Al-Ahram Hebdo, Sports | Rami Achour, « Etre champion du monde, c’est une vie complètement différente »
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Sports

Squash. Rami Achour, actuel n°4 mondial, évoque ses ambitions dans la période à venir, après avoir remporté le titre de champion du monde seniors

« Etre champion du monde, c’est une vie complètement différente » 

Al-Ahram Hebdo : Etre champion du monde, est-ce que vous vous attendiez à un tel exploit ?

Rami Achour : Franchement, non. Mais avant de partir en Angleterre pour disputer cette édition et avec une simple lecture du tirage au sort, j’avais su que je pourrais remporter les différentes étapes de la compétition et atteindre la finale pour devenir champion du monde.

— Quelle lecture faites-vous de ce résultat ?

— Etre champion du monde seniors était un rêve. Mais après avoir remporté le titre, cela va sans doute influencer non seulement ma personnalité mais aussi mon jeu. C’est un coup de pouce pour plus de progrès. C’est un titre qui vient une seule fois dans la vie et c’est rare de le réitérer. En fait, je suis fier d’être sur le même pied d’égalité avec la légende pakistanaise Jansher Khan. Nous sommes les seuls à détenir les titres juniors et seniors. En Egypte, on me compare au champion égyptien Chabana qui était le premier et le seul à avoir atteint cet exploit. Cela va augmenter la concurrence entre nous.

— Comment avez-vous pu passer le long parcours des Championnats du monde et remporter le titre juste après une longue période de repos de 3 mois sans entraînement et sans participation aux différents tournois ?

— J’avais une blessure au pied, précédée d’autres qui ont entravé mon jeu et ma démarche. J’en ai beaucoup souffert. Sincèrement, c’était dû à mes mauvaises habitudes en squash. Jusqu’à récemment, il y a 5 mois, je jouais sans plan ou tactique. Je n’ai jamais pensé à mes calories ni à ma condition physique et je jouais au squash d’une façon aléatoire. Plus concrètement, je n’avais pas de plan. J’ai remarqué que les joueurs étrangers adoptent un plan pour leur carrière.

— Comment avez-vous changé votre attitude ?

— J’ai consacré beaucoup de temps à ma condition physique. Avant cela, j’étais toujours pressé. Mon nouveau préparateur physique, Mohamad Al-Sayed, a travaillé avec moi ce défaut. J’ai changé complètement mon mode de vie. J’ai baissé le taux d’entraînement pour ne pas trop fatiguer mon corps comme je le faisais avant. Je fais actuellement des musculations et de la course. Je cours même dans les montagnes. Pour être au top du squash, il faut mener une vie complètement différente.

— Jouer en top 20 est évidemment différent du jeu en top 10 et en top 5 ... Avez-vous recours de temps à autre au changement de votre technique et système de jeu pour pouvoir battre les adversaires du top 5 ?

— Je n’ai jamais changé ma technique de jeu. C’est un fait très dangereux et plein de risques. J’ai beaucoup de confiance en ma technique de jeu qui a fait de moi un joueur du top 5 et un champion du monde. Je crois que ma mentalité est parfaite. Mais cela ne veut pas dire que je ne modifie pas de temps à autre mon jeu, tout dépend de mon adversaire. Parfois, je change mon plan ou je hausse le taux de concentration. Mais il faut être toujours soi-même.

— Vous avez remporté le titre de champion du monde, quelles sont vos ambitions pour être au top du classement mondial ?

— Actuellement, je suis n°4 mondial et avant ma blessure, mon classement était 2e mondial. Bien sûr, n’importe quel joueur espère être à la tête du classement PSA (Association des joueurs professionnels de squash). Quand je vais être n°1, j’espère bien ne jamais baisser de classement et pouvoir rester en top pour un certain temps. Raison pour laquelle je vais travailler énormément pour faire cet exploit. Lentement mais sûrement.

— Quels sont les joueurs que vous appréciez le plus ?

— J’aime bien le jeu du Français Thierry Lincou. C’est un joueur que je respecte beaucoup en plein court. Il est à 100 % professionnel. En outre, la star qui m’attire vraiment c’est le Pakistanais Farhan Mahboub. Il est le dernier important joueur de la légende pakistanaise de squash.

— C’est connu qu’en Egypte, les joueurs dépendent matériellement d’eux-mêmes jusqu’au moment où ils commencent à remporter des tournois et des prix comme c’est le cas pour vous. Est-ce que vous vivez comme un vrai professionnel qui ne fait pas que du squash, négligeant ainsi vos études et votre carrière ?

— Je suis devenu maintenant un vrai professionnel. J’ai arrêté mes études pour peu de temps. Mon université me soutient moralement beaucoup. Je consacre tout mon temps au squash. Et je gagne beaucoup d’argent. Mais j’ai toujours peur de cette attitude. Je joue le squash, car c’est un grand plaisir pour moi. Mais je crains que ce plaisir devienne ma seule source de gagne-pain et à ce moment-là, je peux le détester. De toute façon, je suis prêt à tout. Par exemple, je viens d’acheter une nouvelle voiture à un prix exagéré. Je me suis dit, si je deviens un champion du monde, je vais acheter une autre. Et au cas où je serais éliminé, je vais la vendre. Je suis une personne très flexible. Mais un fait est sûr : gagner est une grande joie et perdre est une grande déception. Pour moi, la vie c’est des choix et j’ai choisi le squash.

Propos recueillis par Chourouq Chimy

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