Al-Ahram Hebdo, Visages | Dr Mostafa El Sayed, Le visionnaire
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Visages

Le Dr Mostafa El Sayed, savant de la nanoscience, de renommée mondiale, s’acharne depuis des décennies pour vaincre le cancer. 

Le visionnaire 

L’egypte, célébrant magistralement la consécration du Dr Mostafa El Sayed, lauréat de la Haute Médaille des sciences des Etats-Unis en 2007, reconnaît l’universalité des contributions d’un de ses plus grands savants en nanotechnologie, couronné par sa découverte de la médecine des nanoparticules d’or utilisées pour guérir le cancer.

Enfant de la province de Zifta, il est né de parents qui privilégient la lecture et le sérieux des études. Reçu premier à la fin de ses études à la faculté des sciences de l’Université de Aïn-Chams, il obtient une bourse d’études aux Etats-Unis. A l’âge de 28 ans, il est docteur en physique chimique de l’Université de Floride, sous la direction de Michael Kesler, un ancien élève de G.N. Lewis, savant légendaire, connu pour ses recherches importantes en thermodynamique. Il renonce au retour en Egypte avant de développer ses connaissances, et devient chercheur dans les différents domaines de la physique et de la chimie des matières dans plusieurs universités, dont Harvard, Yale, l’Institut de technologie de Californie, avant de rejoindre la faculté des sciences de l’Université de Californie à Los Angeles.

Il étend vite son horizon, en s’intéressant à l’étude de la rapide spectroscopie du laser, sa mobilité et sa conversion en énergie dans les molécules, les solides, les systèmes photosynthétiques et les nanostructures des métaux. Au bout de tant d’efforts, il est aujourd’hui président de la Chaire Julius Brown et professeur de chimie et de biochimie à l’Institut de technologie de Géorgie. Il préside aussi le laboratoire des dynamiques du laser à Georgia Tech. Au département de chimie, il s’entoure d’étudiants brillants, choisissant de travailler avec les génies qu’avec des intelligents moyens. Il favorise un climat d’entente et de convivialité : les étudiants échangent leurs idées et leurs réflexions, chacun est disposé à consacrer son temps pour développer ses recherches et aider ses camarades à avancer dans les leurs. Ainsi, il les attire vers de nouvelles innovations et leur rend accessibles les laboratoires et les bibliothèques. Cette vision d’ouverture contribue à instaurer une politique d’initiative et une grande moralité entre enseignants et chercheurs que forme El-Sayed aux dernières avancées de la nanotechnologie. Il enseigne et publie 29 ouvrages et plus de 500 recherches sur le sujet, ce qui le rend incontournable dans le monde de la science. Il dirige plus de 70 thèses de doctorat et de post-doctorat. Ses expériences sont complétées dans de nombreux pays par des scientifiques qu’il a formés et qui y occupent des postes-clés. Il figure désormais parmi les plus illustres savants de son époque, aux côtés par exemple du Dr Ahmad Zoweil, natif comme lui d’Egypte, prix Nobel de physique, que Sayed lui a enseignée.

La Haute Médaille des sciences des Etats-Unis, attribuée par la Fondation nationale américaine de la science, récompense ses travaux qui ont non seulement contribué à développer la nanotechnologie mais aussi conduit à de nouvelles inventions. Au président Bush, qui lui a remis la médaille, il a déclaré : « J’ai la chance de vivre aux Etats-Unis, où l’environnement scientifique favorise la progression de mes recherches. J’ai longtemps rêvé de parvenir à un remède au cancer qui m’a privé de ma chère épouse. Cet environnement m’a permis d’y accéder ». En quoi a-t-il innové ? Le groupe de Sayed concentre ses recherches sur l’étude des propriétés électroniques optiques, ultrarapides des métaux précieux et ses propriétés catalytiques de leurs nanoparticules réduites à leur toute petite dimension. « L’étude des propriétés optiques des nanoparticules aide les technologistes à utiliser leurs effets électriques rapides et leurs énergies catalytiques pour améliorer les fonctions des matériaux et des produits industriels », explique El-Sayed. Un de ses apports fondamentaux est d’avoir orienté la nanotechnologie vers l’utilisation des nanoparticules en médecine. Il a découvert que les nanoparticules d’or peuvent être utilisées dans le diagnostic et la thérapie des maladies en raison de leur grande capacité d’absorption et de dissolution. Lorsque les nanoparticules d’or (le volume de 50 000 nanoparticules est égal à celui d’un cheveu) sont conjuguées aux anticorps qui ciblent les cellules cancéreuses, celles-ci sont décorées de ces particules et peuvent être détectées car visibles sous un microscope. « Le fait que les nanoparticules d’or absorbent intensément la lumière qui peut être convertie rapidement en chaleur, leur permet la destruction des cellules malignes dès qu’elles sont exposées à une énergie laser suffisamment réduite pour ne pas détruire les cellules saines », affirme El-Sayed.

