Afrique.
Les instances financières restent relativement optimistes
quant à l’impact de la crise sur les économies du continent,
en croissance depuis plusieurs années, sans pour autant
exclure les risques liés à une éventuelle récession
mondiale.
Grands risques malgré tout
Le
rapport du FMI sur les perspectives économiques de l’Afrique
subsaharienne, publié à la mi-octobre, à l’occasion des
réunions annuelles du Fonds et de la Banque mondiale, met
ainsi en relief l’impact de l’envolée des cours des
carburants et des denrées alimentaires ainsi que les
retombées des turbulences mondiales, mais estime que la
croissance moyenne des pays du continent ne diminuerait que
légèrement.
« Dans un environnement mondial de plus en plus défavorable,
la croissance économique de l’Afrique subsaharienne devrait
ralentir en 2008 et 2009 pour s’établir autour de 6 %,
contre 6,5 % en 2007, affirment les économistes du FMI. Dans
le même temps, l’inflation devrait atteindre 12 % en 2008 et
10 % en 2009. Les projections de croissance sont légèrement
en retrait, et les projections d’inflation nettement plus
élevées ». Ils expliquent cette dégradation par l’envolée
des prix des denrées alimentaires et des carburants, le
ralentissement de la croissance mondiale et les turbulences
financières dans le monde. Ils estiment que les effets de
ces turbulences s’exercent de façon indirecte, par le biais
du ralentissement de la croissance mondiale et de la
volatilité des cours des produits de base. Mais mettent en
garde contre les risques d’une diminution en direction de
l’Afrique des flux de ressources, sous forme de capitaux
privés, d’envois de fonds des travailleurs émigrés et même
d’aide publique au développement.
Selon le FMI, le choc des cours des produits de base a
poussé à la hausse l’inflation et les déficits extérieurs
courants. En outre, le soutien des bailleurs de fonds n’a
pas suffisamment augmenté pour couvrir le surcoût des
importations, dû à l’envolée des cours, obligeant les pays à
opérer l’ajustement avec leurs ressources intérieures. Les
réserves de change ont assez bien résisté au choc jusqu’à
présent, mais on ne saurait s’attendre à ce qu’elles
permettent d’absorber les conséquences à long terme de la
flambée des prix de l’alimentation et de l’énergie. Ces
préoccupations restent d’actualité malgré le reflux récent
des cours du pétrole et des prix alimentaires.
Risques de diminution des investissements
Au cours d’un séminaire tenu en marge des réunions, des
banquiers africains et des experts ont débattu de l’avenir
financier de l’Afrique. Stephen Bailey-Smith, dirigeant d’un
groupe d’experts à la Standard Bank, basée en
Grande-Bretagne, a averti à cette occasion que les décideurs
politiques en Afrique « doivent être conscients que la
croissance de l’économie mondiale ralentira considérablement
et que l’afflux d’investissements qu’ils sont habitués à
voir risque de s’assécher ». Il a également relevé
l’inflation élevée, l’affaiblissement des monnaies
africaines ainsi que la réduction des transferts de fonds en
provenance de la diaspora comme des retombées probables de
la crise financière mondiale. L’Afrique subsaharienne a déjà
subi des conséquences de la crise financière, a indiqué
Michael Fuchs, économiste en chef de la Banque mondiale pour
l’Afrique. Ainsi, les Bourses des plus importantes économies
de la région, Nigeria, Kenya et Afrique du Sud, reflètent
les tendances des marchés développés et les activités de
capitalisation y ont ralenti.
Ces préoccupations sont partagées par les ministres
africains des Finances de la « Zone franc », réunis à
Yaoundé au Cameroun avant les assises de Washington en
présence des Français Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat
chargée du commerce extérieur et Alain Joyandet, secrétaire
d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie.
Les ministres ont exprimé leur préoccupation à l’égard de la
dégradation de l’environnement international, en particulier
des récents développements de la crise financière
internationale, et des risques associés sur les perspectives
de croissance économique des pays de la « Zone franc ». Ils
ont observé que la stabilité financière et monétaire de la
zone reste solide mais que le ralentissement de la demande
mondiale et le niveau actuel des prix du pétrole pourraient
avoir un impact négatif sur l’activité et l’emploi. Ils ont
réaffirmé leur volonté de mobiliser l’ensemble des
instruments disponibles afin de consolider la stabilité
macro-économique. Pour eux, l’appartenance à une union
économique et monétaire constitue, de ce point de vue, un
atout, dont les bénéfices sont d’autant plus importants que
les politiques seront étroitement coordonnées.
Siège additionnel pour l’Afrique
S’agissant des performances économiques des pays de la zone
en 2007, les ministres ont noté une légère amélioration,
mais qui reste insuffisante pour impulser un véritable
décollage, permettant d’atteindre les Objectifs du
Millénaire pour le développement. Constatant le peu de
progrès du processus de convergence, ils ont réaffirmé le
caractère nécessaire de ce processus au sein des unions
monétaires. Les ministres ont aussi mis l’accent sur
l’importance de la contribution du secteur privé à la
croissance économique et se sont engagés à accélérer
l’ensemble des réformes permettant de promouvoir et
d’accompagner l’initiative privée, à travers notamment le
renforcement des infrastructures de base et l’amélioration
de l’environnement des affaires.
Les ministres ont souligné la nécessité d’adapter les
instruments de financement bilatéraux et multilatéraux afin
qu’ils intègrent davantage la vulnérabilité spécifique des
pays de l’Afrique subsaharienne aux chocs exogènes. Ils ont
enfin appuyé les propositions visant à renforcer la
représentation de l’Afrique subsaharienne dans le cadre de
la réforme de la gouvernance de la Banque mondiale et en
particulier la création d’un siège additionnel pour la
région.
Cette décision a été officialisée lors des assemblées
annuelles de la Banque mondiale et du FMI et doit entrer en
vigueur au printemps 2011. « Un siège additionnel va être
créé pour l’Afrique subsaharienne au conseil
d’administration de la Banque mondiale », indique un
communiqué publié à l’issue de la réunion du Comité de
développement, qui réunit les instances des deux
organisations. « Les droits de vote des pays en
développement et en transition au sein de la Banque
Internationale pour la Reconstruction et le Développement
(BIRD) et l’Association Internationale pour le Développement
(AID) vont augmenter en donnant un accent particulier aux
membres les plus petits », ajoute le texte. La BIRD et l’AID
sont les deux composantes principales de la Banque mondiale.
Les propositions pour la réforme des droits de vote devront
être présentées au plus tard lors des réunions annuelles de
la BM et du FMI en octobre 2010 pour entrer en application
au printemps 2011.
Mais cela est jugé encore insuffisant par de nombreuses ONG
qui se battent pour une meilleure représentation des pays en
développement sur l’échiquier financier mondial. « Les
changements proposés sont des pas de nains alors que nous
avions besoin de pas de géants », a notamment affirmé
l’organisation britannique Oxfam. « Alors que l’Europe
obtient un tiers du gâteau, les pays en développement n’ont
que des miettes. Les pauvres doivent avoir autant de voix
que les riches », a précisé un de ses porte-parole.
Marie
Joannidis (MFI)