Al-Ahram Hebdo, Economie | Une offre à repenser
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Economie

Immobilier. Après trois ans de boom grâce aux projets de luxe, la croissance du secteur risque de ralentir en raison d’une baisse prévue des investissements étrangers. Pour y remédier, certains proposent une baisse des taux d’emprunts afin de satisfaire la forte demande des classes moyennes.  

Une offre à repenser 

« Nous cherchons à tripler le portefeuille de financement immobilier en Egypte d’ici la fin de l’année prochaine pour atteindre 1 milliard de L.E. Il existe vraiment une forte demande immobilière dans le pays », a annoncé le PDG du groupe émirati Amlak, le 21 octobre à l’agence britannique Reuters. Sameh Muhtadi, président de Emaar, le plus grand investisseur immobilier émirati dans le pays avec des investissements de 31,67 milliards de L.E., a aussi assuré à l’Hebdo que son groupe va explorer de nouvelles opportunités d’investissements dans la région en poursuivant ses plans d’expansion. « La crise financière internationale n’aura pas d’impact majeur sur l’Egypte. Le secteur immobilier connaîtra une certaine stabilité comme c’est le cas aux Emirats arabes unis où la demande reste supérieure à l’offre », souligne-t-il. La vision optimiste d’Emaar intervient au moment où ses profits nets ont chuté de 3,2 % au cours des neuf premiers mois de 2008.

Ces annonces s’inscrivent également en parallèle aux déclarations confiantes du ministre de l’Habitation Ahmad Al-Maghrabi, il y a 10 jours. « La crise financière est une opportunité pour attirer les flux financiers arabes sur le marché égyptien, qui reste le plus sécurisé des marchés arabes et internationaux. Le cas égyptien est différent de celui des Etats-Unis car la majorité des achats immobiliers (96 %) sont autofinancés par les propriétaires et non par des crédits bancaires ». Il a aussi ajouté que le gouvernement va prendre les mesures nécessaires pour encourager les investissements dans ce secteur, et en particulier dans ses infrastructures.

Mais cet optimisme est mis en doute par Ismaïl Sadeq, analyste immobilier auprès de la banque d’investissement Beltone, qui explique que la crise aura un impact négatif sur les investissements immobiliers à long terme. Pour lui, dans un marché où la moitié des investissements immobiliers revient à des sociétés de construction arabes, il n’y a aucun risque de menace sur les projets de développement immobilier en cours. « Cependant, l’importante chute des cours du pétrole et la révision à la baisse des taux de croissance dans différents pays du monde vont inciter la majorité de ces entreprises à réviser leurs plans d’investissements dans l’avenir », explique-t-il. De plus, il est prévu que la demande sur les pieds à terre en Egypte ralentisse de la part de la riche clientèle du Golfe.

Une opinion approuvée par les participants à la conférence Euromoney, tenue au Caire la semaine dernière, qui ont discuté lors d’une session importante l’impact de la crise sur le secteur immobilier. Ils ont exprimé leur méfiance envers l’avenir, en assurant que le marché égyptien n’est pas encore saturé au niveau des couches moyennes. Selon Ahmad Badrawi, directeur du département du développement des affaires chez l’égyptien Sodic, numéro six dans le pays en termes d’investissements immobiliers, « personne ne peut à l’heure actuelle prévoir l’avenir. La majorité des sociétés immobilières vont préférer se diriger vers leurs marchés internes plutôt que vers l’extérieur, en vue de minimiser les risques ». Hicham Mokhtar, PDG du groupe immobilier égyptien Rooya, est du même avis et assure que les sociétés de construction seront obligées de restreindre leurs marges de profitabilité dans les prochaines années pour pouvoir rester sur le marché. « Cette marge ne devra pas dépasser les 15 % contre 40 % actuellement. Les sociétés devront accorder plus de facilités aux consommateurs pour qu’ils puissent accéder au marché avec la révision des taux de croissance égyptienne aux alentours de 6 % », renchérit-il.

 

Impact en faveur des acheteurs

Le secteur d’immobilier jouit d’une grande force dans le pays avec une participation au PIB de 6,1 %. Ce secteur a connu un boom immobilier dans les deux dernières années avec l’arrivée des trois grands groupes émiratis (Damac, Emaar et Amlak) qui ont injecté d’importants investissements. Ainsi, Emaar Misr, filiale d’Emaar emirati possède 31,67 milliards de L.E. investies dans le pays. Le taux de croissance du secteur a quasi triplé pour atteindre 15,5 % lors des neuf premiers mois de cette année contre 5 % en 2005. Par ailleurs, le gouvernement a permis la création de sociétés d’hypothèques immobilières pour financer l’achat des unités de logement avec des prêts remboursables, sur une durée variant de 10 à 30 ans. Toutefois, la crise internationale aura un impact positif sur le prix des logements, en faveur des acheteurs.

Ismaïl Sadeq prévoit une baisse des prix de 10 à 15 %, comme conséquence à la baisse des prix des matières de construction et au surplus d’offre prévu sur le marché du logement de luxe. Et cela car les sociétés émiraties, telles que Damac et Emaar, ont ciblé les catégories sociales les plus fortunées des Arabes et des Egyptiens. Et l’impact du recul des prix du ciment et du fer à béton de plus de la moitié sur le marché national ne se fera sentir que l’année prochaine. « Cela car les sociétés vont répondre à leurs engagements selon les anciens prix », ajoute-t-il. Afin de profiter de cette baisse, les sociétés immobilières devront diversifier leurs activités en créant des centres commerciaux et des magasins. « Ainsi que des projets consacrés aux couches moyennes qui ont besoin d’appartements d’une superficie variant entre 100 et 150 mètres carrés », explique-t-il. A l’heure actuelle, le marché de l’immobilier souffre d’un déficit au niveau de l’offre à destination des couches moyennes et démunies. La production annuelle est de 200 000 unités seulement alors que la demande est de 450 000, d’après les chiffres du département d’investissement immobilier auprès de l’Union des chambres commerciales.

Hicham Choukri, PDG du groupe de construction Rooya, ajoute donc qu’il faudra contrer les répercussions du ralentissement économique. « Le gouvernement devrait travailler avec le secteur privé pour minimiser ces impacts. Les banques devront réduire les taux d’intérêts sur les crédits immobiliers. Ceux-ci ne doivent pas dépasser 6 % contre 14 % actuellement alors qu’ils sont en dessous de 2 % aux Etats-Unis. Et ce, pour encourager plus de personnes à emprunter pour acheter leur maison », propose-t-il. Une proposition qui devrait être étudiée avec précaution par le gouvernement pour ne pas laisser une crise à l’américaine se profiler.

Gilane Magdi

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