Al-Ahram Hebdo, Livres | Charles Saint-Prot,  De nouvelles clés pour comprendre 
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Semaine du 8 au 14 octobre 2008, numéro 735

 

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Livres

Islam. Charles Saint-Prot est enseignant à l’Université Paris-Descartes et directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques. Dans « Islam. L’avenir de la tradition entre révolution et occidentalisation », il présente une analyse renouvelée de cette religion.  

De nouvelles clés pour comprendre  

L’islam obsède et déconcerte un monde occidental qui le connaît mal, le comprend peu et s’étourdit de termes employés à tort et à travers : « islamisme », « islam radical », « djihadistes », « salafisme », « wahhabisme ». Charles Saint-Prot déclare que son livre vise à remettre les idées à l’endroit et « montrer le vrai islam, qui n’a rien à voir avec l’extrémisme islamique et le terrorisme ».

Selon l’auteur, pour comprendre l’islam il faut d’abord mieux le connaître. La première cause d’incompréhension est l’ignorance : « Tout le monde parle de l’islam à tort et à travers. Cette religion reste mal comprise, réduite à des clichés souvent hostiles, imaginée comme enfermée dans une tradition archaïque incapable de s’adapter au monde moderne. Source d’inquiétude pour les uns, véritable énigme pour les autres, l’islam continue à susciter autant d’interrogation que d’hostilité, », dit l’universitaire.

Dans une première partie, l’auteur décrit l’histoire de l’islam et expose le développement de la pensée islamique. Il décrit l’évolution intellectuelle, sociopolitique et juridique de la pensée musulmane depuis les premiers siècles de l’islam jusqu’à nos jours. Il explique comment la tradition s’est constituée et il montre que l’islam orthodoxe se caractérise par une adhésion du plus grand nombre des musulmans à une tradition qui n’a jamais exclu le réformisme et ne peut être confondue avec un conservatisme rigide ou des courants minoritaires caractérisés par leur sectarisme ou le terrorisme.  

La constante réformiste

Charles Saint-Prot réfute l’idée, pourtant très répandue, que la porte de l’ijtihad (l’effort d’adaptation) aurait été fermée au xe siècle pour laisser la place à l’imitation stérile du taqlid (imitation conservatrice). Il soutient que l’engourdissement de l’islam est dû à la lourdeur bureaucratique de l’Empire ottoman qui finalement « sclérosa l’islam, favorisant, pour des raisons politiques, le taqlid le plus machinal au détriment de l’ijtihad ».

Il montre que le cheikh traditionaliste du Nedjed, Mohamad Abdel-Wahhab, a été le précurseur du réformisme islamique et du réveil arabe face à la sclérose ottomane. S’appuyant sur les textes et sur les travaux de savants comme Massignon, Charles Saint-Prot insiste sur le rôle du cheikh Abdel-Wahhab dans le renouveau de la pensée islamique, en indiquant qu’il a préparé la voie au courant réformiste musulman illustré par Jamaleddine Al-Afghani, Mohamad Abdou, Rachid Rida et Abdel-Rahmane Al-Kawakibi. Les pages consacrées au mouvement réformiste permettent de mieux prendre la mesure de ce mouvement qui a eu une influence considérable sur le renouveau de la pensée islamique.

Par ailleurs, l’auteur décrit comment un courant de plus en plus extrémiste s’est développé après la seconde guerre mondiale, sur le terreau des frustrations politiques, des injustices sociales et des humiliations subies du fait du sionisme et de l’impérialisme américain. Il démontre que ce courant a été influencé par l’idéologie et la pratique marxistes et s’est servi de la religion comme d’un levier. Selon lui, les groupes extrémistes sont des déviants qui ont pris l’islam en otage en le travestissant. Là encore, Charles Saint-Prot veut mettre les choses au point : « L’extrémisme est très marginal dans l’islam. Ceux qui réduisent l’islam aux excès de groupes marginaux ne font que le caricaturer. L’islam est avant tout la religion du juste milieu (wassat) et la tradition musulmane a toujours été un mouvement réformiste, pratiquant l’ijtihad ». Entre la révolution et l’aliénation, la tradition vivante est l’expression d’un islam, religion du « juste milieu », qui doit faire l’effort de concilier la fidélité au dogme et la prise en compte des évolutions. C’est dans cette mesure que l’avenir appartient à la tradition. 

Pour une alliance des deux grandes religions monothéistes

En même temps, le penseur français affirme qu’il faut se garder de croire que l’alternative serait l’extrémisme ou l’occidentalisation. L’occidentalisation c’est « l’aliénation et la perte de son identité ». L’islam ne peut s’aligner sur un Occident « qui est d’ailleurs largement décadent », un Occident où la pensée dominante tend à éliminer la religion et toute référence au divin. Saint-Prot affirme que la vraie menace n’est pas un choc des civilisations, slogan lancé par les néo-conservateurs états-uniens pour justifier leur politique de domination mondiale, mais le matérialisme : « Le danger c’est la mondialisation matérialiste qui nie les cultures et les religions et réduit l’homme à une dimension marchande. Le danger c’est l’antihumanisme ».

Saint-Prot ajoute que rien ne défend mieux l’humanisme et la dignité de l’homme que les religions. Dans ce contexte, les civilisations doivent dialoguer, c’est-à-dire coopérer pour se renforcer mutuellement. C’est pourquoi l’auteur affirme en conclusion que l’heure n’est plus à une opposition entre les deux grandes religions monothéistes, mais à « une alliance constructive entre l’islam et le christianisme pour sauver une certaine idée de l’homme ». Il faut donc « une action commune pour construire un monde qui retrouvera une signification spirituelle pour ne pas devenir une termitière peuplée de robots sans âmes … Le temps est venu pour la concertation entre les grandes religions monothéistes pour donner une consistance au dialogue des civilisations ».

Ce livre invite à la réflexion. Proposant une nouvelle vision de l’islam, il offre les clés indispensables pour mieux comprendre la pensée islamique et, du même coup, combattre l’idéologie du choc des civilisations et favoriser le dialogue islamo-chrétien.

Zeina el Tibi,
présidente de l’Association des femmes arabes de la presse

(Paris)

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Charles Saint-Prot, Islam.

L’avenir de la Tradition entre révolution et occidentalisation, Rocher,
Paris,

2008.

 




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