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Elections Américaines.
L’Iran occupe une place importante dans la campagne tant d’Obama
que celle de McCain. Le candidat démocrate est pour un
dialogue tandis que le Républicain lance des menaces contre
Téhéran.
Réalisme contre bellicisme
L’Iran
est un grand point de divergence entre les deux candidats.
Utiliser le bâton ou la carotte envers Téhéran a été le
thème essentiel de leur campagne électorale. Le candidat
démocrate Barack Obama se dit prêt à « parler sans préalable
avec les ennemis des Etats-Unis ». C’est bien clair, l’Iran
est le grand ennemi de Washington, le dernier de l’axe du
mal. Le candidat démocrate souligne à cet égard que « la
manière forte n’a jamais fonctionné, et c’est par la voie
d’une diplomatie rigoureuse que le contentieux avec l’Iran
serait réglé », dit-il. L’argument principal qu’avance Obama
pour affirmer sa vision est qu’après cinq ans de guerre, «
Téhéran est plus puissant que jamais en Iraq, et qu’il est
donc l’interlocuteur prépondérant ». Mais, ce n’est pas
toujours la diplomatie qu’Obama entend utiliser avec les
Iraniens. « Nous devons explorer toutes les voies possibles
... Si l’Iran rejette les offres, alors nous adopterons une
position plus ferme. Les Etats-Unis ne peuvent tolérer un
Iran doté de l’arme atomique », appelant à des sanctions
plus dures pour contraindre Téhéran à abandonner ses
activités nucléaires suspectes.
En fait, parler d’un dialogue avec l’Iran est une
terminologie nouvelle dans la politique américaine. Un mot
qui n’existait pas dans le dictionnaire de Bush. A cet
égard, le candidat démocrate a annoncé son intention de se
libérer du « piège » que représente le refus de M. Bush de
parler aux « dirigeants que nous n’aimons pas ». Négocier
avec l’axe du mal, l’Iraq, la Corée du Nord et bien sûr
l’Iran. Cet axe, que Bush avait imaginé en 2002, se trouve
dans l’agenda d’Obama.
Pour
Mohamad Abbass, spécialiste des affaires iraniennes au
Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
l’approche d’Obama d’entamer des négociations directes avec
Téhéran sans préalable est aujourd’hui bien soutenue par un
grande nombre d’experts et d’anciens secrétaires d’Etat,
démocrates comme républicains. On peut citer le rapport de
Baker Hamilton publié en 2007. Ce rapport, dont Bush a
refusé d’admettre les recommandations, avait mis en relief
la nécessité d’un dialogue pour que les Etats-Unis sortent
de leur impasse dans la région. Quelques secrétaires d’Etat
américains ont aussi beaucoup parlé de ce dialogue,
Madeleine Albright, Colin Powell, ainsi que des grands
écrivains et des consultants pour la sécurité nationale
américaine comme Henry Kissinger. « Il est clair que
l’opinion publique américaine est en général plus encline à
la stratégie du dialogue avec l’Iran et non pas à la
confrontation », dit Abbass. Pour Mustafa Al-Labbad,
président du Centre oriental des études régionales et
stratégiques (ECRSS) du Caire et spécialiste des affaires
iraniennes, négocier avec Téhéran est aujourd’hui une
nécessité à toute Administration américaine élue, puisque
l’Iran détient « de nombreuses cartes régionales,
politiques, économiques, sectaires et stratégiques ».
Un McCain arrogant et agressif
Mais le terme « dialogue » est tout à fait absent de la
politique qu’entend pratiquer le candidat républicain, John
McCain, une fois élu. Le candidat républicain s’est bien
gardé de refuser tout contact avec les ennemis des
Etats-Unis. Il affirme être « favorable à une diplomatie
solide avec nos alliés et nos adversaires » et qu’il ne se
précipiterait pas pour offrir le prestige d’un sommet sans
condition aux pires dictateurs du monde. Il a l’intention de
faire pression, de concert avec la communauté
internationale, sur l’Iran, et n’exclut pas la possibilité
d’une guerre préventive.
