Al-Ahram Hebdo,Voyages | Un chapelet de perles retrouve ses joyaux
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Voyages

Restauration. Un projet ambitieux pour le réaménagement de la rue Al-Saliba a rétabli les trésors dont elle regorge. Elle est en voie de devenir un véritable musée ouvert. 

Un chapelet de perles retrouve ses joyaux 

Entre la mosquée de Sayéda Zeinab et celle d’Ibn Touloun, s’étend une rue bien différente, celle d’Al-Saliba. Elle n’est pas comme toutes les autres, cette voie qui se caractérise par la présence de plus d’une dizaine de monuments islamiques célèbres autant par leurs histoires que par leur beauté. « Depuis deux ans, on entame un grand projet qui a pour objectif de restituer la beauté d’antan à tous les monuments de cette rue », explique le Dr Ahmad Al-Zayat, conseiller du département des monuments islamiques au Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Dernièrement, trois de ces monument ont été inaugurés après l’achèvement des travaux de restauration architecturale et minutieuse qui ont pris du temps à cause de l’état déplorable des édifices. Les premiers sont la mosquée et la Khanka (couvent des soufis) du prince Shaïkhu Al-Amri, construites respectivement en 750 et 756 de l’hégire. Ce complexe se situe à l’intersection de la rue Al-Saliba avec celle d’Al-Khalifa. La mosquée se compose d’une cour à ciel ouvert où se trouvent 4 iwans qui lui sont perpendiculaires. Une grande fontaine se plante au milieu de la cour pour permettre aux fidèles de se livrer facilement aux ablutions avant les prières. « C’est dans cette mosquée que le grand imam Galaleddine Al-Siyouti a commencé à donner ses leçons religieuses », explique Mohamad Fathi, inspecteur archéologique travaillant à la mosquée. Quant à la Khanka, elle était formée d’une cour avec trois iwans dans lesquels les soufis pratiquaient leurs rites. Ensuite, le visiteur se trouve devant l’un des plus célèbres sabils du Caire islamique, qui est celui d’Oum Abbass qu’a construit le khédive Abbass pour être un waqf (bien religieux inaliénable) au profit de sa mère dont il porte le nom. Ce sabil souffrait beaucoup sous l’effet de l’eau souterraine et des problèmes d’eau usée. « Les spécialistes du CSA ont remédié radicalement à tous ces problèmes en établissant un nouveau réseau de drainage sanitaire qui évite la répétition d’un tel problème », assure Al-Zayat.

Quant au troisième monument qui a repris ses beautés d’antan, c’est le complexe de Abdallah Katkhoda. Ce complexe, construit en 782 de l’hégire, se distingue par les travaux en arabesques qui décorent la façade avec une finesse qui attire l’attention de n’importe quel passant.

« On a tout de même coordonné avec le gouvernorat du Caire pour aménager la région aux alentours de la rue Al-Saliba. La rue a été pavée et les places de Sayéda et d’Ibn Touloun ont été embellies », explique Abdallah Al-Attar, conseiller des monuments islamiques au CSA. « On s’est mis d’accord sur le fait que la route soit à sens unique, en faire une rue piétonne à l’instar de la rue Al-Moez étant impossible », ajoute-t-il.

 

Une essence mamelouke

On ne peut pas visiter ces trois monuments sans passer sur les autres édifices de la rue Al-Saliba qui sont presque tous restaurés. « Il ne reste en fait que la mosquée Lagin Al-Saïfi et la maison de Taghri Bardi, dont la restauration sera achevée d’ici trois mois », assure le Dr Al-Zayat.

A l’entrée de la rue Al-Saliba, on se sent au sein de l’époque mamelouke et le sultan Ahmad Ibn Touloun nous attend près de sa mosquée à l’autre bout. Il l’a construite au centre de la capitale toulounide, Al-Qataïe. Le visiteur de cette rue ne peut pas s’empêcher de la parcourir jusqu’au bout. Il se trouve attiré par la beauté et l’authenticité de l’endroit dont chaque monument relate une partie de l’histoire de l’époque mamelouke en Egypte.

