traditionnellement aux Egyptiens. « Un étranger au
restaurant indien » raconte la déconvenue d’un Egyptien dans
un pays du Golfe avec un sens du réalisme et du concret dans
les phrases et les idées à tel point qu’on se croit vivre
dans cette situation somme toute cauchemardesque, en dépit
de l’ironie dont se pare ce citoyen.
Des vues tragiques, d’autres drôles, des contacts brouillés,
des images, des chiffres, tout devient matériau d’écriture
pour Abdel-Méguid, homme de sentiment, de réflexion et aussi
de cynisme.
Ahmed
Loutfi