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Semaine du 8 au 14 octobre 2008, numéro 735

 

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Egypte

Al-Tayéba. Des affrontements entre coptes et musulmans dans ce village du gouvernorat de Minya, au sud du Caire, ont fait 1 mort et 4 blessés en début de semaine. Sur place, la population est sous le choc. Reportage.

Les tensions virent au drame

Les forces de l’ordre bloquent tous les accès du village d’Al-Tayéba, en ce dimanche 5 octobre. Pas moyen pour les journalistes d’y pénétrer ou de parler avec les habitants. « Vous devez retourner au Caire et obtenir une autorisation pour faire votre reportage », lance l’un des officiers à l’entrée de l’agglomération. Pour accéder au village, la seule solution est de faire demi-tour et de revenir à pieds loin du regard de la police. Un climat tendu semble envelopper le village. Les événements de vendredi où un jeune copte a été tué dans des affrontements entre chrétiens et musulmans ont provoqué des sentiments d’amertume. Yachua Gamal Nached, âgé de 28 ans, a été tué d’une balle dans la tête lors d’un échange de coups de feu. Les rumeurs circulent au village et personne n’est en mesure de dire exactement ce qui s’est passé. Au domicile de la victime, des femmes habillées en noir acceptent de parler puis se rétractent rapidement. Selon d’autres témoins, l’origine de l’affaire remonterait en fait à six mois. A l’époque un jeune musulman originaire d’un village voisin harcèle une jeune chrétienne et la famille de cette dernière veut le châtier, mais ne peut rien faire après l’intervention de la police. Vendredi soir, des membres de la famille de la fille aperçoivent le jeune homme seul au bord de la rivière. Ils le pourchassent. Le jeune homme se réfugie alors dans son village et demande le soutien de ses proches. En guise de représailles, un groupe de musulmans fait irruption dans un magasin possédé par un chrétien, s’emparent du bois dont il est équipé et le jettent dans la rivière. La situation dégénère rapidement en affrontement généralisé entre chrétiens et musulmans. « Certains chrétiens sont montés sur les toits de leurs maisons de 3 ou 4 étages et ont commencé à jeter des pierres sur les musulmans. D’autres ont eu recours à des armes à feu », affirme l’un des témoins. En réaction, les forces de l’ordre bouclent le secteur et des gaz lacrymogènes sont utilisés pour disperser la foule. Yachua Gamal Nached a été atteint d’une balle dans la tête. Il portait un fusil durant les affrontements. Rapidement, des membres de la sécurité de l’Etat et des députés de la circonscription arrivent au village pour tenter de ramener le calme.

Solutions superficielles

Ce n’est pas la première fois que des frictions ont lieu entre chrétiens et musulmans. En 1999, des affrontements sanglants entre chrétiens et musulmans avaient fait 22 morts dans le village d’Al-Kocheh dans le gouvernorat de Sohag. « Il existe des frictions entre musulmans et chrétiens. Ce n’était pas le cas auparavant. Ce phénomène est apparu durant les 20 dernières années », témoigne l’un des habitants du village de Tayéba, peuplé à 80 % de coptes. Ce village est entouré de deux villages à majorité musulmane. Les coptes possèdent des usines et des commerces et sont généralement plus aisés que les musulmans. Cette disparité a-t-elle créé une frustration qui s’est manifestée à la première occasion ? Peut-être. Mais elle ne peut, seule, constituer une explication. « Ce qui s’est passé à Al-Tayéba est à la base un simple fait divers qui n’aurait pas dû avoir de graves conséquences. Mais dans le contexte actuel, cela a dégénéré. A mon avis, c’est le reflet de mauvaises politiques accumulées tout au long des dernières années », souligne Waguih Choukri, secrétaire du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPR, gauche). « Le vrai problème est que l’Etat laisse les hommes de religion des deux côtés, dans les mosquées et les églises, dire n’importe quoi. L’Etat a laissé fleurir l’extrémisme et la haine qui ne faisaient pas partie des habitudes des Egyptiens », assure le responsable du Rassemblement. Et lorsque des problèmes surviennent, l’Etat se contente de solutions superficielles qui ne règlent pas le fond du problème. En quelque sorte, l’Etat, au lieu de traiter la fièvre, traite un bouton de fièvre. « D’où proviennent les armes qui ont été utilisées dans ces affrontements ? Où est le contrôle de la police ? », s’interroge Waguih Choukri. Et de conclure : « Dans les années 1960, il existait dans les villages de Minya des clubs où les gens pouvaient lire et faire du sport. Maintenant, il n’existe que la violence. Tout le monde a peur de l’avenir ».

May Atta

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