Restauration. Un projet
ambitieux pour le réaménagement de la rue Al-Saliba a rétabli les trésors dont
elle regorge. Elle est en voie de devenir un véritable musée ouvert.
Un chapelet de perles retrouve ses
joyaux
Entre
la mosquée de Sayéda Zeinab et celle d’Ibn Touloun, s’étend une rue bien
différente, celle d’Al-Saliba. Elle n’est pas comme toutes les autres, cette
voie qui se caractérise par la présence de plus d’une dizaine de monuments
islamiques célèbres autant par leurs histoires que par leur beauté. « Depuis
deux ans, on entame un grand projet qui a pour objectif de restituer la beauté
d’antan à tous les monuments de cette rue », explique le Dr Ahmad Al-Zayat,
conseiller du département des monuments islamiques au Conseil Suprême des
Antiquités (CSA). Dernièrement, trois de ces monument ont été inaugurés après
l’achèvement des travaux de restauration architecturale et minutieuse qui ont
pris du temps à cause de l’état déplorable des édifices. Les premiers sont la
mosquée et la Khanka (couvent des soufis) du prince Shaïkhu Al-Amri,
construites respectivement en 750 et 756 de l’hégire. Ce complexe se situe à
l’intersection de la rue Al-Saliba avec celle d’Al-Khalifa. La mosquée se
compose d’une cour à ciel ouvert où se trouvent 4 iwans qui lui sont perpendiculaires.
Une grande fontaine se plante au milieu de la cour pour permettre aux fidèles
de se livrer facilement aux ablutions avant les prières. « C’est dans cette
mosquée que le grand imam Galaleddine Al-Siyouti a commencé à donner ses leçons
religieuses », explique Mohamad Fathi, inspecteur archéologique travaillant à
la mosquée. Quant à la Khanka, elle était formée d’une cour avec trois iwans
dans lesquels les soufis pratiquaient leurs rites. Ensuite, le visiteur se
trouve devant l’un des plus célèbres sabils du Caire islamique, qui est celui
d’Oum Abbass qu’a construit le khédive Abbass pour être un waqf (bien religieux
inaliénable) au profit de sa mère dont il porte le nom. Ce sabil souffrait
beaucoup sous l’effet de l’eau souterraine et des problèmes d’eau usée. « Les
spécialistes du CSA ont remédié radicalement à tous ces problèmes en
établissant un nouveau réseau de drainage sanitaire qui évite la répétition
d’un tel problème », assure Al-Zayat.
Quant
au troisième monument qui a repris ses beautés d’antan, c’est le complexe de
Abdallah Katkhoda. Ce complexe, construit en 782 de l’hégire, se distingue par
les travaux en arabesques qui décorent la façade avec une finesse qui attire
l’attention de n’importe quel passant.
« On a
tout de même coordonné avec le gouvernorat du Caire pour aménager la région aux
alentours de la rue Al-Saliba. La rue a été pavée et les places de Sayéda et
d’Ibn Touloun ont été embellies », explique Abdallah Al-Attar, conseiller des
monuments islamiques au CSA. « On s’est mis d’accord sur le fait que la route
soit à sens unique, en faire une rue piétonne à l’instar de la rue Al-Moez
étant impossible », ajoute-t-il.
Une essence mamelouke
On ne
peut pas visiter ces trois monuments sans passer sur les autres édifices de la
rue Al-Saliba qui sont presque tous restaurés. « Il ne reste en fait que la
mosquée Lagin Al-Saïfi et la maison de Taghri Bardi, dont la restauration sera
achevée d’ici trois mois », assure le Dr Al-Zayat.
A
l’entrée de la rue Al-Saliba, on se sent au sein de l’époque mamelouke et le
sultan Ahmad Ibn Touloun nous attend près de sa mosquée à l’autre bout. Il l’a
construite au centre de la capitale toulounide, Al-Qataïe. Le visiteur de cette
rue ne peut pas s’empêcher de la parcourir jusqu’au bout. Il se trouve attiré
par la beauté et l’authenticité de l’endroit dont chaque monument relate une
partie de l’histoire de l’époque mamelouke en Egypte.
