Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un verdict dissuasif
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Egypte

Harcèlement Sexuel. La condamnation à trois ans de prison d’un chauffeur de camionnette coupable de harcèlement constitue une première en Egypte. ONG et organisations féministes réclament une loi pour lutter contre le phénomène. 

Un verdict dissuasif 

C’est à l’issue d’une séance à huis clos, qui a duré plus de cinq heures, que la Cour pénale du Caire a rendu son verdict dans le procès de ce chauffeur de camionnette coupable d’actes de harcèlement et d’attouchement en pleine rue à l’encontre d’une jeune femme dans le quartier d’Héliopolis. Les faits remontent au mois de juin dernier. La victime, Noha Rouchdi, une jeune réalisatrice de télévision, se trouvait devant son domicile en compagnie d’une amie, lorsque le chauffeur de la camionnette s’est approché d’elle avec son véhicule et l’a tirée par la poitrine. Stupéfaite, la jeune fille réagit. Elle s’accroche au véhicule, l’oblige à s’arrêter et engage une plainte au commissariat de police qui était très proche. L’affaire a relancé le débat sur les actes de harcèlement et d’agression dont font l’objet chaque jour des milliers de filles à travers l’Egypte. Des actes qui restent impunis, car dans une société conservatrice, c’est souvent la femme qui se retrouve sur le banc des accusés à la place du coupable.

La cour a condamné le chauffeur de camionnette à trois ans de prison ferme. « Ce verdict m’a restitué la dignité et celle de toutes les femmes en Egypte. J’ai reçu des appels téléphoniques de femmes qui m’ont remerciée et félicitée d’avoir persévéré et engagé ce procès. Ces femmes font quotidiennement l’objet d’actes de harcèlement mais elles n’osent pas porter plainte pour ne pas faire de bruit », a déclaré Noha Rouchdi, à l’issue du verdict. En effet, selon une étude effectuée par le Centre Egyptien des Droits de la Femme (CEDF) dans 8 gouvernorats (Le Caire, Guiza, Alexandrie, Qalioubiya, Qéna, Minya, Sohag et Louqsor), sur un échantillon de 1 082 femmes, 40 % d’entre elles ont fait l’objet au moins une fois de harcèlement sexuel, et seules 2 % des femmes harcelées portent plainte à la police. Le procès de ce chauffeur de camionnette fait suite à une série d’actes de harcèlement. Le dernier en date a eu lieu pendant la fête du petit Baïram à Mohandessine, lorsque trois jeunes filles ont été harcelées par un groupe de jeunes. La même chose s’était produite l’année dernière devant un cinéma du centre-ville. Des jeunes filles se sont faites agressées verbalement et physiquement par un groupe d’hommes mais elles ont refusé de porter plainte pour « éviter tout scandale ». Il s’agit d’un nouveau genre de harcèlement collectif qui a choqué l’opinion publique car d’habitude le harcèlement sexuel est pratiqué de manière individuelle dans les autobus, dans les rues et les lieux publics.

L’annonce du verdict a suscité un soulagement dans les milieux féministes. « Ce verdict a créé un précédent. C’était indispensable », lance Azza Soliman, avocate et présidente du Centre égyptien des droits de la femme. Les ONG réclament à présent la promulgation d’une loi pour faire face à ce phénomène. Cette loi est d’autant plus nécessaire que ce genre d’agressions devient de plus en plus répandu, encouragé par l’absence de loi. Selon Ferkhanda Hassan, membre au Conseil national de la femme, la promulgation d’une loi sur le harcèlement est une urgence.

En effet, la loi actuelle sur le code pénal ne comprend pas de clauses sur le harcèlement. Même au niveau de l’appellation, cet acte figure sous la catégorie de l’atteinte à la pudeur ou de l’attouchement physique. Et même si les peines imposées peuvent atteindre sept ans de prison, elles restent lettre morte, puisque la définition même de l’acte de harcèlement est vague et indéfinie. Et c’est sur le texte relatif à l’atteinte à la pudeur que la cour s’est basée pour émettre son jugement. Le Conseil de la femme prépare un texte de loi contenant une définition précise de harcèlement et des peines endurcies. « Le nouveau texte définit l’acte de harcèlement comme un acte débutant par les simples paroles et allant jusqu’à l’agression physique. Chaque acte de harcèlement aurait une peine allant de 3 à 7 ans de prison. C’est le cas de toutes les lois européennes et même dans quelques pays arabes », assure Fawziya Abdel-Sattar, avocate et ancienne présidente de la commission des lois au Parlement. Le Conseil national de la femme prévoit également le lancement d’une campagne visant à sensibiliser les femmes et les inciter à réagir si elles font l’objet de harcèlement.

Amal Abdel-Hamid, membre de l’Association de la femme nouvelle (ONG), explique que dans les lieux de travail, le harcèlement sexuel a une spécificité. « L’agresseur est souvent un collègue ou un patron qui tente par cet acte de prouver sa force et sa supériorité. Traumatisée, la femme subit en silence ce genre d’agression, pour préserver son gagne-pain et sa réputation dans son entourage, convaincue que les autres ne la soutiendront pas », explique Amal.

Mais le durcissement des peines ne servira pas à grand-chose si les femmes ne sont pas conscientes de leurs droits. « La réaction des femmes face à l’acte de harcèlement est le seul mécanisme de l’application de la loi. Sinon, ce ne sera que de l’encre sur papier », assure Amal. Pour elle, ce dont nous avons besoin c’est une évolution des mentalités et des mœurs. « Il faut cesser de percevoir la femme uniquement comme un objet de plaisir. La femme est un être humain et non un objet », affirme-t-elle.

Pour ce faire, les ONG œuvrant dans le domaine de la femme en coopération avec le Conseil de la femme ont commencé à lancer une campagne intitulée : « Faites-vous respecter », durant laquelle des colloques et des séminaires seront organisés pour donner des conseils aux femmes pour leur apprendre à se défendre ou à porter plainte en cas d’agression. « Nous leur expliquerons comment intenter un procès, comment revendiquer leurs droits et quelles sont les mesures à suivre. On va se baser sur le verdict pénalisant l’agresseur pour trois ans de prison et leur montrer que la femme est soutenue par la loi », ajoute Amal. Un verdict donc bien accueilli qui a au moins le mérite de lever le silence sur une question longtemps occultée.

Marianne Youssef

 

 

 

 

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Paroles 

« Les mesures de nationalisation entreprises par l’administration américaine offrent une réponse à ceux qui considéraient la privatisation comme l’unique bouée de sauvetage ».

Ahmad Hamrouche,
Rose Al-Youssef

 

« Les recommandations pour renforcer le rôle du Parlement dans la lutte contre la torture ne seront probablement pas considérées. Simplement parce que le Parlement ne représente pas le peuple ».

Nabil Zaki,
Al-Wafd.

 

« Les écoles et universités étrangères illustrent le fossé qui sépare les classes sociales, et qui se traduit non seulement par une distribution injuste des richesses, mais également de la connaissance ».

Réfaat Al-Saïd,
Al-Ahram.
 

« Je ne nie pas que le PND a réussi à réaliser de meilleurs taux de croissance, même si les fruits de cette croissance n’ont pas atteint le citoyen ordinaire à cause d’une couche isolatrice de la corruption ».

Magdi Al-Gallad,
Al-Masri Al-Yom. 

 

 




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