Al-Ahram Hebdo, Evénement | Réalisme contre bellicisme
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Evénement

Elections Américaines. L’Iran occupe une place importante dans la campagne tant d’Obama que celle de McCain. Le candidat démocrate est pour un dialogue tandis que le Républicain lance des menaces contre Téhéran.  

Réalisme contre bellicisme

L’Iran est un grand point de divergence entre les deux candidats. Utiliser le bâton ou la carotte envers Téhéran a été le thème essentiel de leur campagne électorale. Le candidat démocrate Barack Obama se dit prêt à « parler sans préalable avec les ennemis des Etats-Unis ». C’est bien clair, l’Iran est le grand ennemi de Washington, le dernier de l’axe du mal. Le candidat démocrate souligne à cet égard que « la manière forte n’a jamais fonctionné, et c’est par la voie d’une diplomatie rigoureuse que le contentieux avec l’Iran serait réglé », dit-il. L’argument principal qu’avance Obama pour affirmer sa vision est qu’après cinq ans de guerre, « Téhéran est plus puissant que jamais en Iraq, et qu’il est donc l’interlocuteur prépondérant ». Mais, ce n’est pas toujours la diplomatie qu’Obama entend utiliser avec les Iraniens. « Nous devons explorer toutes les voies possibles ... Si l’Iran rejette les offres, alors nous adopterons une position plus ferme. Les Etats-Unis ne peuvent tolérer un Iran doté de l’arme atomique », appelant à des sanctions plus dures pour contraindre Téhéran à abandonner ses activités nucléaires suspectes.

En fait, parler d’un dialogue avec l’Iran est une terminologie nouvelle dans la politique américaine. Un mot qui n’existait pas dans le dictionnaire de Bush. A cet égard, le candidat démocrate a annoncé son intention de se libérer du « piège » que représente le refus de M. Bush de parler aux « dirigeants que nous n’aimons pas ». Négocier avec l’axe du mal, l’Iraq, la Corée du Nord et bien sûr l’Iran. Cet axe, que Bush avait imaginé en 2002, se trouve dans l’agenda d’Obama.

Pour Mohamad Abbass, spécialiste des affaires iraniennes au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, l’approche d’Obama d’entamer des négociations directes avec Téhéran sans préalable est aujourd’hui bien soutenue par un grande nombre d’experts et d’anciens secrétaires d’Etat, démocrates comme républicains. On peut citer le rapport de Baker Hamilton publié en 2007. Ce rapport, dont Bush a refusé d’admettre les recommandations, avait mis en relief la nécessité d’un dialogue pour que les Etats-Unis sortent de leur impasse dans la région. Quelques secrétaires d’Etat  américains ont aussi beaucoup parlé de ce dialogue, Madeleine Albright, Colin Powell, ainsi que des grands écrivains et des consultants pour la sécurité nationale américaine comme Henry Kissinger. « Il est clair que l’opinion publique américaine est en général plus encline à la stratégie du dialogue avec l’Iran et non pas à la confrontation », dit Abbass. Pour Mustafa Al-Labbad, président du Centre oriental des études régionales et stratégiques (ECRSS) du Caire et spécialiste des affaires iraniennes, négocier avec Téhéran est aujourd’hui une nécessité à toute Administration américaine élue, puisque l’Iran détient « de nombreuses cartes régionales, politiques, économiques, sectaires et stratégiques ».

 

Un McCain arrogant et agressif

Mais le terme « dialogue » est tout à fait absent de la politique qu’entend pratiquer le candidat républicain, John McCain, une fois élu. Le candidat républicain s’est bien gardé de refuser tout contact avec les ennemis des Etats-Unis. Il affirme être « favorable à une diplomatie solide avec nos alliés et nos adversaires » et qu’il ne se précipiterait pas pour offrir le prestige d’un sommet sans condition aux pires dictateurs du monde. Il a l’intention de faire pression, de concert avec la communauté internationale, sur l’Iran, et n’exclut pas la possibilité d’une guerre préventive.