La
première partie de la rue Al-Saliba est connue sous le nom de la rue
Abdel-Méguid Al-Labbane (ex-Marassina). A quelques pas à gauche, commence tout
un chapelet de perles islamiques avec la mosquée du prince Lagin Al-Saïfi,
construite en 852 de l’hégire. Celle-ci se caractérise par sa petite superficie
et son petit minaret, comme si celui-ci faisait place à d’autres monuments
aussi grands que majestueux. C’est vrai, puisque à quelques mètres se dressent
la mosquée et la Khanka des émirs Solar Al-Nasséri et Senger Al-Gawli avec son
grand minaret et ses deux coupoles ornées par les calligraphies coufiques
splendides. La spécificité de cette mosquée, construite en 703 de l’hégire, est
qu’elle est l’une des rares mosquées suspendues du Caire islamique. Elle
s’élève plus de trois mètres et demi au-dessus du niveau de la rue. La visite
se poursuit dans la rue pour découvrir un monument qui est aussi beau que le
précédent. C’est la mosquée et la madrassa (école) du prince mamelouk
Sarghatmach Al-Nasséri, construits en 757 de l’hégire.
Un peu
plus loin à gauche, le visiteur contemple les beautés de la mosquée du célèbre
historien musulman Ibn Taghri Bardi, construite en 844 de l’hégire. Ce dernier
est l’auteur de la célèbre encyclopédie historique Al-Nogoum al-améra fi tarikh
Misr wa Al-Qahéra (les étoiles brillantes dans l’histoire de l’Egypte et du
Caire). A quelques pas, se situe la mosquée de Qanibay Al-Mohammadi, construite
en 812 de l’hégire.
Dalia Farouk
Un chef-d’œuvre exceptionnel
A la fin de la rue Al-Saliba, se trouve le chef-d’œuvre qui vient couronner cette sélection de monuments islamiques, c’est le sabil (fontaine publique) et kottab (école coranique) du sultan Al-Achraf Aboul-Nasr Qaïtbay (872-901 h /1468-1496 J.-C.), construits en 884 de l’hégire.
C’est un édifice en pierre qui se distingue par l’opulence de ses façades nord et sud. Sur la façade sud, l’entrée haute et étroite, surmontée d’un arc trilobé, présente un décor à motifs en pierre et marbre polychrome. A gauche, au-dessus de la grille, figure un important panneau décoratif de format carré également en pierre et marbre polychrome. Il se divise en neuf sections disposées en trois rangées de motifs sculptés végétaux et géométriques. Ce type de décor est peu courant dans les constructions mameloukes. Ce sabil est à trois niveaux. Le premier, en sous-sol, constitue la citerne construite en gros moellons. Un couvercle de marbre recouvre l’ouverture par laquelle elle était remplie chaque année après avoir été nettoyée et assainie. Le deuxième niveau, au rez-de-chaussée, consiste en une salle donnant sur la rue par une ouverture protégée par une grille de fer, à travers laquelle l’eau était distribuée aux passants, tout en permettant l’aération de la citerne. Cette salle contient un panneau de marbre sur lequel coule l’eau pour être rafraîchie avant d’emprunter un déversoir sous la fenêtre. Le troisième étage est occupé par le kottab, c’est où l’on enseignait à des orphelins la récitation du Coran, il occupe un petit bâtiment qui est l’un des plus intéressants de ceux édifiés par le sultan Qaïtbay. En dehors de sa façade au luxueux décor, il est le premier exemple d’un sabil-kottab indépendant en Egypte.
Après sa restauration, ce sabil est réutilisé comme centre pour la civilisation islamique qui est reflétée par l’essence de l’histoire, qui émane des quatre coins de la rue Al-Saliba.
Dalia Farouk