Le Dr Mostafa El Sayed,
savant de la nanoscience, de renommée mondiale, s’acharne
depuis des décennies pour vaincre le cancer.
Le visionnaire
L’egypte, célébrant magistralement la consécration du Dr
Mostafa El Sayed, lauréat de la Haute Médaille des sciences
des Etats-Unis en 2007, reconnaît l’universalité des
contributions d’un de ses plus grands savants en
nanotechnologie, couronné par sa découverte de la médecine
des nanoparticules d’or utilisées pour guérir le cancer.
Enfant de la province de Zifta, il est né de parents qui
privilégient la lecture et le sérieux des études. Reçu
premier à la fin de ses études à la faculté des sciences de
l’Université de Aïn-Chams, il obtient une bourse d’études
aux Etats-Unis. A l’âge de 28 ans, il est docteur en
physique chimique de l’Université de Floride, sous la
direction de Michael Kesler, un ancien élève de G.N. Lewis,
savant légendaire, connu pour ses recherches importantes en
thermodynamique. Il renonce au retour en Egypte avant de
développer ses connaissances, et devient chercheur dans les
différents domaines de la physique et de la chimie des
matières dans plusieurs universités, dont Harvard, Yale,
l’Institut de technologie de Californie, avant de rejoindre
la faculté des sciences de l’Université de Californie à Los
Angeles.
Il étend vite son horizon, en s’intéressant à l’étude de la
rapide spectroscopie du laser, sa mobilité et sa conversion
en énergie dans les molécules, les solides, les systèmes
photosynthétiques et les nanostructures des métaux. Au bout
de tant d’efforts, il est aujourd’hui président de la Chaire
Julius Brown et professeur de chimie et de biochimie à
l’Institut de technologie de Géorgie. Il préside aussi le
laboratoire des dynamiques du laser à Georgia Tech. Au
département de chimie, il s’entoure d’étudiants brillants,
choisissant de travailler avec les génies qu’avec des
intelligents moyens. Il favorise un climat d’entente et de
convivialité : les étudiants échangent leurs idées et leurs
réflexions, chacun est disposé à consacrer son temps pour
développer ses recherches et aider ses camarades à avancer
dans les leurs. Ainsi, il les attire vers de nouvelles
innovations et leur rend accessibles les laboratoires et les
bibliothèques. Cette vision d’ouverture contribue à
instaurer une politique d’initiative et une grande moralité
entre enseignants et chercheurs que forme El-Sayed aux
dernières avancées de la nanotechnologie. Il enseigne et
publie 29 ouvrages et plus de 500 recherches sur le sujet,
ce qui le rend incontournable dans le monde de la science.
Il dirige plus de 70 thèses de doctorat et de post-doctorat.
Ses expériences sont complétées dans de nombreux pays par
des scientifiques qu’il a formés et qui y occupent des
postes-clés. Il figure désormais parmi les plus illustres
savants de son époque, aux côtés par exemple du Dr Ahmad
Zoweil, natif comme lui d’Egypte, prix Nobel de physique,
que Sayed lui a enseignée.
