Elections Américaines.
Les Arabes américains, quelque 3,5 millions d’individus,
restent marginaux et n’ont guère d’influence comparable à
celle du lobby juif. De toute façon, leur choix électoral
n’obéit pas uniquement à l’attitude des candidats sur le
Proche-Orient.
Une communauté qui perce à peine
Au
départ peut-on parler d’un désintérêt des Arabes américains
vis-à-vis de la politique ? Nihad Awad, directeur exécutif
du Conseil des relations américano-islamiques, reconnaît en
effet le désintérêt de la part des Arabes et des musulmans
américains quant à cette question, contrairement au lobby
juif. Mais il faut attirer l’attention sur le fait qu’ils
représentent un facteur relativement récent dans la société
américaine. Ce désintérêt, ils n’en assument pas seuls les
responsabilités puisqu’ils paient le prix des divergences
interarabes et intermusulmanes. « Ils représentent 56 Etats
entre lesquels il se trouve de nombreux différends alors que
le lobby juif traite des intérêts d’un seul Etat qui est
Israël », relève Awad.
Les mêmes vues sont développées par Sobhi Ghandour,
directeur du Centre du dialogue arabe à Washington, un
centre de recherches et d’action culturelle. Il affirme que
la comparaison avec le lobby juif qui est souvent reprise
dans la presse des pays arabes est erronée. « Les Arabes
d’ici sont de récents immigrés alors que les juifs sont des
citoyens américains dans le vrai sens du terme. De plus,
leur statut politique et social est différent. La plupart
sont venus en Amérique pour des raisons politiques et
économiques, même pour des raisons sécuritaires dans la
région arabe. Ceci influe sur le genre de rapports entre
l’Arabe et sa patrie d’origine alors que le lien entre les
juifs américains et Israël se situe dans le contexte
où ces juifs ont contribué à la création de l’Etat hébreu.
Le juif américain n’est pas un fugitif ».
S’agirait-il d’une simple question de temps, de différence
de ressources financières aussi ? Ghandour relève à cet
égard qu’il y a un fait fondamental, à savoir que les
Etats-Unis, eux, ne sont pas une partie neutre faisant
l’objet de concurrence entre les Arabes et les juifs.
Le rôle arabe resterait donc secondaire voire tout à fait
marginal sans la moindre influence sur le vote ? Leila
Al-Qattami, responsable médiatique et de communication du
comité américano-arabe de lutte contre la discrimination,
s’insurge contre cette idée. De toute façon, c’est l’une des
personnalités arabes les plus actives à l’exemple de
l’organisation à laquelle elle appartient. Elle refuse
énergiquement les propos selon lesquels il n’existe pas de
chance que les Arabes jouent un rôle politique efficace et
influent. « Au contraire, il y a de la détermination à
résoudre tous les problèmes qui limitent la participation
politique arabe. De nombreuses organisations œuvrent à aider
les Arabes américains (3,5 millions de citoyens) à
s’inscrire en tant qu’électeurs. Elles sont bien financées
et organisées ».
En ce qui concerne les présidentielles actuelles, elle
affirme qu’il y a d’importantes activités arabes. Son comité
a d’ailleurs créé une unité de surveillance des élections.
Mais sur le pratique peut-on parler d’un succès ? Nihad Awad
fait état d’un progrès « qui n’est pas mal ». Son organisme
et d’autres centres islamiques font de grands efforts pour
aider les Arabes à participer aux élections. Il existe
évidemment un fossé considérable entre les moyens de ces
organisations et les organisations juives. Il existe à
Washington 4 organisations islamiques seulement contre 104
juives. Le budget des premières ne dépasse pas les dix
millions de dollars alors que pour les organisations juives
c’est de 300 à 400 millions de dollars. Les fonctionnaires
des organisations arabes sont une quarantaine par unité
contre pas moins de 600 dans les organisations juives. De
plus, ce n’est pas une simple question quantitative mais
aussi celle de l’identité arabe. Ghandour relève que la
communauté arabe ne parvient pas « à véhiculer la réalité
concernant son origine culturelle, nationale,
civilisationnelle et religieuse. C’est normal puisque les
Arabes eux-mêmes l’ignorent ».
Autre aspect inconnu dans le monde arabe, celui de la place
du conflit arabo-israélien chez les citoyens arabes
américains. Nombreux sont ceux qui s’imaginent que c’est le
facteur déterminant dans leur choix électoral. Or, cela
n’est pas vrai. Il existe de nombreuses causes intérieures
et extérieures qui contribuent à formuler l’attitude des
électeurs arabes. Le communiqué du groupe arabe qui soutient
Obama souligne entre autres que cet appui vient du fait «
qu’il est engagé à l’égard des questions qui nous importent
de manière profonde, à savoir les droits civils, l’image des
Arabes, le règlement pacifique du conflit arabo-israélien,
un retrait raisonnable de l’Iraq, la fermeture de la prison
de Guantanamo, la réforme de la loi sur l’immigration,
l’encouragement des droits de l’homme et des droits civiques
dans le monde arabe ». Donc, c’est un point parmi d’autres
et vu de manière très modérée.
Leila Al-Qattami relève donc l’importance de ce croisement
entre les affaires intérieures américaines et les questions
de Palestine et d’Iraq. D’où la question-clé : si Obama et
McCain appuient finalement Israël, que peuvent faire les
Arabes américains et qui méritent leur soutien ? Pour Nihad
Awad, « il ne faut pas être sentimental. La question est
beaucoup plus compliquée. La politique traditionnelle des
deux parties est fondée sur le soutien d’Israël. Il ne faut
s’attendre à du changement. Cela fait partie de la culture
politique américaine ».
Cela dit, Awad reconnaît que des divergences existent : «
L’un veut rester 100 ans en Iraq, insiste à la confrontation
avec le monde arabo-musulman, parle de l’islam fasciste et
du terrorisme islamique. L’autre soutient le dialogue,
l’entente et la paix ». A cet égard, le candidat à choisir
est bien désigné ?
Assem
Abdel-Khaleq