Aïd.
Une trentaine de jeunes gens ont été arrêtés pour
harcèlement durant le petit Baïram. Le général
Hamdi Abdel-Karim,
vice-ministre de l’intérieur, répond à nos interrogations.
« La société doit jouer un rôle
et pas seulement la sécurité »
Al-Ahram
Hebdo : Lors du précédent Baïram, des jeunes filles avaient
été harcelées et agressées, en plein centre du Caire, sans
que personne ne bouge. Cette année encore, le phénomène
s’est répété durant le Aïd. La multiplication de ces actes
soulève des interrogations sur la sécurité des lieux
publics, notamment pendant les fêtes. Existe-t-il des
défaillances ?
Hamdi
Abdel-Karim :
Comme
d’habitude, on nous fait porter le fardeau des maux de la
société. D’abord, laissez-moi vous dire qu’il n’y a plus
d’actes de harcèlement aujourd’hui qu’il y en avait hier. Ce
genre de comportement n’existe pas seulement pendant le Aïd.
Le résultat de la couverture médiatique est que nous avons
cette impression que les actes de harcèlement se multiplient.
Cela a toujours existé. Chaque jour nous recevons des
centaines de plaintes surtout d’étrangers.
— Mais
ne trouvez-vous pas qu’une présence renforcée de la police
dans les lieux publics est à même de réduire ce phénomène ?
De nombreuses jeunes filles ne se sentent plus en sécurité
dans la rue …
—
Dites-moi comment on peut savoir que tel jeune homme va
harceler ou agresser telle jeune fille à telle heure et à
tel endroit et se trouver précisément à cet endroit au
moment du harcèlement pour arrêter ou dissuader le jeune
homme. La sécurité est toujours vigilante mais il est
impossible d’être partout à la fois. C’est vrai que notre
mission est d’arrêter les criminels avant qu’ils ne
commettent leurs crimes mais je dois dire aussi que la
société et la famille ont un rôle à jouer à travers
l’éducation.
— Donc,
vous trouvez qu’on ne peut pas mettre fin à de telles
pratiques ?
— Tant que la société, la famille, l’église, la mosquée,
l’école et les médias ne joueront pas leur rôle, ce
phénomène va continuer. Maintenant il y a des antennes
paraboliques, des vidéoclips et Internet qui véhiculent des
images à caractère sexuel alors que les jeunes sont
frustrés.
— Mais
ne trouvez-vous pas que ce genre de pratiques est dû à la
crise économique et au fait que les jeunes ne peuvent pas se
marier facilement en raison du coût élevé du mariage ?
— Je
pense que nous ne devons pas chercher des excuses. Je
reviens à ce que je disais sur l’éducation et la famille.
Autrefois, on respectait la dignité de la jeune fille qui
est un être humain. Et lorsqu’une jeune fille agressée ou
harcelée criait au secours dans la rue, une foule de
personnes se précipitait pour la sauver. Aujourd’hui, c’est
malheureusement le contraire qu’on peut constater, les gens
regardent ce qui se passe comme s’ils avaient affaire à un
tournage de film et non pas un harcèlement. Je trouve que
les nouvelles générations sont perdues car il n’y a plus
d’éducation. Et si autrefois on trouvait sur les cahiers et
les livres scolaires des consignes pour les élèves,
maintenant on trouve des dessins et des photos d’actrices,
de chanteuses et autres images lascives.
Propos recueillis par Chérine Abdel-Azim