La Haute Médaille des sciences des Etats-Unis, attribuée par
la Fondation nationale américaine de la science, récompense
ses travaux qui ont non seulement contribué à développer la
nanotechnologie mais aussi conduit à de nouvelles
inventions. Au président Bush, qui lui a remis la médaille,
il a déclaré : « J’ai la chance de vivre aux Etats-Unis, où
l’environnement scientifique favorise la progression de mes
recherches. J’ai longtemps rêvé de parvenir à un remède au
cancer qui m’a privé de ma chère épouse. Cet environnement
m’a permis d’y accéder ». En quoi a-t-il innové ? Le groupe
de Sayed concentre ses recherches sur l’étude des propriétés
électroniques optiques, ultrarapides des métaux précieux et
ses propriétés catalytiques de leurs nanoparticules réduites
à leur toute petite dimension. « L’étude des propriétés
optiques des nanoparticules aide les technologistes à
utiliser leurs effets électriques rapides et leurs énergies
catalytiques pour améliorer les fonctions des matériaux et
des produits industriels », explique El-Sayed. Un de ses
apports fondamentaux est d’avoir orienté la nanotechnologie
vers l’utilisation des nanoparticules en médecine. Il a
découvert que les nanoparticules d’or peuvent être utilisées
dans le diagnostic et la thérapie des maladies en raison de
leur grande capacité d’absorption et de dissolution. Lorsque
les nanoparticules d’or (le volume de 50 000 nanoparticules
est égal à celui d’un cheveu) sont conjuguées aux anticorps
qui ciblent les cellules cancéreuses, celles-ci sont
décorées de ces particules et peuvent être détectées car
visibles sous un microscope. « Le fait que les
nanoparticules d’or absorbent intensément la lumière qui
peut être convertie rapidement en chaleur, leur permet la
destruction des cellules malignes dès qu’elles sont exposées
à une énergie laser suffisamment réduite pour ne pas
détruire les cellules saines », affirme El-Sayed.
A partir de ces principes, il conçoit un remède pour le
cancer dont la préparation est facile à obtenir. Il consiste
à mélanger les nanoparticules d’or à un soluble extrait des
sels d’or, puis les conjuguer aux anticorps appropriés au
cancer à traiter et les injecter dans la partie atteinte.
Exposées à une lumière inférieure aux rayons infrarouges que
leur conduisent des tubes optiques, elles absorbent, diluent
et détruisent les cellules cancéreuses. Ce remède appliqué à
des cellules cancéreuses à l’extérieur du corps a prouvé son
efficacité à 100 %. Cependant, avant d’être divulgué et
échangé entre hôpitaux et centres de soins, il doit passer
par une phase d’expérimentation de 6 à 7 ans avant qu’un
comité de scientifiques n’autorise son application aux
humains. Durant cette phase, il sera pratiqué sur les
animaux en laboratoire, ensuite appliqué aux malades qui y
consentent pour statuer sur ses effets non dangereux à la
santé. Un hôpital à Houston a déjà obtenu l’autorisation de
l’expérimenter.
Ce visionnaire est aussi un homme d’action, qui n’a jamais
oublié sa patrie d’origine. Depuis pas mal d’années, il se
rend régulièrement au Centre national des recherches en
Egypte pour prendre état de son évolution. Il constate le
manque d’un laboratoire doté de technologies avancées du
laser. « Il n’est pas possible de mener des recherches sur
l’agriculture, l’industrie, la médecine et la physique
indépendamment des technologies du laser. En Amérique,
toutes les universités et les écoles secondaires sont
équipées en équipements de laser mis à la disposition des
étudiants », affirme-t-il. De 2004 à 2008, il se rend donc
en compagnie de 20 de ses plus illustres chercheurs pour
organiser des ateliers au Centre national des recherches
scientifiques, où ils initient l’équipe du laboratoire à
l’excellence scientifique et à l’utilisation du laboratoire
du laser dans les différentes disciplines. Ensuite avec
l’aide du Dr Hani Al-Nazer, directeur du centre, qui n’a pas
lésiné sur les moyens, le Dr El Sayed a inauguré
dernièrement un Centre de technologie du laser, équipé
d’unités sophistiquées qui seront accessibles aux chercheurs
de tous les champs scientifiques et de toutes les
universités et instituts égyptiens. « Ce centre est unique
au monde, il n’en existe qu’un similaire en Floride.
Désormais, j’y viendrai plus souvent développer mes
recherches et encadrer les chercheurs égyptiens. J’y
enverrai aussi des chercheurs de mon équipe pour les faire
profiter de leurs expériences et partager leurs
connaissances », proclame Sayed.