A partir de ces principes, il conçoit un remède pour le cancer dont la préparation est facile à obtenir. Il consiste à mélanger les nanoparticules d’or à un soluble extrait des sels d’or, puis les conjuguer aux anticorps appropriés au cancer à traiter et les injecter dans la partie atteinte. Exposées à une lumière inférieure aux rayons infrarouges que leur conduisent des tubes optiques, elles absorbent, diluent et détruisent les cellules cancéreuses. Ce remède appliqué à des cellules cancéreuses à l’extérieur du corps a prouvé son efficacité à 100 %. Cependant, avant d’être divulgué et échangé entre hôpitaux et centres de soins, il doit passer par une phase d’expérimentation de 6 à 7 ans avant qu’un comité de scientifiques n’autorise son application aux humains. Durant cette phase, il sera pratiqué sur les animaux en laboratoire, ensuite appliqué aux malades qui y consentent pour statuer sur ses effets non dangereux à la santé. Un hôpital à Houston a déjà obtenu l’autorisation de l’expérimenter.

Ce visionnaire est aussi un homme d’action, qui n’a jamais oublié sa patrie d’origine. Depuis pas mal d’années, il se rend régulièrement au Centre national des recherches en Egypte pour prendre état de son évolution. Il constate le manque d’un laboratoire doté de technologies avancées du laser. « Il n’est pas possible de mener des recherches sur l’agriculture, l’industrie, la médecine et la physique indépendamment des technologies du laser. En Amérique, toutes les universités et les écoles secondaires sont équipées en équipements de laser mis à la disposition des étudiants », affirme-t-il. De 2004 à 2008, il se rend donc en compagnie de 20 de ses plus illustres chercheurs pour organiser des ateliers au Centre national des recherches scientifiques, où ils initient l’équipe du laboratoire à l’excellence scientifique et à l’utilisation du laboratoire du laser dans les différentes disciplines. Ensuite avec l’aide du Dr Hani Al-Nazer, directeur du centre, qui n’a pas lésiné sur les moyens, le Dr El Sayed a inauguré dernièrement un Centre de technologie du laser, équipé d’unités sophistiquées qui seront accessibles aux chercheurs de tous les champs scientifiques et de toutes les universités et instituts égyptiens. « Ce centre est unique au monde, il n’en existe qu’un similaire en Floride. Désormais, j’y viendrai plus souvent développer mes recherches et encadrer les chercheurs égyptiens. J’y enverrai aussi des chercheurs de mon équipe pour les faire profiter de leurs expériences et partager leurs connaissances », proclame Sayed.

