Festival du Théâtre Expérimental.
La 20e édition se tient du 10 au 20 octobre. Une occasion
pour s’interroger sur l’impact de cet événement majeur qui
soulève encore des polémiques.
La polémique continue
Depuis
sa création en 1988, le Festival du théâtre expérimental ne
cesse de soulever des controverses. On n’a pas arrêté de
remettre en question la notion d’expérimentation, la
scénographie, le langage corporel, l’absence de texte ...
Des notions que le festival a élaborées pendant les années
passées. La 20e édition impose d’autres questions. Où se
place-t-on par rapport à l’expérimentation ? S’agit-il d’un
processus continu ou d’une tendance définie ? Quelles en
sont les limites et les formes ?
L’expérimentation n’a jamais une définition bien déterminée,
affirment les spécialistes. « C’est une signification
malléable comme la vie, l’amour. On peut parler d’une idée
nouvelle, moderne et choquante ». C’est ainsi que le jeune
dramaturge Ibrahim Al-Husseini résume l’idée de
l’expérimentation, en ajoutant : « C’est une pratique qui
existe depuis fort longtemps. Le théâtre grec, par exemple,
a connu l’acteur ambulant, puis Eschyle a introduit un
deuxième acteur, ensuite Sophocle a ajouté un troisième.
Quant à Euripide, il a renouvelé les scènes, etc. ».
En fait, l’expérimentation est une découverte continue. Le
critique et membre du Haut Comité du festival, Ahmad
Sakhsoukh, exprime l’importance de cette notion. « On ne
peut pas évoquer l’art et le public d’aujourd’hui sans
parler d’expérimentation. Si la société évolue, il est
indispensable que les moyens et les outils de l’art évoluent
aussi. Dans les années 1960, le théâtre égyptien fut initié
à l’expérimentation par Saad Ardach et son nouveau théâtre
de poche », indique Sakhsoukh. Et d’ajouter : « Quand on
arrive à développer une idée ou une théorie, elle devient
une tendance classique. Si l’on arrive à définir exactement
l’expérimentation, elle sera finie. L’expérimentation est
liée au temps et à l’espace où elle est présentée. Elle est
liée aussi à la culture du public qui attend toujours des
nouveautés ».
L’expérimentation théâtrale se situe alors hors des sentiers
battus. Il s’agit d’un acte révolutionnaire. Les éditions du
festival favorisent l’aspect visuel : l’éclairage, le décor
et la mise en scène. Une raison pour laquelle « le festival
nous a fait gagner plus de metteurs en scène que de
dramaturges », souligne Hassan Attiya.
Beaucoup de spectacles venus de l’étranger ont misé sur cet
aspect visuel lors des éditions précédentes : 70 mouvements
de glace était un spectacle qui a utilisé uniquement les
papiers adhésifs comme élément essentiel du décor et de la
scénographie. Cryptographe reposait sur un jeu de
projection, créant un arrière-fond aussi riche que varié.
« Dans le festival, l’on remarque la domination des visions
théâtrales centrées sur le visuel, la mise en scène et le
mouvement. Une tendance qui a déjà disparu de l’Occident.
Elle fit son apparition en Europe à la fin du XIXe siècle et
au début du XXe siècle chez Gordon Greek, qui disait que le
théâtre de l’avenir est un théâtre de visions. Ensuite,
Antoine Arthur l’a bien étudié au niveau du mouvement, du
rythme et d’autres éléments. L’apogée de ce théâtre de
visions fut atteinte durant les années 1970 et 80 avec
Robert Wilson. Croire que l’expérimentation se limite à des
techniques visuelles est grave. On peut arriver à une
impasse », estime Sakhsoukh.
Durant les 20 ans du festival, le théâtre égyptien fut
influencé par les créations des troupes étrangères. Certains
jeunes restent encore étonnés par l’expérimentation.
D’autres choisissent d’y plonger. Il s’agit en fait d’une
génération de jeunes qui ont été initiés au théâtre et à la
nouvelle création à travers le Festival du théâtre
expérimental. Hicham Awa, metteur en scène, le dit
ouvertement : « Nous n’avons pas la chance de voyager ni de
voir des pièces de théâtre à l’étranger. Le festival nous
permet de voir certaines créations bien différentes. Mais il
faut préciser que le festival, lors de ses premières
éditions, invitait des troupes professionnelles qui
jouissent d’une grande expérience théâtrale. Au cours de ces
dernières éditions, les troupes ne sont plus à la même
hauteur ».
Certains Egyptiens, influencés par le festival, ont réussi à
créer des pièces puisant dans le patrimoine et les nouvelles
techniques, tels Mohsen Helmi, Nasser Abdel-Moneim et
Intissar Abdel-Fattah. « Ces derniers constituent la
première génération formée par le festival. Aujourd’hui,
celle-ci donne naissance à une autre : celle des troupes
indépendantes. Ce n’est pas une tendance officielle, mais ce
sont des jeunes qui ont été influencés par l’expérimental et
la situation économique. Ils présentent des théâtres
pauvres, faute de moyens, mais qui sont riches au niveau des
idées et qui s’éloignent complètement du théâtre
traditionnel et des productions de l’Etat. D’où le thème
consacré au colloque principal de cette XXe édition »,
évoque Sakhsoukh.
Les polémiques continuent autour du festival, n’empêche que
sa tenue régulière a fait bouger les choses et bousculer des
idées.
May
Sélim