McCain a beaucoup plaisanté au sujet de l’Iran. Devant un
rapport publié, faisant état d’une hausse des exportations
de cigarettes à destination de l’Iran, McCain a réagi en
disant avec un sens d’humour bien déplacé que le tabagisme
pouvait être « un moyen pour tuer » les Iraniens. Ce qui a
provoqué la colère de Téhéran, qui lui répond que « les
remarques grossières (...) ne témoignent pas seulement d’un
esprit perturbé mais aussi de son approche belliciste de la
politique étrangère ». De toute façon, le candidat
républicain ne cache pas cette réflexion guerrière.
Interrogé une fois pour savoir quand Washington adresserait
« un message par avion » aux Iraniens, le sénateur avait
chantonné cette réponse, sur un air des Beach Boys : « Bomb,
Bomb, Bomb, Bomb, Bomb Iran ».
Téhéran vote Obama
Comment réagit Téhéran dans cette affaire ? Pour qui
vote-t-il ? Selon Al-Labbad, l’Iran pourrait être le pays le
plus en expectative des résultats des élections américaines.
« Il met de grands espoirs sur la défaite de McCain, dont la
présidence va mettre toujours une entrave face à l’ascension
régionale de Téhéran. Quant à Obama, sa victoire va amener à
une politique américaine plus réaliste dans ses relations
avec les problèmes au Proche-Orient ». C’est ce que Téhéran
a déclaré la semaine dernière. « Nous penchons plus en
faveur de Barack Obama car il est plus souple et plus
rationnel dans ses relations étrangères (...) même si nous
savons que la politique américaine ne changera pas beaucoup
», a affirmé Ali Larijani, président du Parlement iranien.
Selon Abbass, Téhéran a donné récemment beaucoup de signaux,
voulant montrer qu’il est favorable au dialogue. Et
d’influencer de l’autre côté l’électeur américain pour voter
Obama en montrant que c’est une option plus proche de la
réalité. Parmi ces signaux, comme les énumère le
politologue, Téhéran semble avoir mis fin à son soutien aux
opposants aux Américains en Iraq. « Il est rare ces
jours-ci, voire presque nul, d’entendre parler d’attentats
commis contre les soldats américains en Iraq par les
partisans de l’Iran », dit-il. Le discours autour de
l’ouverture d’un bureau d’intérêts à Washington est
aujourd’hui débattu dans les sphères iraniennes.
L’ex-président iranien Mohamad Khatami avait organisé, il y
a deux semaines, une conférence sur le dialogue des
civilisations, à laquelle il a invité de grandes
personnalités européennes comme Romano Prodi et Lionel
Jospin, de quoi confirmer cet esprit d’ouverture envers
l’Occident. D’ailleurs, selon un sondage d’opinion, 80 % des
Iraniens sont pour un dialogue avec les Etats-Unis, contre
16 %, et 4 % sont sans opinion.
L’Iran était toujours un facteur déterminant dans les
élections américaines. Ainsi les attentats de 1980 et le
siège de l’ambassade américaine à Téhéran avaient-ils
contribué à l’échec de Jimmy Carter aux présidentielles,
malgré sa réussite dans les accords de Camp David. Pour
Al-Labbad, parier sur le candidat démocrate semble « un peu
simpliste parce que les grandes décisions stratégiques ne
sont pas seulement prises par le président américain, mais
aussi les différents groupes de pression et ceux des grands
intérêts de monopole jouent aussi un rôle important dans la
prise de décision ». Si Obama gagne, Téhéran devra encore
remettre ses célébrations jusqu’au moment des négociations
directes avec l’Administration américaine ?
Aliaa
Al-Korachi
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«
Peut-on aimer ce qu’on n’aime pas ? » |
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Entre haine et admiration, un ouvrage de l’auteur américain
Andrew Hammond tente d’analyser
les consciences populaires arabes face à l’image des
Etats-Unis.
