Al-Tayéba.
Des affrontements entre coptes et musulmans dans ce village
du gouvernorat de Minya, au sud
du Caire, ont fait 1 mort et 4 blessés en début de semaine.
Sur place, la population est sous le choc. Reportage.
Les tensions virent au drame
Les
forces de l’ordre bloquent tous les accès du village d’Al-Tayéba,
en ce dimanche 5 octobre. Pas moyen pour les journalistes
d’y pénétrer ou de parler avec les habitants. « Vous devez
retourner au Caire et obtenir une autorisation pour faire
votre reportage », lance l’un des officiers à l’entrée de
l’agglomération. Pour accéder au village, la seule solution
est de faire demi-tour et de revenir à pieds loin du regard
de la police. Un climat tendu semble envelopper le village.
Les événements de vendredi où un jeune copte a été tué dans
des affrontements entre chrétiens et musulmans ont provoqué
des sentiments d’amertume. Yachua
Gamal
Nached, âgé de 28 ans, a été tué d’une balle dans la
tête lors d’un échange de coups de feu. Les rumeurs
circulent au village et personne n’est en mesure de dire
exactement ce qui s’est passé. Au domicile de la victime,
des femmes habillées en noir acceptent de parler puis se
rétractent rapidement. Selon d’autres témoins, l’origine de
l’affaire remonterait en fait à six mois. A l’époque un
jeune musulman originaire d’un village voisin harcèle une
jeune chrétienne et la famille de cette dernière veut le
châtier, mais ne peut rien faire après l’intervention de la
police. Vendredi soir, des membres de la famille de la fille
aperçoivent le jeune homme seul au bord de la rivière. Ils
le pourchassent. Le jeune homme se réfugie alors dans son
village et demande le soutien de ses proches. En guise de
représailles, un groupe de musulmans fait irruption dans un
magasin possédé par un chrétien, s’emparent du bois dont il
est équipé et le jettent dans la rivière. La situation
dégénère rapidement en affrontement généralisé entre
chrétiens et musulmans. « Certains chrétiens sont montés sur
les toits de leurs maisons de 3 ou 4 étages et ont commencé
à jeter des pierres sur les musulmans. D’autres ont eu
recours à des armes à feu », affirme l’un des témoins. En
réaction, les forces de l’ordre bouclent le secteur et des
gaz lacrymogènes sont utilisés pour disperser la foule.
Yachua Gamal Nached a été atteint d’une balle dans la tête.
Il portait un fusil durant les affrontements. Rapidement,
des membres de la sécurité de l’Etat et des députés de la
circonscription arrivent au village pour tenter de ramener
le calme.
Solutions superficielles
Ce n’est pas la première fois que des frictions ont lieu
entre chrétiens et musulmans. En 1999, des affrontements
sanglants entre chrétiens et musulmans avaient fait 22 morts
dans le village d’Al-Kocheh dans le gouvernorat de Sohag. «
Il existe des frictions entre musulmans et chrétiens. Ce
n’était pas le cas auparavant. Ce phénomène est apparu
durant les 20 dernières années », témoigne l’un des
habitants du village de Tayéba, peuplé à 80 % de coptes. Ce
village est entouré de deux villages à majorité musulmane.
Les coptes possèdent des usines et des commerces et sont
généralement plus aisés que les musulmans. Cette disparité
a-t-elle créé une frustration qui s’est manifestée à la
première occasion ? Peut-être. Mais elle ne peut, seule,
constituer une explication. « Ce qui s’est passé à Al-Tayéba
est à la base un simple fait divers qui n’aurait pas dû
avoir de graves conséquences. Mais dans le contexte actuel,
cela a dégénéré. A mon avis, c’est le reflet de mauvaises
politiques accumulées tout au long des dernières années »,
souligne Waguih Choukri, secrétaire du parti du
Rassemblement unioniste progressiste (UPR, gauche). « Le
vrai problème est que l’Etat laisse les hommes de religion
des deux côtés, dans les mosquées et les églises, dire
n’importe quoi. L’Etat a laissé fleurir l’extrémisme et la
haine qui ne faisaient pas partie des habitudes des
Egyptiens », assure le responsable du Rassemblement. Et
lorsque des problèmes surviennent, l’Etat se contente de
solutions superficielles qui ne règlent pas le fond du
problème. En quelque sorte, l’Etat, au lieu de traiter la
fièvre, traite un bouton de fièvre. « D’où proviennent les
armes qui ont été utilisées dans ces affrontements ? Où est
le contrôle de la police ? »,
s’interroge Waguih Choukri. Et de conclure : « Dans
les années 1960, il existait dans les villages de Minya des
clubs où les gens pouvaient lire et faire du sport.
Maintenant, il n’existe que la violence. Tout le monde a
peur de l’avenir ».
May
Atta