Squash.
Rami Achour,
actuel n°4 mondial, évoque ses ambitions dans la période à
venir, après avoir remporté le titre de champion
du monde seniors.
« Etre champion du monde, c’est une vie complètement
différente »
Al-Ahram
Hebdo : Etre champion du monde, est-ce que vous vous
attendiez à un tel exploit ?
Rami Achour :
Franchement, non. Mais avant de partir en Angleterre pour
disputer cette édition et avec une simple lecture du tirage
au sort, j’avais su que je pourrais remporter les
différentes étapes de la compétition et atteindre la finale
pour devenir champion du monde.
— Quelle lecture faites-vous de ce résultat ?
— Etre champion du monde seniors
était un rêve. Mais après avoir remporté le titre, cela va
sans doute influencer non seulement ma personnalité mais
aussi mon jeu. C’est un coup de pouce pour plus de progrès.
C’est un titre qui vient une seule fois dans la vie et c’est
rare de le réitérer. En fait, je suis fier d’être sur le
même pied d’égalité avec la légende pakistanaise Jansher
Khan. Nous sommes les seuls à détenir les titres juniors et
seniors. En Egypte, on me compare au champion égyptien
Chabana qui était le premier et le seul à avoir atteint cet
exploit. Cela va augmenter la concurrence entre nous.
— Comment avez-vous pu passer le long parcours des
Championnats du monde et remporter le titre juste après une
longue période de repos de 3 mois sans entraînement et sans
participation aux différents tournois ?
— J’avais une blessure au pied, précédée d’autres qui ont
entravé mon jeu et ma démarche. J’en ai beaucoup souffert.
Sincèrement, c’était dû à mes mauvaises habitudes en squash.
Jusqu’à récemment, il y a 5 mois, je jouais sans plan ou
tactique. Je n’ai jamais pensé à mes calories ni à ma
condition physique et je jouais au squash d’une façon
aléatoire. Plus concrètement, je n’avais pas de plan. J’ai
remarqué que les joueurs étrangers adoptent un plan pour
leur carrière.
— Comment avez-vous changé votre attitude ?
— J’ai consacré beaucoup de temps à ma condition physique.
Avant cela, j’étais toujours pressé. Mon nouveau préparateur
physique, Mohamad Al-Sayed, a travaillé avec moi ce défaut.
J’ai changé complètement mon mode de vie. J’ai baissé le
taux d’entraînement pour ne pas trop fatiguer mon corps
comme je le faisais avant. Je fais actuellement des
musculations et de la course. Je cours même dans les
montagnes. Pour être au top du squash, il faut mener une vie
complètement différente.
— Jouer en top 20 est évidemment différent du jeu en top 10
et en top 5 ... Avez-vous recours de temps à autre au
changement de votre technique et système de jeu pour pouvoir
battre les adversaires du top 5 ?
— Je n’ai jamais changé ma technique de jeu. C’est un fait
très dangereux et plein de risques. J’ai beaucoup de
confiance en ma technique de jeu qui a fait de moi un joueur
du top 5 et un champion du monde. Je crois que ma mentalité
est parfaite. Mais cela ne veut pas dire que je ne modifie
pas de temps à autre mon jeu, tout dépend de mon adversaire.
Parfois, je change mon plan ou je hausse le taux de
concentration. Mais il faut être toujours soi-même.
— Vous avez remporté le titre de champion du monde, quelles
sont vos ambitions pour être au top du classement mondial ?
— Actuellement, je suis n°4 mondial et avant ma blessure,
mon classement était 2e mondial. Bien sûr, n’importe quel
joueur espère être à la tête du classement PSA (Association
des joueurs professionnels de squash). Quand je vais être
n°1, j’espère bien ne jamais baisser de classement et
pouvoir rester en top pour un certain temps. Raison pour
laquelle je vais travailler énormément pour faire cet
exploit. Lentement mais sûrement.
— Quels sont les joueurs que vous appréciez le plus ?
— J’aime bien le jeu du Français Thierry Lincou. C’est un
joueur que je respecte beaucoup en plein court. Il est à 100
% professionnel. En outre, la star qui m’attire vraiment
c’est le Pakistanais Farhan Mahboub. Il est le dernier
important joueur de la légende pakistanaise de squash.
— C’est connu qu’en Egypte, les joueurs dépendent
matériellement d’eux-mêmes jusqu’au moment où ils commencent
à remporter des tournois et des prix comme c’est le cas pour
vous. Est-ce que vous vivez comme un vrai professionnel qui
ne fait pas que du squash, négligeant ainsi vos études et
votre carrière ?
— Je suis devenu maintenant un vrai professionnel. J’ai
arrêté mes études pour peu de temps. Mon université me
soutient moralement beaucoup. Je consacre tout mon temps au
squash. Et je gagne beaucoup d’argent. Mais j’ai toujours
peur de cette attitude. Je joue le squash, car c’est un
grand plaisir pour moi. Mais je crains que ce plaisir
devienne ma seule source de gagne-pain et à ce moment-là, je
peux le détester. De toute façon, je suis prêt à tout. Par
exemple, je viens d’acheter une nouvelle voiture à un prix
exagéré. Je me suis dit, si je deviens un champion du monde,
je vais acheter une autre. Et au cas où je serais éliminé,
je vais la vendre. Je suis une personne très flexible. Mais
un fait est sûr : gagner est une grande joie et perdre est
une grande déception. Pour moi, la vie c’est des choix et
j’ai choisi le squash.
Propos recueillis par Chourouq Chimy