La première partie de la rue Al-Saliba est connue sous le nom de la rue Abdel-Méguid Al-Labbane (ex-Marassina). A quelques pas à gauche, commence tout un chapelet de perles islamiques avec la mosquée du prince Lagin Al-Saïfi, construite en 852 de l’hégire. Celle-ci se caractérise par sa petite superficie et son petit minaret, comme si celui-ci faisait place à d’autres monuments aussi grands que majestueux. C’est vrai, puisque à quelques mètres se dressent la mosquée et la Khanka des émirs Solar Al-Nasséri et Senger Al-Gawli avec son grand minaret et ses deux coupoles ornées par les calligraphies coufiques splendides. La spécificité de cette mosquée, construite en 703 de l’hégire, est qu’elle est l’une des rares mosquées suspendues du Caire islamique. Elle s’élève plus de trois mètres et demi au-dessus du niveau de la rue. La visite se poursuit dans la rue pour découvrir un monument qui est aussi beau que le précédent. C’est la mosquée et la madrassa (école) du prince mamelouk Sarghatmach Al-Nasséri, construits en 757 de l’hégire.

Un peu plus loin à gauche, le visiteur contemple les beautés de la mosquée du célèbre historien musulman Ibn Taghri Bardi, construite en 844 de l’hégire. Ce dernier est l’auteur de la célèbre encyclopédie historique Al-Nogoum al-améra fi tarikh Misr wa Al-Qahéra (les étoiles brillantes dans l’histoire de l’Egypte et du Caire). A quelques pas, se situe la mosquée de Qanibay Al-Mohammadi, construite en 812 de l’hégire.

Dalia Farouk


 

Un chef-d’œuvre exceptionnel

A la fin de la rue Al-Saliba, se trouve le chef-d’œuvre qui vient couronner cette sélection de monuments islamiques, c’est le sabil (fontaine publique) et kottab (école coranique) du sultan Al-Achraf Aboul-Nasr Qaïtbay (872-901 h /1468-1496 J.-C.), construits en 884 de l’hégire.

C’est un édifice en pierre qui se distingue par l’opulence de ses façades nord et sud. Sur la façade sud, l’entrée haute et étroite, surmontée d’un arc trilobé, présente un décor à motifs en pierre et marbre polychrome. A gauche, au-dessus de la grille, figure un important panneau décoratif de format carré également en pierre et marbre polychrome. Il se divise en neuf sections disposées en trois rangées de motifs sculptés végétaux et géométriques. Ce type de décor est peu courant dans les constructions mameloukes. Ce sabil est à trois niveaux. Le premier, en sous-sol, constitue la citerne construite en gros moellons. Un couvercle de marbre recouvre l’ouverture par laquelle elle était remplie chaque année après avoir été nettoyée et assainie. Le deuxième niveau, au rez-de-chaussée, consiste en une salle donnant sur la rue par une ouverture protégée par une grille de fer, à travers laquelle l’eau était distribuée aux passants, tout en permettant l’aération de la citerne. Cette salle contient un panneau de marbre sur lequel coule l’eau pour être rafraîchie avant d’emprunter un déversoir sous la fenêtre. Le troisième étage est occupé par le kottab, c’est où l’on enseignait à des orphelins la récitation du Coran, il occupe un petit bâtiment qui est l’un des plus intéressants de ceux édifiés par le sultan Qaïtbay. En dehors de sa façade au luxueux décor, il est le premier exemple d’un sabil-kottab indépendant en Egypte.

Après sa restauration, ce sabil est réutilisé comme centre pour la civilisation islamique qui est reflétée par l’essence de l’histoire, qui émane des quatre coins de la rue Al-Saliba.

Dalia Farouk

 




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