Importations.
La Banque Centrale d’Egypte envisage d’assouplir la
réglementation bancaire mise en place il y a près de 10 ans
en réaction à la pénurie de dollars. Ce qui arrangerait
surtout les petits importateurs. Explications.
Une mesure pour soulager
La
fin des années 1990 a marqué l’apogée d’une pénurie de
dollars sur le marché égyptien. C’est pourquoi, pour limiter
les importations, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) avait
décidé à l’époque d’obliger les importateurs à couvrir à 100
% la valeur de leurs importations en devises (et parfois en
monnaie nationale pour ceux possédant des dépôts bancaires),
et à 20 % pour les biens d’équipements dans le secteur
industriel. Mais aujourd’hui, « les raisons qui ont incité
le gouvernement à imposer ces contraintes bancaires ont
disparu », note Hassan Ghanem, vice-directeur général de la
banque BNP Paribas. « La BCE a réussi ces 10 dernières
années à accroître ses réserves en devises qui ont atteint
34,8 milliards de dollars le mois dernier. De plus, les
banques possèdent d’importants surplus d’actifs nets en
dollars dépassant en ce moment les 128 milliards de dollars
», ajoute-t-il.
C’est ainsi que la BCE étudie actuellement la levée des
contraintes imposées aux importateurs il y a près de dix
ans, relatives à l’ouverture des crédits documentaires.
Cette annulation serait la bienvenue pour Hassan Ghanem,
même si un peu trop tardive. « Elle aurait dû avoir lieu il
y a 4 ans, depuis que le marché des changes a retrouvé
l’équilibre ». Hicham Ramez, membre du conseil
d’administration de la BCE, se défend. « Depuis deux mois,
nous étudions les demandes présentées par les banques
égyptiennes pour libéraliser le financement des
importations. Ce sujet était en tête de nos priorités, mais
la crise financière mondiale l’a relégué en troisième place
après l’inflation et la santé du système bancaire »,
lance-t-il, sans dévoiler plus de détails.
Néanmoins, pour l’ensemble des banquiers, mieux vaut tard
que jamais. Mohsen Rachad, président du département des
relations extérieures au sein de l’Arab African
International Bank, salue cette prise de considération. «
Les banques bénéficient d’un surplus de liquidité en monnaie
nationale de plus de 150 milliards de L.E. Il est plus
profitable de financer les importateurs que de conserver ces
dépôts sans les réinvestir », souligne-t-il, tout en
ajoutant que l’annulation des contraintes ne prive pas les
banques d’engager les importateurs à couvrir leurs comptes
en cas d’urgence ou par manque de confiance.
Du côté des importateurs, l’annulation de ces restrictions
bancaires n’est que prévisible. « Nous nous y attendons
depuis déjà longtemps », annonce Kamal Al-Dessouqi,
propriétaire de l’usine Al-Alamiya pour la laine, pour qui
les grands importateurs, contrairement aux petits, n’ont pas
été vraiment soumis aux restrictions actuelles. « Les petits
importateurs ont été obligés de réduire de plus de moitié la
valeur de leurs importations. Ce qui a engendré
d’importantes pertes pour eux », dit-il. Hamdi Al-Naggar, un
importateur de céréales et président du département des
importateurs au sein de l’Union des chambres commerciales,
estime que grâce à l’annulation de ces restrictions, le
marché sera maintenant plus ouvert aux importations, ce qui
renforce la concurrence et entraîne la chute des prix des
biens de consommation.
D’autres moyens de financement
Malgré les restrictions bancaires, les cinq dernières années
ont connu une hausse record des importations. Selon les
chiffres de la BCE, les importations des biens de
consommation ont presque doublé pour atteindre 5,2 milliards
de dollars en 2007, contre 2,9 milliards de dollars en 2003.
Par ailleurs, les importations des biens d’équipements et
d’investissement ont connu une énorme hausse pour atteindre
respectivement 10,5 et 9,8 milliards de dollars en 2007.
Cela s’explique, selon Mohsen Rachad, par le recours des
importateurs à d’autres moyens de financement, hors système
bancaire. « La majorité des importateurs ont eu recours au
système de commerce Open Account (compte ouvert), qui se
base essentiellement sur la confiance entre l’importateur et
le vendeur. Selon ce système, l’exportateur envoie la
cargaison, alors que ses documents sont examinés par des
sociétés spécialisées sans passer par le crédit
documentaire. C’est un système répandu en Europe et aux
Etats-Unis, mais il n’en est qu’à ses débuts en Egypte ».
Un responsable bancaire qui a requis l’anonymat révèle que
les ouvertures de crédits documentaires ont pratiquement
stagné depuis la fin des années 1990, mais elle ont repris
depuis deux ans grâce à la stabilité du marché des changes.
De sa part, la BCE s’est abstenue de dévoiler en chiffres
l’activité des crédits documentaires. Cependant, Mahmoud
Abdel-Aziz, adjoint du gouverneur de la BCE, a annoncé à
Reuters que le montant des crédits documentaires est en
hausse pour atteindre 28,5 milliards de L.E. en mars 2008.
Mais avec une facture d’importation déjà trop lourde et un
déficit commercial de 5,5 milliards de dollars au premier
trimestre 2008, est-il vraiment judicieux d’encourager les
importations ? La réponse est positive pour Faiqa Al-Réfaï,
ex-adjoint au gouverneur de la BCE, qui considère la hausse
des importations comme bénéfique pour l’économie égyptienne.
« C’est une position adoptée par la BCE pour faire face à
l’inflation qui ne cesse de battre des records (23,5 % le
mois dernier) », souligne-t-elle, en assurant que cela
nécessite une certaine organisation de la part des banques.
« Il faut créer une base d’informations dans les banques sur
le volume des importations et leurs classifications en vue
de limiter le financement des biens qui souffrent d’un
surplus d’offre sur le marché », propose-t-elle. Une
proposition qui devrait être étudiée sérieusement par le
gouvernement pour éviter les futures difficultés.
Gilane Magdi