Zimbabwe.
La dernière réunion du président Robert Mugabe et du chef de
l’opposition Morgan Tsvangirai n’a permis aucune avancée sur
la question de l’attribution des ministères-clés.
Vues inconciliables
C’est
un nouvel échec que les protagonistes de la crise
zimbabwéenne ont connu cette semaine. Lors d’une réunion
samedi dernier à Harare, les dirigeants politiques
zimbabwéens ont essayé de trouver un accord et d’aplanir
leurs divergences sur la composition d’un gouvernement de
coalition nationale. En vain. Il s’agit des discussions
entre le président Robert Mugabe, le chef du principal parti
d’opposition (Mouvement pour le changement démocratique, MDC),
Morgan Tsvangirai, et le chef d’un mouvement dissident du
MDC, Arthur Mutambara. Comme prévu donc, ils ont une
nouvelle fois achoppé sur la question-clé de la répartition
des portefeuilles dans le futur gouvernement et des postes
de gouverneurs, a expliqué le porte-parole du MDC, Nelson
Chamisa. « Il y a eu des discussions mais pas d’accord. Les
consultations vont reprendre pour essayer de résoudre ces
questions », a-t-il ajouté sans préciser à quelle date les
pourparlers allaient reprendre.
Les deux camps revendiquent les ministères-clés des Finances
et de l’Intérieur. Les parties ont « eu des échanges francs
mais la répartition des portefeuilles ministériels est
toujours bloquée. De nouvelles consultations auraient lieu
au niveau des équipes de négociation pour parler
exclusivement des portefeuilles des Finances et de
l’Intérieur », a ajouté le porte-parole du MDC.
Une source proche des négociateurs a déclaré que MM.
Tsvangirai et Mutambara s’étaient entretenus avant de
rencontrer M. Mugabe pour défendre une position commune.
Sous l’égide de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki,
MM. Mugabe, Tsvangirai et Mutambara ont signé le 15
septembre un accord historique de partage du pouvoir pour
sortir le pays de la crise née de la défaite du régime aux
élections du 29 mars. Selon cet accord, M. Mugabe doit
conserver le poste de président, M. Tsvangirai doit devenir
premier ministre et Arthur Mutambara son adjoint, dans un
gouvernement comptant 15 ministres pour le parti au pouvoir,
13 pour le MDC-Tsvangirai et trois pour le MDC-Mutambara.
Mais l’absence de consensus sur la répartition des
portefeuilles ministériels retarde la mise en œuvre de cet
accord destiné à mettre fin à la crise politique et
économique dans le pays.
Pour aider les protagonistes au Zimbabwe à former leur
gouvernement, le nouveau président sud-africain, Kgalema
Motlanthe, s’est prononcé en faveur d’une nouvelle médiation
de son prédécesseur Thabo Mbeki. « Notre gouvernement a
pleinement confiance en la capacité de M. Mbeki de s’appuyer
sur le succès historique déjà obtenu sous sa médiation dans
l’accord de partage du pouvoir du 15 septembre. En
conséquence, nous le soutiendrons à l’avenir dans sa
fonction de médiateur », a déclaré M. Motlanthe dans un
communiqué. Selon Thabang Chiloane, porte-parole du nouveau
président Motlanthe, « il y a eu une discussion entre le
président Motlanthe et l’ancien président et ils se sont mis
d’accord pour que cela ait lieu », sans pouvoir donner de
détails sur les prochaines étapes de la médiation. Thabo
Mbeki a été poussé en septembre à la démission par son
parti, le Congrès national africain (ANC), peu après avoir
obtenu un accord de partage du pouvoir au Zimbabwe.
Son départ avait semé le doute sur la pérennité de l’accord
zimbabwéen. Motlanthe a indiqué avoir averti la Communauté
de développement d’Afrique australe (SADC) qu’il souhaitait
la voir renouveler le mandat de médiateur de Thabo Mbeki,
qui a fait selon lui preuve d’une « vision dépassionnée » de
la crise politique à Harare. Pour sa part, Tsvangirai en
appelle à la SADC et aux Nations-Unies, estimant que Mugabe
réclame tous les postes-clés en violation de l’esprit de
l’accord. De l’autre côté, le parti de Mugabe nie
l’existence d’un blocage et réfute le besoin d’un médiateur
extérieur. Mais la Communauté de développement d’Afrique
australe (SADC), qui avait nommé Mbeki comme médiateur au
Zimbabwe, a également souhaité qu’il poursuive cette
mission. L’impatience est grande au Zimbabwe de voir la
formation de ce gouvernement, qui devrait entraîner un
déblocage de l’aide économique à ce pays embourbé dans un
marasme sans précédent.
Maha
Salem