Al-Ahram Hebdo,Arts | L’acteur et son double
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Semaine du 8 au 14 octobre 2008, numéro 735

 

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Arts

Profil. Kamal Soliman qui a incarné, notamment, le roi Lear et Jean Valjean ainsi que des rôles de composition au cinéma, est un passionné, pour lequel jouer c’est vivre.

L’acteur et son double

L’originalité se lit dans son regard et expression du premier coup. Est-ce le charisme de l’acteur et du comédien, celui de la personnalité même, ou un mélange des deux ? Avoir du caractère et de la présence est certainement constitutif de l’acteur, une sorte d’éducation qu’il se donne, mais avec Kamal Soliman, cela émane de son être. Une impression ou une réalité ? Si on l’a connu une première fois sous les traits de Jean Valjean, dans Les Misérables de Victor Hugo, on peut avoir été sous la coupe et l’effet de ce personnage de légende. Certains héros d’ouvrages littéraires ou de fiction en général restent dans la postérité et rivalisent avec les personnalités historiques. Ils sont bien emblématiques, ces personnages. Quoi qu’il en soit, Soliman est l’un de ceux qui font bien ce va-et-vient entre la vie et « l’illusion comique » si l’on peut dire.

Il est sur les planches ou devant les caméras, le regard revêtant à chaque fois une expression différente. Une vocation qu’il a choisie depuis qu’il était très jeune jouant avec la troupe du théâtre universitaire. Mais la réalité a parfois ses lois. Il faut vivre et travailler. Il le fera et abandonnera la scène, à regret évidemment, avant de décider d’y revenir. Il a fait des études à l’Institut d’art dramatique, une vraie gageure puisqu’il travaillait aussi et bien loin, sur la mer Rouge. Pour la dernière année d’études, en 1984, il décida de se consacrer et il obtint son diplôme. Désormais, il sera et décidera d’être le professionnel contre vents et marées. C’est le début du périple, deux ans avec Mohamad Radi dans « L’évasion de l’hospice des fous ». Le cinéma avec Raafat Al-Mihi, Mohamad Fadel et Barakat. Un choix éclectique si l’on peut dire et qui marquera sa carrière en quelque sorte. Pour lui, il s’agira toujours de qualité plutôt que de quantité. Cela ne nourrit pas toujours son homme, le reconnaît-il, d’où la deuxième fugue. Elle est sentimentale aussi. Marié à une Hollandaise, il est parti aux Pays-Bas. Il revint pour travailler au Centre culturel néerlandais pendant neuf ans, de la stabilité qui lui permet de reprendre sa carrière : et c’est sous le même signe, celui de l’élitisme. On le voit avec Soad Hosni et Ahmad Zaki dans Al-Daraga al-talta (tribune de troisième classe) réalisé par Chérif Arafa et dans Al-Sada al-rigal (messieurs les hommes) de Raafat Al-Mihi, et Qafas al-harim (le harem) de Hussein Kamal.

Et le théâtre dans tout ça ? Evidemment, les personnages dramatiques sont son alter ego. Non qu’il rejette le cinéma où il figure en tant qu’acteur de composition, mais à cause des affinités électives avec des personnages à la nature complexe. « Je me retrouve avec les personnalités complexes ayant de grandes dimensions. Je ressens du plaisir à les jouer. Je n’interprète aucun rôle sur scène à moins d’en subir la jouissance. Je ne le fais pas pour des raisons matérielles ». Le théâtre est donc l’aboutissement, l’apothéose, ce qui correspond le plus à son moi et qu’on relève même dans son discours. Evidemment, il n’est pas question de grande éloquence, mais d’une philosophie, une manière d’être qui transcende l’immédiat avec une approche qui est très humaine. D’où une diversité dans le répertoire.

Des personnages comme le roi Lear, Jean Valjean et Aston dans Le Gardien, de Harold Pinter, constituent pour lui ce contact avec une humanité riche dans le sens tragique ou philosophique. Au départ, il a fait partie du « Théâtre ambulant », ce groupe du théâtre de l’Etat qui allait porter l’art dramatique un peu partout dans le pays. Ensuite, ce fut le théâtre d’avant-garde et le théâtre national. Son approche est faite, tout d’abord, d’étude du personnage qu’il va interpréter. Cela passe par plusieurs étapes. Tout d’abord, une documentation historique concernant la période où l’œuvre a été écrite. Ensuite, c’est une initiation au personnage, son aspect physique et environnement matériel, la dimension sociale et la profondeur psychologique, sans oublier les rapports qu’il entretient avec les autres personnages.

Une vision qui lui permet de situer le rôle et donc la technique du jeu, de l’intonation au geste. A part Les Misérables, il a joué L’Avare de Molière, dans Antigone de Jean Anouilh et dans Huis clos de Sartre, en plus d’une adaptation très originale de L’Amant de Marguerite Duras. A présent, il attend une nouvelle présentation du Gardien de Pinter. Et le cinéma ? Pourquoi pas, mais aussi une attente de la qualité. Adel Imam, avec lequel il a joué des rôles dans des films, le lui a bien dit : « Vous n’avez pas l’air de vouloir chercher fortune ».

Au-delà, Amal Soliman relève finalement que son mot d’ordre est celui d’un acteur russe : « Je ne joue pas comme au cinéma, je ne joue pas comme au théâtre, je joue comme dans la vie ».

Ahmed Loutfi

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