Al-Ahram Hebdo,Invité | Ibrahim Al-Moallem, « 4O % de l’édition dans le monde arabe se fait en Egypte »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Invité

Ibrahim Al-Moallem, PDG de Dar Al-Chourouq et président de l’Union des éditeurs égyptiens, vient d’être élu vice-président de l’Union internationale des éditeurs. Il revient sur la situation de l’édition dans le monde arabe et les priorités de sa nouvelle fonction. 

« 4O % de l’édition dans le monde arabe se fait en Egypte » 

Al-Ahram Hebdo : Quel est le rôle de l’Union Internationale des Editeurs (UIE) ?

Ibrahim Al-Moallem : L’UIE, fondée en 1896, s’attache d’abord à promouvoir la liberté de l’édition, qui comprend également la liberté d’importer et d’exporter, ainsi que la liberté d’expression et de circulation des livres. L’Union lutte contre la censure ; dans certains pays, il y a jusqu’à trois organismes de censure différents. Elle s’attache également à la sécurité des éditeurs, des penseurs et des écrivains. Elle s’attache enfin à la protection des droits d’auteur, qu’il faut développer. Le respect de la propriété intellectuelle ne doit pas signifier le monopole, mais il est nécessaire pour le développement de l’être humain. Lorsqu’on porte atteinte à la propriété intellectuelle, on tue la culture. Il faut prendre toutes les dispositions juridiques et faire des campagnes de sensibilisation pour expliquer ce qu’est la propriété intellectuelle, car certaines institutions, même étatiques, ne sont pas conscientes du problème.

L’UIE organise tous les quatre ans une conférence générale des éditeurs de par le monde, divisée en comités sur, entre autres, les livres pour enfants, l’avenir du livre papier, la propriété intellectuelle, la nouvelle technologie, l’avenir des salons du livre et les livres scolaires. L’Union des éditeurs égyptiens n’est devenue membre de l’UIE qu’après un long débat, car certains refusaient l’adhésion des pays arabes, en arguant que ce sont des pays autoritaires où il n’y a pas de  liberté d’édition. Nous sommes devenus membres en faisant valoir qu’il y a des éditeurs dans ces pays qui luttent pour imposer ces critères.

— De quels dossiers allez-vous vous occuper prioritairement en tant que vice-président de l’UIE ?

— Le président et les deux vice-présidents sont élus en octobre. Nous prenons nos fonctions fin décembre. Nous jouons le rôle d’observatoire dans le monde entier, avec des dossiers précis. La Chine est à l’ordre du jour. Jusqu’à présent, elle n’a pas été autorisée à entrer dans l’UIE, à cause de la censure, car l’Union des éditeurs y est encore sous le contrôle du gouvernement. Il y a aujourd’hui en Chine une situation étrange, avec 4 000 éditeurs gouvernementaux et 20 000 éditeurs privés. On constituera un comité formé du président de l’UIE, de moi-même et d’autres membres pour essayer de trouver une solution : la Chine, cet immense pays, ne peut rester hors de l’Union. Il faut l’aider à réaliser ce que nous voulons. En ce qui concerne la protection du droit d’auteur, il y a des pays où il reste encore des progrès à faire, et nous allons les accompagner en ce sens. Nous coopérons avec l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), organisons des conférences, des stages pour les juges, les gouvernants, les avocats et les maisons d’édition. La conférence internationale sur la propriété intellectuelle de 2010 est prévue pour la première fois dans un pays arabe, à Dubai.

— Que comptez-vous faire pour encourager le mouvement de la traduction ?

— Le mouvement de l’édition dans le monde a été estimé à 82 000 millions de dollars, dont le tiers en Amérique, l’autre tiers en Europe et 25 % en Asie. L’Amérique latine, l’Afrique et le monde arabe y contribuent pour moins de 5 %. Il faut donc d’abord encourager le mouvement pour l’édition et la lecture, sinon l’on publie des traductions que personne ne lit. On a constitué des comités internationaux pour ça. Nous abordons aussi la traduction par le biais de la protection des droits d’auteur : nous voulons que les pays les plus avancés dans ce domaine facilitent les choses pour les autres.

— Vous avez été président de l’Union des Editeurs Arabes (UEA) jusqu’en janvier 2008. Quel bilan en faites-vous ?

— J’ai eu l’honneur de représenter l’Egypte lors de la fondation de l’UEA en 1995, avec quatre autres pays : la Jordanie, le Soudan, le Liban et la Syrie. Les deux principaux objectifs étaient la liberté de l’édition et la protection des droits d’auteur. Ensuite, il s’agissait de promouvoir la coopération entre les maisons d’édition arabes, d’élever le niveau de la profession, d’échanger les expériences, d’améliorer les Salons du livre arabes et d’encourager les éditeurs arabes à être partie prenante du monde autour d’eux. Nous avons fait des pas importants en ce sens. En 2002, nous avons réussi à faire du monde arabe l’invité d’honneur du Salon du livre pour enfants en Pologne. Je pense également que le fait que les Salons du livre de Francfort et de Londres aient choisi le monde arabe comme invité d’honneur est le résultat de nos allers et venues. Tout cela a eu une influence positive sur l’opinion publique.

