Spectacle.
A travers Unkaputtbar (incassable), la compagnie suisse de
danse contemporaine Drift explore de manière subtile et
humoristique les absurdités du quotidien.
Rire à la réflexion
La
scène s’ouvre sur quatre individus dans un espace clos.
Quatre hommes s’accompagnent dans d’absurdes égarements, et
qui, infatigables, retombent toujours sur leur pied et ne
s’abandonnent jamais.
Entre
eux règne une franche camaraderie qui parfois dégénère.
Avec le
plus grand sérieux, chacun d’eux va se débattre avec sa
condition de « petit homme » qui se rêve indestructible.
D’où un spectacle de danse tordu, dans lequel la sensation
de l’absurde perce sous l’agitation. Telle est l’idée du
spectacle de danse contemporaine Unkaputtbar (incassable),
comme conçue par Peter Schelling, chorégraphie de Massimo
Bertinelli, Thomas Maucher, Michael Ruegg et mise en scène
de Béatrice Jaccard. Cette dernière, avec Peter Schelling,
sont les directeurs artistiques, depuis 1987 et jusqu’à
présent, de la compagnie zurichoise Drift, l’une des plus
importantes compagnies de danse contemporaine de la scène
suisse. A renommée internationale, la troupe, dès son
acquisition du prix d’honneur de la ville de Zurich en 2002
et du Prix suisse pour la danse et la chorégraphie en 2007,
est connue par ses productions, toujours à message humain,
centrées essentiellement sur les questions de l’existence.
Le répertoire de Drift compte 600 spectacles, dont Machine à
sons et Au bleu cochon.
Pour Le
Caire, la compagnie zurichoise Drift, et avec la
collaboration de la fondation suisse ProHelvetia, a choisi
de présenter son spectacle de danse contemporaine
Unkaputtbar. Un spectacle magique qui a été montré dans 29
pays de par le monde.
Il
s’agit alors de mêler drame à l’humour, en opposant une
inépuisable énergie à tout ce qui est cassé, défectueux,
triste et épuisé dans la vie. C’est une pièce qui se définit
par son mouvement constant, entre abstraction et narration,
violence et tendresse. Les quatre danseurs (Peter Schelling,
Massimo Bertinelli, Thomas Maucher et Michael Ruegg)
alternent moments de jeu théâtral et performance physique.
Ce, dans le but de faire passer le public du rire à la
réflexion, de lui raconter, dans un délicieux décalage
humoristique, comment les humains se débrouillent avec leurs
humanités.
Ainsi,
et jouissant d’une bonne chorégraphie et direction
artistique, la compagnie Drift allie merveilleusement, dans
Unkaputtbar, mélancolie onirique et légèreté, pour produire
un effet grotesque, assez bouleversant. Chaque attitude de
la vie quotidienne, chaque geste insignifiant, mais aussi
les grandes formes de la danse y deviennent mouvements.
Leurs histoires font côtoyer le tragique et le comique en
une suite de tableaux denses, simples et réduits, dans
lesquels les mouvements habitent alternativement des espaces
familiers, se servant de la scène pour ouvrir des horizons
infinis.
Les
danseurs essaient d’enjoliver le monde, car s’il était laid,
leur vie serait ennuyeuse. En fait, ce qui leur plairait le
plus, c’est de gravir des sommets et d’explorer des régions
polaires (cavernes obscures, déserts enneigés …). Parfois
semblables à des clowns, parfois ressemblant à quatre fous,
les danseurs perdent momentanément le contrôle de leurs
membres, ils se battent de nouveau, pour retrouver la
maîtrise de leurs mouvements et poursuivre leurs buts. Le
tout est pour donner sens à leur existence. Un spectacle
divertissant, plein d’idées amusantes et d’intermèdes
acrobatiques, un décor richement fantaisiste.
Névine Lameï