Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy ; Le choix de Mahfouz pour le Nobel était incontournable
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Opinion

Le choix de Mahfouz pour le Nobel était incontournable

Mohamed Salmawy 

Il y a 20 ans, le monde arabe était envahi par un sentiment de grande joie, suite à la remise du prix Nobel à notre grand écrivain Naguib Mahfouz. C’était un événement d’envergure pour nous Arabes, d’autant que c’était la première attribution arabe dans l’histoire du prix qui célébrait à cette époque ses 90 ans.  

Le monde arabe était pris par un sentiment de joie extrême et ressentait une fierté nationale sans pareille, non seulement à cause de l’attribution du prix, mais également parce que cet événement a permis de surmonter un obstacle, auparavant infranchissable pour les écrivains arabes.

Un soupçon d’égoïsme pèse sur certains écrivains qui se sont servis de cette idée. C’est comme s’ils étaient heureux parce qu’enfin ils auraient la possibilité d’obtenir le grand prix. Je me rappelle que la BBC m’avait interrogé à ce sujet. J’avais répondu en leur affirmant que la joie s’explique par plusieurs raisons. Quant au fait qu’une telle distinction allait paver la voie à d’autres écrivains, je pense que c’est le contraire. Mahfouz a coupé la route aux écrivains arabes.

Le correspondant de la radio semblait étonné, mais je lui affirmais que le comité du Nobel ressentait depuis quelques années que le fait de ne pas attribuer le prix à un écrivain arabe discréditait d’une certaine manière cette récompense en tant que telle. D’autant que la littérature arabe a une longue histoire et de la valeur. Pourtant, le prix n’a jamais été décerné à l’un de ses représentants.

Je me souviens que Stury Allen, le secrétaire permanent du comité du prix Nobel, que j’accompagnais au bureau de notre écrivain Egyptien au quotidien Al-Ahram pour l’informer officiellement du Prix et pour l’inviter à la cérémonie de remise des prix organisée à Stockholm par le roi de Suède, lui avait certifié qu’il le remerciait d’avoir accepté le Prix, car son approbation confirmait la crédibilité du Nobel.

L’attribution du prix donné depuis lors à un écrivain arabe aura pour seul et unique critère la valeur littéraire. Et c’est à ce niveau qu’il est en compétition avec les écrivains du monde entier, de la Chine et du Japon, en passant par les Etats-Unis, le Canada et les pays scandinaves, pour terminer avec l’Afrique du Sud.

Sans doute la valeur littéraire hors pair de Naguib Mahfouz était la raison pour laquelle le Nobel lui a été attribué. D’ailleurs, à cette époque l’attribution du prix à n’importe quel autre écrivain arabe aurait réalisé cette crédibilité que le comité du Nobel recherchait cette année avec persistance. Mais le choix de Mahfouz parmi les écrivains était sans doute de grande importance.

N’oublions pas qu’il y a une série d’autres problèmes qui entravent la voie d’un écrivain arabe vers le Nobel avec, en priorité, celui de la traduction. Le nombre de livres arabes qui ont été traduits vers les langues étrangères est nettement inférieur à celui des autres littératures. En conséquence, la comparaison établie entre les cercles d’influence de l’écrivain arabe et de son lectorat et celui de n’importe quel autre écrivain, dans les autres littératures traduites dans les différentes langues, bascule du côté de l’écrivain étranger et non pas de l’écrivain arabe. En général, l’impact de l’écrivain arabe qui est non traduit reste cantonné au cercle des seuls lecteurs arabes, ou bien des rares langues vers lesquelles ses écrits ont été traduits.

Ce qui a été bénéfique dans le cas de Mahfouz, et sa désignation au Nobel est le fait que certains de ses écrits, comme la trilogie et les fils de la Médine, ont été traduits vers plusieurs langues européennes. Cependant, ces traductions étaient à ce moment moins nombreuses que celles de Tewfiq Al-Hakim ou de Taha Hussein. Toutefois, la différence réside dans le fait que du vivant de Tewfiq Al-Hakim et de Taha Hussein, le prix n’était pas tourné vers la littérature arabe.

Mais à côté d’Al-Hakim et de Taha Hussein, il y a une panoplie d’autres noms qui méritent le prix. Je me souviens encore du premier commentaire de Naguib Mahfouz après l’obtention du prix : « Mes maîtres méritaient le prix plus que moi ». Et lorsque je lui demandais à quoi il se référait avec ces mots là, il rétorquait : « Tewfiq Al-Hakim, Taha Hussein, Abbass Mahmoud Al-Aqqad et Abdel-Qader Al-Mazni ». Je lui rappelais alors que parmi ceux-là, il y avait un écrivain qui avait été très enthousiaste pour qu’il reçoive le prix. Je pensais à Abbass Al-Aqqad et à sa célèbre déclaration à l’occasion de l’attribution du Nobel au grand romancier américain des années 60, John Steinbeck : « Il y a parmi nous des romanciers dignes d’obtenir le Nobel », et lorsqu’on lui demanda de qui il parlait, il répondit aussitôt : « Bien sûr, Naguib Mahfouz ! ».

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