— Qu’en est-il de l’amélioration des Salons du livre arabes ?

— L’UIE a mis en place des critères pour que les salons aient droit au label international et puissent coopérer avec l’UIE. Ainsi, un certain nombre de jours doivent être réservés aux professionnels. Ici, dans le monde arabe, on confond Salon du livre et marché du livre, destiné à la vente au public. Dans les pays développés, où les gens achètent ou empruntent des livres tout au long de l’année, c’est différent. Le Salon de Francfort, que l’on peut considérer comme le Salon mondial du livre, est un Salon de professionnels, ouvert aux éditeurs, aux auteurs, aux bibliothécaires, aux artistes et aux journalistes.

— Le Salon du livre du Caire obtiendra-t-il ce label ?

— Facilement. Il lui suffit de réserver trois journées aux professionnels. Ce Salon peut évoluer, mais il y a une exagération dans les chiffres. Il a été dit ainsi que 4 000 éditeurs arabes ont participé, alors même qu’il n’y a pas 4 000 éditeurs dans tout le monde arabe ; que 18 millions de titres y ont été présentés, alors que seuls 200 000 étaient exposés. Il n’est pas nécessaire d’exagérer de cette manière pour dire que le Salon du Caire rassemble des écrivains et éditeurs de tout le monde arabe et reste l’événement culturel le plus important en Egypte et dans le monde arabe.

— Quel sont les préparatifs pour le Salon du livre à New York, où le monde arabe sera à l’honneur ?

— C’est grâce à notre réussite à Londres, où le monde arabe était également à l’honneur, que le Salon de New York a choisi comme axe « Le livre et l’édition dans le monde arabe ». L’entreprise qui l’organise est la même qui avait organisé le Salon de Londres. C’est un grand défi car New York est la capitale de l’édition dans le monde. Nous avons commencé à travailler, nous nous sommes réunis avec M. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, qui a monté un comité pour préparer avec tous les pays arabes une participation efficace, civilisée, influente, basée sur un bilan des éléments positifs et négatifs du Salon du Livre à Francfort. A Francfort, nous avions emmené près de 200 écrivains. A New York, le Salon ne dure que quatre jours. C’est un salon professionnel, commercial. Les lecteurs, qui viennent par milliers, ne veulent rencontrer que les écrivains et les éditeurs. Il faut qu’il y ait un nombre limité d’écrivains. Il y a des écrivains arabes publiés par des maisons d’édition américaines. C’est sur eux que nous devons miser.

— L’édition en Egypte a connu un renouvellement ces dernières années. Où en est-on aujourd’hui ?

— L’édition en Egypte correspond à environ 40 % de l’édition dans le monde arabe. D’après les chiffres de Dar al-kotob, environ 12 000 à 14 000 titres sont édités par an, y compris les livres culturels, scolaires et universitaires. Une grande partie de ces titres sont des rééditions, mais il n’y a pas de chiffres précis là-dessus. Le livre qui a le plus évolué dans la période précédente est celui pour enfants. Ces quatre dernières années, il y a eu une évolution qualitative, mais aussi dans le type de livre, dans la diversité de thèmes. Le livre pour enfant en Egypte a également obtenu six prix internationaux. Cette évolution se traduit également par une ouverture des éditeurs égyptiens sur les livres dans le monde (scolaires, livres pour les tous petits). Aujourd’hui, les livres les plus beaux et les plus utiles édités par le monde sont repris en Egypte.

— Les problèmes de distribution ne sont cependant pas résolus ?

— Non, mais il faut miser sur les bibliothèques publiques, qui, dans le monde entier, achètent un certain nombre de livres. Le rôle des gouvernements est de permettre aux gens un accès aux livres de qualité, pas forcément d’acheter. Ainsi, le projet « Le Programme national pour le livre », qui a duré 3 ans, pris en charge par l’Association pour les soins complets, le ministère de l’Education, et l’Aide américaine, a fait parvenir pour la première fois une collection complète de livres pour enfants aux 39 000 écoles d’Egypte, jusque dans les plus petits villages. Ces livres sont conformes aux critères internationaux en ce qui concerne le niveau de l’édition, du dessin, de la qualité du papier, de la mise en page et les comités de sélection étaient égyptiens à 100 %.

— Mais en ce qui concerne les romans, la plupart ne dépasse pas les 3 000 exemplaires ...

— Cela est dû à un problème général de lecture. Mais les nouvelles générations ont de nouveaux centres d’intérêts, et lisent en arabe, mais aussi dans d’autres langues. Il y a de plus en plus d’intérêt pour la littérature, pour le livre politique et historique. En même temps, on remarque une renaissance dans le domaine du roman et l’apparition de nouveaux talents. Aujourd’hui, le nombre de rééditions de certains ouvrages est sans précédent dans l’histoire de l’édition en Egypte. Des romans comme Taxi ou Chicago (plus de 100 000 exemplaires) en sont à leur quatorzième réédition.

Propos recueillis par Dina Heshmat

 




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