Que pensent les Arabes des Etats-Unis ? Sous une seule
question, ce sont plusieurs dizaines de facettes qu’il faut
examiner pour aboutir à une conclusion qui ne soit pas d’un
manichéisme primaire. Car les Etats-Unis, c’est avant tout
300 millions d’habitants : du chômeur noir de New York au
cow-boy du Texas en passant par George Bush,
Brad Pitt ou
Barack
Obama. Comment alors mettre tous les œufs dans le
même panier ?
Lorsqu’on n’y habite pas, ce que l’on retient d’un pays,
c’est avant tout sa politique étrangère, et lorsqu’on parle
des Etats-Unis, celle-ci est bien souvent perçue de manière
négative, particulièrement au Moyen-Orient. Andrew
Hammond a parcouru depuis plus
de dix ans l’Iraq, le Soudan, les territoires occupés,
l’Arabie saoudite et nous livre une réflexion certes
subjective, mais non stéréotypée, de ses travaux
journalistiques.
Les relations entre la superpuissance américaine et Israël
sont au cœur de bien de haines. « Israël n’est pas l’allié
des Américains : Israël c’est l’Amérique, son 51e Etat »,
peut-on entendre de la part de nombreux analystes sociaux.
Vision sommaire ? Pour un politologue peut-être, mais pour
celui qui écoute le peuple, c’est un fait avéré, constate
l’auteur. Andrew Hammond ne fait
pas de politique, il analyse l’impact des décisions
politiques sur l’esprit des personnes qu’il rencontre, mais
aussi dans les médias et dans l’esprit des intellectuels
arabes. Rien de nouveau, si ce n’est que la dernière guerre
d’Iraq, perçue comme « un cadeau des Américains à Israël »,
a encore un peu plus dégradé l’image de l’ogre mangeur de
pétrole, nous dit-il, démontrant toujours plus son «
arrogance impérialiste », selon les mots d’E. Saïd.
Le pétrole, c’est aussi la base des relations établies
depuis 50 ans entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.
Grâce aux Etats-Unis, les pays du Golfe se sont largement
développés, « transformant des terre arides en pays modernes
» et offrant à la population un confort jusqu’alors inconnu.
Histoire d’amour ou histoire d’or noir ? Andrew
Hammond étudie avec précision le
récit de ces relations entre haine et admiration, entre
amour et dégoût.
Avec un salaire moyen d’environ 45 000 $ par an, les
Américains sont riches, très riches. Si leur mode de vie
fait rêver, il soulève aussi de nombreuses questions.
Cadillac, McDonald’s et Star
Academy : voilà la vie à
l’américaine dans l’imaginatif populaire ! Les
McDonald’s pullulent dans la
plupart des grandes villes du Moyen-Orient et la
Star’Ac a rencontré un important
succès, particulièrement en Egypte et au Liban. Et si les
Cadillac restent rares, c’est uniquement qu’elles coûtent
trop cher. Si la vie à l’américaine est appréciée, et ceci
particulièrement chez les jeunes, elle suscite toutefois
certaines aigreurs, « allant parfois jusqu’à la
schizophrénie », dit l’auteur. La «
cocalisation » du monde
arabe au détriment des modes de vie traditionnels, c’est le
combat du beau contre le laid, où le laid est apprécié.
« Peut-on aimer ce qu’on n’aime pas ? » A.
Hammond se pose cette question
et y répond en termes simples, issus de la rue, loin des
grandes théories élaborées depuis des millénaires sur ce
fameux paradoxe. L’auteur ne compte plus ses rencontres où
un jeune homme crache sa haine des Etats-Unis, un coca-cola
à la main. Dans les consciences, une ligne semble avoir été
tracée entre politique et culture, entre la guerre d’Iraq et
le dernier film américain, entre l’Administration Bush et le
citoyen lambda, entre ce qui est bien et ce qui ne l’est
pas. Dans la réalité pourtant, tout est lié, imbriqué,
entrelacé, fondu dans une même entité que l’on appelle les
Etats-Unis d’Amérique.
Alban
de Menonville
What the
Arabs Think of America, Andrew Hammond,
AUC Press 2008.
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