Al-Ahram Hebdo, Enquête | Une mesure pour soulager
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Semaine du 8 au 14 octobre 2008, numéro 735

 

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Enquête

Importations. La Banque Centrale d’Egypte envisage d’assouplir la réglementation bancaire mise en place il y a près de 10 ans en réaction à la pénurie de dollars. Ce qui arrangerait surtout les petits importateurs. Explications.  

Une mesure pour soulager 

La fin des années 1990 a marqué l’apogée d’une pénurie de dollars sur le marché égyptien. C’est pourquoi, pour limiter les importations, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) avait décidé à l’époque d’obliger les importateurs à couvrir à 100 % la valeur de leurs importations en devises (et parfois en monnaie nationale pour ceux possédant des dépôts bancaires), et à 20 % pour les biens d’équipements dans le secteur industriel. Mais aujourd’hui, « les raisons qui ont incité le gouvernement à imposer ces contraintes bancaires ont disparu », note Hassan Ghanem, vice-directeur général de la banque BNP Paribas. « La BCE a réussi ces 10 dernières années à accroître ses réserves en devises qui ont atteint 34,8 milliards de dollars le mois dernier. De plus, les banques possèdent d’importants surplus d’actifs nets en dollars dépassant en ce moment les 128 milliards de dollars », ajoute-t-il.

C’est ainsi que la BCE étudie actuellement la levée des contraintes imposées aux importateurs il y a près de dix ans, relatives à l’ouverture des crédits documentaires. Cette annulation serait la bienvenue pour Hassan Ghanem, même si un peu trop tardive. « Elle aurait dû avoir lieu il y a 4 ans, depuis que le marché des changes a retrouvé l’équilibre ». Hicham Ramez, membre du conseil d’administration de la BCE, se défend. « Depuis deux mois, nous étudions les demandes présentées par les banques égyptiennes pour libéraliser le financement des importations. Ce sujet était en tête de nos priorités, mais la crise financière mondiale l’a relégué en troisième place après l’inflation et la santé du système bancaire », lance-t-il, sans dévoiler plus de détails.

Néanmoins, pour l’ensemble des banquiers, mieux vaut tard que jamais. Mohsen Rachad, président du département des relations extérieures au sein de l’Arab African International Bank, salue cette prise de considération. « Les banques bénéficient d’un surplus de liquidité en monnaie nationale de plus de 150 milliards de L.E. Il est plus profitable de financer les importateurs que de conserver ces dépôts sans les réinvestir », souligne-t-il, tout en ajoutant que l’annulation des contraintes ne prive pas les banques d’engager les importateurs à couvrir leurs comptes en cas d’urgence ou par manque de confiance.

Du côté des importateurs, l’annulation de ces restrictions bancaires n’est que prévisible. « Nous nous y attendons depuis déjà longtemps », annonce Kamal Al-Dessouqi, propriétaire de l’usine Al-Alamiya pour la laine, pour qui les grands importateurs, contrairement aux petits, n’ont pas été vraiment soumis aux restrictions actuelles. « Les petits importateurs ont été obligés de réduire de plus de moitié la valeur de leurs importations. Ce qui a engendré d’importantes pertes pour eux », dit-il. Hamdi Al-Naggar, un importateur de céréales et président du département des importateurs au sein de l’Union des chambres commerciales, estime que grâce à l’annulation de ces restrictions, le marché sera maintenant plus ouvert aux importations, ce qui renforce la concurrence et entraîne la chute des prix des biens de consommation.

D’autres moyens de financement

Malgré les restrictions bancaires, les cinq dernières années ont connu une hausse record des importations. Selon les chiffres de la BCE, les importations des biens de consommation ont presque doublé pour atteindre 5,2 milliards de dollars en 2007, contre 2,9 milliards de dollars en 2003. Par ailleurs, les importations des biens d’équipements et d’investissement ont connu une énorme hausse pour atteindre respectivement 10,5 et 9,8 milliards de dollars en 2007. Cela s’explique, selon Mohsen Rachad, par le recours des importateurs à d’autres moyens de financement, hors système bancaire. « La majorité des importateurs ont eu recours au système de commerce Open Account (compte ouvert), qui se base essentiellement sur la confiance entre l’importateur et le vendeur. Selon ce système, l’exportateur envoie la cargaison, alors que ses documents sont examinés par des sociétés spécialisées sans passer par le crédit documentaire. C’est un système répandu en Europe et aux Etats-Unis, mais il n’en est qu’à ses débuts en Egypte ».

Un responsable bancaire qui a requis l’anonymat révèle que les ouvertures de crédits documentaires ont pratiquement stagné depuis la fin des années 1990, mais elle ont repris depuis deux ans grâce à la stabilité du marché des changes. De sa part, la BCE s’est abstenue de dévoiler en chiffres l’activité des crédits documentaires. Cependant, Mahmoud Abdel-Aziz, adjoint du gouverneur de la BCE, a annoncé à Reuters que le montant des crédits documentaires est en hausse pour atteindre 28,5 milliards de L.E. en mars 2008.

Mais avec une facture d’importation déjà trop lourde et un déficit commercial de 5,5 milliards de dollars au premier trimestre 2008, est-il vraiment judicieux d’encourager les importations ? La réponse est positive pour Faiqa Al-Réfaï, ex-adjoint au gouverneur de la BCE, qui considère la hausse des importations comme bénéfique pour l’économie égyptienne. « C’est une position adoptée par la BCE pour faire face à l’inflation qui ne cesse de battre des records (23,5 % le mois dernier) », souligne-t-elle, en assurant que cela nécessite une certaine organisation de la part des banques. « Il faut créer une base d’informations dans les banques sur le volume des importations et leurs classifications en vue de limiter le financement des biens qui souffrent d’un surplus d’offre sur le marché », propose-t-elle. Une proposition qui devrait être étudiée sérieusement par le gouvernement pour éviter les futures difficultés.

Gilane Magdi

En hausse continue
 

Au cours des 5 dernières années, les importations n’ont cessé de croître en dépit des restrictions imposées sur le financement bancaire des importations, creusant davantage le déficit commercial du pays. Les importations des biens d’équipements ont enregistré la plus grande hausse en atteignant 9,3 milliards de dollars lors des 9 premiers mois de cette année (soit le quart du total des importations), alors qu’elles ont été de 9,8 milliards de dollars l’année dernière.  

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