McCain a beaucoup plaisanté au sujet de l’Iran. Devant un rapport publié, faisant état d’une hausse des exportations de cigarettes à destination de l’Iran, McCain a réagi en disant avec un sens d’humour bien déplacé que le tabagisme pouvait être « un moyen pour tuer » les Iraniens. Ce qui a provoqué la colère de Téhéran, qui lui répond que « les remarques grossières (...) ne témoignent pas seulement d’un esprit perturbé mais aussi de son approche belliciste de la politique étrangère ». De toute façon, le candidat républicain ne cache pas cette réflexion guerrière. Interrogé une fois pour savoir quand Washington adresserait « un message par avion » aux Iraniens, le sénateur avait chantonné cette réponse, sur un air des Beach Boys : « Bomb, Bomb, Bomb, Bomb, Bomb Iran ».

 

Téhéran vote Obama

Comment réagit Téhéran dans cette affaire ? Pour qui vote-t-il ? Selon Al-Labbad, l’Iran pourrait être le pays le plus en expectative des résultats des élections américaines. « Il met de grands espoirs sur la défaite de McCain, dont la présidence va mettre toujours une entrave face à l’ascension régionale de Téhéran. Quant à Obama, sa victoire va amener à une politique américaine plus réaliste dans ses relations avec les problèmes au Proche-Orient ». C’est ce que Téhéran a déclaré la semaine dernière. « Nous penchons plus en faveur de Barack Obama car il est plus souple et plus rationnel dans ses relations étrangères (...) même si nous savons que la politique américaine ne changera pas beaucoup », a affirmé Ali Larijani, président du Parlement iranien.

Selon Abbass, Téhéran a donné récemment beaucoup de signaux, voulant montrer qu’il est favorable au dialogue. Et d’influencer de l’autre côté l’électeur américain pour voter Obama en montrant que c’est une option plus proche de la réalité. Parmi ces signaux, comme les énumère le politologue, Téhéran semble avoir mis fin à son soutien aux opposants aux Américains en Iraq. « Il est rare ces jours-ci, voire presque nul, d’entendre parler d’attentats commis contre les soldats américains en Iraq par les partisans de l’Iran », dit-il. Le discours autour de l’ouverture d’un bureau d’intérêts à Washington est aujourd’hui débattu dans les sphères iraniennes. L’ex-président iranien Mohamad Khatami avait organisé, il y a deux semaines, une conférence sur le dialogue des civilisations, à laquelle il a invité de grandes personnalités européennes comme Romano Prodi et Lionel Jospin, de quoi confirmer cet esprit d’ouverture envers l’Occident. D’ailleurs, selon un sondage d’opinion, 80 % des Iraniens sont pour un dialogue avec les Etats-Unis, contre 16 %, et 4 % sont sans opinion.

L’Iran était toujours un facteur déterminant dans les élections américaines. Ainsi les attentats de 1980 et le siège de l’ambassade américaine à Téhéran avaient-ils contribué à l’échec de Jimmy Carter aux présidentielles, malgré sa réussite dans les accords de Camp David. Pour Al-Labbad, parier sur le candidat démocrate semble « un peu simpliste parce que les grandes décisions stratégiques ne sont pas seulement prises par le président américain, mais aussi les différents groupes de pression et ceux des grands intérêts de monopole jouent aussi un rôle important dans la prise de décision ». Si Obama gagne, Téhéran devra encore remettre ses célébrations jusqu’au moment des négociations directes avec l’Administration américaine ?

Aliaa Al-Korachi

Retour au sommaire

 

« Peut-on aimer ce qu’on n’aime pas ? » 

Entre haine et admiration, un ouvrage de l’auteur américain Andrew Hammond tente d’analyser les consciences populaires arabes face à l’image des Etats-Unis.  