Il considère que le citoyen égyptien est la première et
principale source de richesse du pays. Si la recherche
scientifique y bat un peu de l’aile, c’est parce qu’elle est
coûteuse et requiert du matériel et des financements
importants. Les pays européens et l’Amérique consacrent 2,50
% de leur PIB pour financer la recherche alors que les pays
arabes, dont l’Egypte, n’y allouent que 0,05 %. Cependant,
des espoirs jaillissent à l’horizon. « Je suis confiant dans
la mobilisation du gouvernement égyptien pour soutenir et
améliorer les conditions de la recherche scientifique. J’ai
appris avec satisfaction que des hommes d’affaires égyptiens
ont manifesté leur disposition à allouer des millions de
dollars pour financer les bourses d’étudiants brillants qui
viendront apprendre la nanotechnologie dans mon laboratoire
de Georgia Tech. », déclare El Sayed. Il évoque que l’Egypte
ancienne avait réalisé des progrès sans semblable dans les
domaines de la géométrie, l’architecture, la médecine,
l’agriculture et bien d’autres, au moment où de nombreux
pays étaient encore au stade du balbutiement. « L’Egypte
compte de nombreux génies et est lancée sur une bonne voie
qui la propulsera vers un avenir prodigieux. Les plus
brillants chercheurs de mon équipe, y compris mon fils Ivan
El Sayed, professeur en chirurgie des tumeurs à l’Université
de Californie, sont des Egyptiens. Si je n’avais pas appris
les fondements de la physique et de la chimie à l’Université
de Aïn-Chams, je n’aurais pas pu occuper une place aussi
éminente dans le monde de la science », atteste humblement
El Sayed.
Couvert d’honneurs et de récompenses, on parle de lui comme
d’un prochain lauréat du prix Nobel des sciences. Cependant,
il rejette les tentations des prix. « J’espère vivre assez
longtemps pour faire progresser ma recherche. Je pense que
ceux qui travaillent à détecter le gène responsable du
cancer et à empêcher son développement méritent plus que
d’autres les hautes distinctions », estime-t-il. Il se
souvient des propos de son prédécesseur G.N. Lewis,
exprimant sur un ton cocasse sa passion de l’expérimentation
: « Si je meurs et descends en enfer, dès que j’humerai la
fumée émanant d’une éprouvette, je demanderai un tube pour
pratiquer aussitôt une expérimentation ». El Sayed, quant à
lui, est un fervent croyant en Dieu, et dans les pouvoirs et
l’intelligence dont il a investi l’homme. « Dans le Coran,
Dieu nous enseigne d’observer et de méditer sur sa création
pour en tirer un savoir. L’infime cellule vivante comprend
l’image de la personne et le schéma des fonctions de ses
divers organes. Or, nous sommes incapables d’en fabriquer
l’équivalent. Les progrès dans la nanoscience nous
permettront un jour de charger les informations et les
connaissances du monde sur une puce de la taille d’une tête
d’épingle », affirme-t-il.
Du haut de ses 75 ans, le pas alerte, souriant, il a reçu
avec gratitude l’hommage que lui a rendu récemment le Centre
national des recherches scientifiques qu’il considère comme
« sa maison » en Egypte. Il est cependant resté attentif aux
questions qui fusaient de gens venus le rencontrer pour
savoir si son remède guérit du cancer. « Je comprends les
plaintes de ces âmes tourmentées, prêtes à tout sacrifier
pour sauver du cancer des êtres chers. Je souhaite que le
remède que j’ai découvert puisse bientôt soulager de leurs
souffrances tous les patients du monde », dit-il avec
beaucoup de compassion. Ce modèle de savant dévoué
entièrement à sa recherche pour améliorer la vie des
humains, désigné comme leader universel de la nanoscience,
demeure en son for intérieur profondément égyptien. Il écrit
ses chiffres et ses équations en arabe, s’exprime avec ses
yeux qui pétillent d’émotion et ses mains qui gesticulent.
Aux rares moments où il s’offre un peu de distraction, il se
branche sur les satellites égyptiens à partir de l’Amérique
pour voir les films de Naguib Al-Rihani et Ismaïl Yassine et
retrouver son enfance. « Ainsi, je me réapproprie mon passé,
au plus juste de mes émotions, pour comprendre et évoluer »,
avoue-t-il.
Amina
Hassan