Al-Ahram Hebdo, Arts | La polémique continue
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Semaine du 8 au 14 octobre 2008, numéro 735

 

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Arts

Festival du Théâtre Expérimental. La 20e édition se tient du 10 au 20 octobre. Une occasion pour s’interroger sur l’impact de cet événement majeur qui soulève encore des polémiques.

La polémique continue

Depuis sa création en 1988, le Festival du théâtre expérimental ne cesse de soulever des controverses. On n’a pas arrêté de remettre en question la notion d’expérimentation, la scénographie, le langage corporel, l’absence de texte ... Des notions que le festival a élaborées pendant les années passées. La 20e édition impose d’autres questions. Où se place-t-on par rapport à l’expérimentation ? S’agit-il d’un processus continu ou d’une tendance définie ? Quelles en sont les limites et les formes ?

L’expérimentation n’a jamais une définition bien déterminée, affirment les spécialistes. « C’est une signification malléable comme la vie, l’amour. On peut parler d’une idée nouvelle, moderne et choquante ». C’est ainsi que le jeune dramaturge Ibrahim Al-Husseini résume l’idée de l’expérimentation, en ajoutant : « C’est une pratique qui existe depuis fort longtemps. Le théâtre grec, par exemple, a connu l’acteur ambulant, puis Eschyle a introduit un deuxième acteur, ensuite Sophocle a ajouté un troisième. Quant à Euripide, il a renouvelé les scènes, etc. ».

En fait, l’expérimentation est une découverte continue. Le critique et membre du Haut Comité du festival, Ahmad Sakhsoukh, exprime l’importance de cette notion. « On ne peut pas évoquer l’art et le public d’aujourd’hui sans parler d’expérimentation. Si la société évolue, il est indispensable que les moyens et les outils de l’art évoluent aussi. Dans les années 1960, le théâtre égyptien fut initié à l’expérimentation par Saad Ardach et son nouveau théâtre de poche », indique Sakhsoukh. Et d’ajouter : « Quand on arrive à développer une idée ou une théorie, elle devient une tendance classique. Si l’on arrive à définir exactement l’expérimentation, elle sera finie. L’expérimentation est liée au temps et à l’espace où elle est présentée. Elle est liée aussi à la culture du public qui attend toujours des nouveautés ».

L’expérimentation théâtrale se situe alors hors des sentiers battus. Il s’agit d’un acte révolutionnaire. Les éditions du festival favorisent l’aspect visuel : l’éclairage, le décor et la mise en scène. Une raison pour laquelle « le festival nous a fait gagner plus de metteurs en scène que de dramaturges », souligne Hassan Attiya.

Beaucoup de spectacles venus de l’étranger ont misé sur cet aspect visuel lors des éditions précédentes : 70 mouvements de glace était un spectacle qui a utilisé uniquement les papiers adhésifs comme élément essentiel du décor et de la scénographie. Cryptographe reposait sur un jeu de projection, créant un arrière-fond aussi riche que varié.

« Dans le festival, l’on remarque la domination des visions théâtrales centrées sur le visuel, la mise en scène et le mouvement. Une tendance qui a déjà disparu de l’Occident. Elle fit son apparition en Europe à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle chez Gordon Greek, qui disait que le théâtre de l’avenir est un théâtre de visions. Ensuite, Antoine Arthur l’a bien étudié au niveau du mouvement, du rythme et d’autres éléments. L’apogée de ce théâtre de visions fut atteinte durant les années 1970 et 80 avec Robert Wilson. Croire que l’expérimentation se limite à des techniques visuelles est grave. On peut arriver à une impasse », estime Sakhsoukh.

Durant les 20 ans du festival, le théâtre égyptien fut influencé par les créations des troupes étrangères. Certains jeunes restent encore étonnés par l’expérimentation. D’autres choisissent d’y plonger. Il s’agit en fait d’une génération de jeunes qui ont été initiés au théâtre et à la nouvelle création à travers le Festival du théâtre expérimental. Hicham Awa, metteur en scène, le dit ouvertement : « Nous n’avons pas la chance de voyager ni de voir des pièces de théâtre à l’étranger. Le festival nous permet de voir certaines créations bien différentes. Mais il faut préciser que le festival, lors de ses premières éditions, invitait des troupes professionnelles qui jouissent d’une grande expérience théâtrale. Au cours de ces dernières éditions, les troupes ne sont plus à la même hauteur ».

Certains Egyptiens, influencés par le festival, ont réussi à créer des pièces puisant dans le patrimoine et les nouvelles techniques, tels Mohsen Helmi, Nasser Abdel-Moneim et Intissar Abdel-Fattah. « Ces derniers constituent la première génération formée par le festival. Aujourd’hui, celle-ci donne naissance à une autre : celle des troupes indépendantes. Ce n’est pas une tendance officielle, mais ce sont des jeunes qui ont été influencés par l’expérimental et la situation économique. Ils présentent des théâtres pauvres, faute de moyens, mais qui sont riches au niveau des idées et qui s’éloignent complètement du théâtre traditionnel et des productions de l’Etat. D’où le thème consacré au colloque principal de cette XXe édition », évoque Sakhsoukh.

Les polémiques continuent autour du festival, n’empêche que sa tenue régulière a fait bouger les choses et bousculer des idées.

May Sélim

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