Que pensent les Arabes des Etats-Unis ? Sous une seule question, ce sont plusieurs dizaines de facettes qu’il faut examiner pour aboutir à une conclusion qui ne soit pas d’un manichéisme primaire. Car les Etats-Unis, c’est avant tout 300 millions d’habitants : du chômeur noir de New York au cow-boy du Texas en passant par George Bush, Brad Pitt ou Barack Obama. Comment alors mettre tous les œufs dans le même panier ?

Lorsqu’on n’y habite pas, ce que l’on retient d’un pays, c’est avant tout sa politique étrangère, et lorsqu’on parle des Etats-Unis, celle-ci est bien souvent perçue de manière négative, particulièrement au Moyen-Orient. Andrew Hammond a parcouru depuis plus de dix ans l’Iraq, le Soudan, les territoires occupés, l’Arabie saoudite et nous livre une réflexion certes subjective, mais non stéréotypée, de ses travaux journalistiques.

Les relations entre la superpuissance américaine et Israël sont au cœur de bien de haines. « Israël n’est pas l’allié des Américains : Israël c’est l’Amérique, son 51e Etat », peut-on entendre de la part de nombreux analystes sociaux. Vision sommaire ? Pour un politologue peut-être, mais pour celui qui écoute le peuple, c’est un fait avéré, constate l’auteur. Andrew Hammond ne fait pas de politique, il analyse l’impact des décisions politiques sur l’esprit des personnes qu’il rencontre, mais aussi dans les médias et dans l’esprit des intellectuels arabes. Rien de nouveau, si ce n’est que la dernière guerre d’Iraq, perçue comme « un cadeau des Américains à Israël », a encore un peu plus dégradé l’image de l’ogre mangeur de pétrole, nous dit-il, démontrant toujours plus son « arrogance impérialiste », selon les mots d’E. Saïd.

Le pétrole, c’est aussi la base des relations établies depuis 50 ans entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Grâce aux Etats-Unis, les pays du Golfe se sont largement développés, « transformant des terre arides en pays modernes » et offrant à la population un confort jusqu’alors inconnu. Histoire d’amour ou histoire d’or noir ? Andrew Hammond étudie avec précision le récit de ces relations entre haine et admiration, entre amour et dégoût.

Avec un salaire moyen d’environ 45 000 $ par an, les Américains sont riches, très riches. Si leur mode de vie fait rêver, il soulève aussi de nombreuses questions. Cadillac, McDonald’s et Star Academy : voilà la vie à l’américaine dans l’imaginatif populaire ! Les McDonald’s pullulent dans la plupart des grandes villes du Moyen-Orient et la Star’Ac a rencontré un important succès, particulièrement en Egypte et au Liban. Et si les Cadillac restent rares, c’est uniquement qu’elles coûtent trop cher. Si la vie à l’américaine est appréciée, et ceci particulièrement chez les jeunes, elle suscite toutefois certaines aigreurs, « allant parfois jusqu’à la schizophrénie », dit l’auteur. La « cocalisation » du monde arabe au détriment des modes de vie traditionnels, c’est le combat du beau contre le laid, où le laid est apprécié.

« Peut-on aimer ce qu’on n’aime pas ? » A. Hammond se pose cette question et y répond en termes simples, issus de la rue, loin des grandes théories élaborées depuis des millénaires sur ce fameux paradoxe. L’auteur ne compte plus ses rencontres où un jeune homme crache sa haine des Etats-Unis, un coca-cola à la main. Dans les consciences, une ligne semble avoir été tracée entre politique et culture, entre la guerre d’Iraq et le dernier film américain, entre l’Administration Bush et le citoyen lambda, entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Dans la réalité pourtant, tout est lié, imbriqué, entrelacé, fondu dans une même entité que l’on appelle les Etats-Unis d’Amérique.

Alban de Menonville

What the Arabs Think of America, Andrew Hammond, AUC Press 2008.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.