Il considère que le citoyen égyptien est la première et principale source de richesse du pays. Si la recherche scientifique y bat un peu de l’aile, c’est parce qu’elle est coûteuse et requiert du matériel et des financements importants. Les pays européens et l’Amérique consacrent 2,50 % de leur PIB pour financer la recherche alors que les pays arabes, dont l’Egypte, n’y allouent que 0,05 %. Cependant, des espoirs jaillissent à l’horizon. « Je suis confiant dans la mobilisation du gouvernement égyptien pour soutenir et améliorer les conditions de la recherche scientifique. J’ai appris avec satisfaction que des hommes d’affaires égyptiens ont manifesté leur disposition à allouer des millions de dollars pour financer les bourses d’étudiants brillants qui viendront apprendre la nanotechnologie dans mon laboratoire de Georgia Tech. », déclare El Sayed. Il évoque que l’Egypte ancienne avait réalisé des progrès sans semblable dans les domaines de la géométrie, l’architecture, la médecine, l’agriculture et bien d’autres, au moment où de nombreux pays étaient encore au stade du balbutiement. « L’Egypte compte de nombreux génies et est lancée sur une bonne voie qui la propulsera vers un avenir prodigieux. Les plus brillants chercheurs de mon équipe, y compris mon fils Ivan El Sayed, professeur en chirurgie des tumeurs à l’Université de Californie, sont des Egyptiens. Si je n’avais pas appris les fondements de la physique et de la chimie à l’Université de Aïn-Chams, je n’aurais pas pu occuper une place aussi éminente dans le monde de la science », atteste humblement El Sayed.

Couvert d’honneurs et de récompenses, on parle de lui comme d’un prochain lauréat du prix Nobel des sciences. Cependant, il rejette les tentations des prix. « J’espère vivre assez longtemps pour faire progresser ma recherche. Je pense que ceux qui travaillent à détecter le gène responsable du cancer et à empêcher son développement méritent plus que d’autres les hautes distinctions », estime-t-il. Il se souvient des propos de son prédécesseur G.N. Lewis, exprimant sur un ton cocasse sa passion de l’expérimentation : « Si je meurs et descends en enfer, dès que j’humerai la fumée émanant d’une éprouvette, je demanderai un tube pour pratiquer aussitôt une expérimentation ». El Sayed, quant à lui, est un fervent croyant en Dieu, et dans les pouvoirs et l’intelligence dont il a investi l’homme. « Dans le Coran, Dieu nous enseigne d’observer et de méditer sur sa création pour en tirer un savoir. L’infime cellule vivante comprend l’image de la personne et le schéma des fonctions de ses divers organes. Or, nous sommes incapables d’en fabriquer l’équivalent. Les progrès dans la nanoscience nous permettront un jour de charger les informations et les connaissances du monde sur une puce de la taille d’une tête d’épingle », affirme-t-il.

Du haut de ses 75 ans, le pas alerte, souriant, il a reçu avec gratitude l’hommage que lui a rendu récemment le Centre national des recherches scientifiques qu’il considère comme « sa maison » en Egypte. Il est cependant resté attentif aux questions qui fusaient de gens venus le rencontrer pour savoir si son remède guérit du cancer. « Je comprends les plaintes de ces âmes tourmentées, prêtes à tout sacrifier pour sauver du cancer des êtres chers. Je souhaite que le remède que j’ai découvert puisse bientôt soulager de leurs souffrances tous les patients du monde », dit-il avec beaucoup de compassion. Ce modèle de savant dévoué entièrement à sa recherche pour améliorer la vie des humains, désigné comme leader universel de la nanoscience, demeure en son for intérieur profondément égyptien. Il écrit ses chiffres et ses équations en arabe, s’exprime avec ses yeux qui pétillent d’émotion et ses mains qui gesticulent. Aux rares moments où il s’offre un peu de distraction, il se branche sur les satellites égyptiens à partir de l’Amérique pour voir les films de Naguib Al-Rihani et Ismaïl Yassine et retrouver son enfance. « Ainsi, je me réapproprie mon passé, au plus juste de mes émotions, pour comprendre et évoluer », avoue-t-il.

Amina Hassan

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Jalons

1933 : Naissance à Zifta.

1953 : Diplôme de la faculté des sciences de Aïn-Chams.

1961 : Docteur en physique chimique de l’Université de Floride.

1984-2004 : Rédacteur en chef du Journal de la physique chimique.

2001 : Plusieurs prix nationaux en physique chimique des Universités de Floride, Tennessee, Californie, etc.

2007 : Haute Médaille des sciences des Etats-Unis.

 




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