jeux
électroniques .
Ils envoûtent de plus en plus de jeunes et d’adultes, une
passion qui mène parfois au drame. Raison pour laquelle des
fans ont décidé de fonder la première union pour jeux
électroniques.
Le virtuel s’invite dans la réalité
«
0n a dû réunir tous les amateurs des jeux électroniques sous
un seul pôle, pour constituer une force à l’étranger et
mettre aussi des règles à ce genre de sport qui intrigue »,
développe un responsable à l’Union égyptienne des jeux
électroniques (EFEG), fondée en 2007. Une institution qui
dépend du Conseil national de la jeunesse et du sport et la
première union arabe qui s’intéresse à ce genre de jeu. Mais
fallait-il une telle union pour simplement jouer à la vidéo
? Tous les amateurs du jeu, très convaincus, sont unanimes.
Ce divertissement, destiné au départ aux enfants, a fini par
attirer aussi bien les petits que les adolescents et même
les adultes. C’est une nouvelle tendance, puisque le nombre
de fans va croissant et les nouveautés ne cessent de faire
leur apparition : Game Boy
Advance,
Play Station, Nintendo, Game
Cube ou ordinateur sont les vedettes en puissance qui
permettent aux joueurs de plonger peu à peu dans ces jeux.
La nature de l’appareil est secondaire, mais le jeu exige
une certaine manière et parfois c’est le joueur qui choisit
entre le Joy Stick, les boutons
ou le clavier.
Très jeune, l’on commence à découvrir cet univers magique
dans lequel on s’engouffre sans pouvoir s’en sortir. « J’ai
apprécié ces jeux grâce à la Play
Station que mes parents m’ont offerte à mon 9e anniversaire,
puis ils m’ont acheté un Game
Boy et enfin un ordinateur pour essayer tous les jeux et
suivre toutes les nouveautés sur Internet », dit Karl, 15
ans, qui est un mordu de l’ordinateur, à la maison, au
cybercafé ou en compagnie de l’un de ses amis. Ensemble ou
chacun à part, Karl et ses copains consacrent au moins deux
heures par jour à ces jeux. Même si l’on ne possède pas un
ordinateur, les jeunes se ruent sur les cybercafés qui sont
bondés et peuvent s’adonner à leur violon d’Ingres. Les
ordinateurs sont collés les uns aux autres. Une lumière
bleue éclaire le lieu, les yeux rivés sur les écrans, les
doigts bougent avec nervosité de droite à gauche et du haut
vers le bas. Dans le silence qui règne, on peut entendre le
bruit du « clavardage » ou de temps en temps, un cri de
victoire ou de défaite. Le propriétaire du cyber se tient à
son bureau, organisant le travail et surveillant les
joueurs, mieux qu’un professeur ne le fait en classe. «
L’heure est à deux livres, mais je n’interdis pas à celui
qui n’a pas d’argent de jouer une ou deux fois, car ils sont
tous de fidèles clients », dit Tareq Gamil, propriétaire
d’un cybercafé à Héliopolis. C’est le même système adopté
par les marchands de drogue ou d’autres stupéfiants, on
dépanne le client pour ne pas le perdre. Tareq travaillait
comme comptable dans une compagnie d’ingénierie, mais après
avoir remarqué que les cybercafés, dans lesquels lui-même
passait toutes ses après-midi abondaient de jeunes, il a
décidé de se lancer dans ce business fructueux.
Défi et accoutumance
Si les jeux de foot et les courses de voitures intéressent
les débutants, les adolescents sont passionnés par les jeux
dits « stratégiques ». C’est un défi perpétuel, car
lorsqu’on commence un jeu de guerre par exemple et que l’on
doit défendre quelqu’un contre un autre, il faut choisir les
armes qui conviennent et le bon moment pour attaquer, gagner
des points, vaincre et ainsi de suite d’un niveau à l’autre.
En général, ces niveaux sont nombreux et les compagnies qui
en produisent ne laissent pas les joueurs s’en lasser, car
avant qu’un jeu ne devienne monotone, elles en créent un
autre plus captivant. Ces passionnés sont insatiables tant
ils sont obsédés par ce genre de jeux qui exige de la
concentration. Ils n’attachent aucune importance aux études
qui prouvent que ces jeux sont d’une extrême violence. Ils
font aussi perdre toute envie aux enfants de lire ou
pratiquer un sport. Pourtant, les parents ne voient en ces
jeux vidéo qu’un moyen de divertissement qui ne demande pas
de la surveillance. « Je préfère que mon fils passe son
temps devant ces jeux au lieu d’être dehors avec ses amis,
fumant ou draguant les filles. De plus, cette passion pour
les jeux électroniques l’a aidé à fouiner dans l’ordinateur
pour améliorer son niveau », dit Nermine, professeur et
maman de Mohamad, 18 ans. Ce dernier, comme le confie sa
maman, bouge à la maison presque comme un automate et ne
participe à aucune discussion sauf si elle tourne autour de
ces jeux. Devant son ordinateur, Hani, 32 ans et ingénieur
en électricité, oublie même de manger et ne quitte sa place
que lorsque sa femme et son bébé réussissent à le tirer de
son ordinateur. En fait, l’affaire a fait du bruit, puisque
l’on voit de plus en plus des noms de joueurs sur les
registres de la police. C’est surtout depuis l’apparition du
jeu « Silk Road », le jeu électronique le plus populaire en
Egypte basé sur le nombre de soldats que l’on achète avec du
Gold pour composer une armée plus forte qui va mener à la
victoire. D’un niveau à l’autre, l’on peut passer plus de
trois ans avant de terminer toutes les étapes du jeu, sur
lequel on parie dans les maisons ou les cafés pour acheter
plus de soldats. Parfois, l’on oublie que c’est un jeu
virtuel, surtout avec les techniques modernes du graphisme
qui ont énormément évolué. Des
disputes et une concurrence acharnée se produisent et
peuvent mener au commissariat. Le Silk Road a obsédé tout le
monde à tel point que Amr, directeur du département de
l’ordinateur dans une compagnie pétrolière, a décidé de
couper le réseau après avoir découvert que la plupart du
personnel passait son temps à le jouer. « Je ne pensais pas
que tous les employés délaissaient leur travail pour
s’adonner à ce jeu en groupe », dit-il. Et en réponse à sa
réaction, les employés ont manifesté devant son bureau,
refusant sa décision. Des scènes similaires se passent dans
d’autres pays qui élaborent des lois comme la Grèce et le
Koweït. En Egypte, on a fondé l’union qui, d’après les
responsables, va changer l’avenir du jeu. « On a déjà
organisé un concours l’année dernière entre les joueurs des
différents gouvernorats. L’Egypte a participé à plusieurs
concours ailleurs, et on va organiser un autre le mois
prochain », affirme l’un des responsables de l’union. En
fait, si l’Egypte n’a pas réalisé un score dans les Jeux
olympiques, le jour viendra peut-être où elle fera un
exploit dans ces jeux électroniques l
Hanaa
Al-Mekkawi