Iraq.
Les investissements directs étrangers affluent dans le
secteur pétrolier, mais le gouvernement veut les attirer
vers d’autres terrains, notamment pour mettre en place une
nouvelle infrastructure hôtelière de luxe.
Le tourisme peut-être pour demain
Espérant
profiter de l’amélioration de la sécurité dans leur pays,
des responsables iraqiens ont lancé officiellement un appel
aux investisseurs, pour réaliser leur premier projet
touristique de luxe à Bagdad, depuis l’invasion de 2003,
avec golf, spa et hôtel six étoiles. Hamoud Al-Yakoubi,
président du Comité iraqien du tourisme, a indiqué lors
d’une conférence de presse espérer récolter de 1 à 3
milliards de dollars. L’endroit est déjà choisi : ce sera «
l’île aux mariages », une destination autrefois populaire
pour les mariages et les lunes de miel, posée au milieu du
Tigre, au sud de la capitale iraqienne. Aucune chaîne
hôtelière internationale n’est à ce jour implantée en Iraq,
frappé par le régime des sanction des Nations-Unies au cours
des années 1990.
Les armes y sont interdites, en raison de la proximité avec
la zone verte. L’emplacement de l’île, près de la zone verte
de Bagdad, enclave ultra-sécurisée qui abrite l’ambassade
américaine et la plupart des bâtiments gouvernementaux, est
à même de rassurer les étrangers. En outre, le gouvernement
entend construire un autre grand hôtel, cinq étoiles
celui-là, pour 100 millions de dollars.
« L’investissement est garanti, la propriété du terrain est
assurée pour 50 ans et peut être renouvelée, et les
bénéfices peuvent être rapatriés en totalité, sans taxes »,
plaide Yakoubi.
« L’Iraq est maintenant ouvert aux investissements », se
réjouit pour sa part le chef de la Commission sur
l’investissement national, Ahmad Ridha. Ce dernier évoque la
modestie du milliard de dollars nécessaires pour commencer à
rénover l’île en comparaison avec les « 74 milliards
d’Investissements Directs Etrangers (IDE) parvenus en Iraq
ces six derniers mois ». Ces investissements doivent
notamment servir à développer la ville pétrolière de
Bassorah (sud) ou encore à rénover l’aéroport international
de Bagdad et la ville sainte chiite de Najaf (centre). Très
optimiste, Ridha juge en outre que le tourisme pourrait un
jour détrôner le pétrole comme première source de richesse
nationale, un sérieux défi quand on sait que le second
fournit plus de 93 % des revenus de l’Iraq.
Or, Pour le moment, Al-Yakoubi avoue à l’Hebdo qu’aucun
investisseur ne s’est encore présenté. Il espère cependant
que les deux tiers du projet seront achevés dans un délai de
5 ans. C’est pourquoi il a déclaré que l’Organisme du
tourisme tiendra une conférence de presse en novembre
prochain pour faire la propagande du projet.
Aucune amélioration des services
Le pari sur le tourisme pour développer le pays paraît
difficile. La commercialisation touristique de l’Iraq doit
être la dernière de toutes les étapes de la reconstruction
de l’Iraq. Et cette étape doit être très bien préparée par
des experts touristiques. Pour plusieurs, parler de
l’installation d’un projet touristique est trop prématuré
puisque de nombreux problèmes et étapes n’ont pas encore été
dépassés. Par exemple, Al-Yakoubi lui-même ne peut quitter
son bureau dans la ville de Hifa sans être accompagné d’un
cortège de voitures blindées et de gardes du corps, en plus
des anciens problèmes iraqiens dont le plus grave est la
corruption de l’administration qui empêche de mettre fin à
la coupure continue d’électricité et à l’absence totale
d’eau potable.
Le ministre du Pétrole iraqien, Hussein Al-Chéhrestani,
avait révélé à l’Hebdo lors d’une interview en mai dernier
que le gouvernement, béni des revenus pétroliers record, a
élaboré un plan pour améliorer l’infrastructure, surtout que
les services ont atteint un état de détérioration sans
pareille. Ainsi, l’Iraq consacrera-t-il en 2009 près de 79
milliards de dollars à la reconstruction, aux travaux
publics et aux dépenses sociales, soit 58 % de plus que l’an
dernier, grâce à la hausse des prix du pétrole, a annoncé
dimanche le gouvernement dans un communiqué.
Les Iraqiens, eux, ne sentent cependant aucune amélioration
des services. Un citoyen iraqien s’insurge : « La
reconstruction de l’Iraq nécessite des milliards de dollars
tandis que la situation va de mal en pis à cause des
différends confessionnels entre les gouverneurs eux-mêmes ».
Et d’ajouter que ces raisons ont poussé 4 millions
d’Iraqiens à quitter leur pays. Avis appuyé par un rapport
de la Cour des comptes américaine (GAO) qui a indiqué que
l’Iraq dépensait peu pour sa reconstruction (1 % de son
budget entre 2005 et 2007), malgré un important excédent
budgétaire résultant de ses revenus pétroliers, laissant aux
Etats-Unis le soin de financer « des projets dans le
bâtiment, l’eau, l’électricité et les armes », juge-t-on
dans le rapport. Sans dire que les efforts des Etats-Unis
laissent à désirer dans ce domaine.
Mohamad El Anwar