Grippe Aviaire.
Malgré l’interdiction, le commerce de volailles vivantes se
pratique toujours dans les quartiers populaires. Reportage à
Hélouan, au sud du Caire.
Insouciance dangereuse
« Deux poulets s’il vous plaît, je suis pressée », demande
une mère de famille à Ibrahim, vendeur de volailles dans le
marché principal de Hélouan, au
sud du Caire. Le vendeur semble dépassé, car il n’arrive
plus à satisfaire la demande des clients qui envahissent son
magasin à longueur de journée. Ici au marché de
Hélouan, personne ne parle de
Les volailles sont exposées à l’air libre, dans des cages,
au contact de la population. En février 2006, lorsque le
virus H5N1 de la grippe aviaire a été détecté pour la
première fois en Egypte, une campagne gouvernementale de
prévention a été lancée et la vente de volailles vivantes a
été interdite. Pourtant, peu à peu, les marchés ont repris
leur activité. « Autrefois, les agents des services
d’hygiène venaient chaque semaine pour faire des
inspections. Maintenant, ce n’est plus le cas. Ils passent
beaucoup plus rarement », explique Mahmoud, un jeune vendeur
de volailles. Parmi les mesures de prévention adoptées alors
par le gouvernement figuraient notamment l’interdiction de
l’abattage domestique des volailles sous peine d’amende, la
fermeture des échoppes spécialisées dans la vente de
volailles. Elles avaient donné lieu à un véritable marché
clandestin. L’inconscience des citoyens et le manque de
civisme ont exacerbé le problème. En outre, les citoyens ne
font pas confiance aux mesures gouvernementales. Le virus «
n’existe que dans l’esprit des responsables. Le gouvernement
veut seulement nous embêter », affirme
Madiha Aboul-Elaa, une
habitante de Hélouan. Pour elle,
si le gouvernement veut empêcher l’abattage des volailles en
plein air, c’est pour son intérêt. « On a entendu dire qu’un
grand abattoir gouvernemental va ouvrir et qu’il a besoin
d’une grande quantité de poulets. C’est pour cette raison
qu’ils ont emporté toutes les volailles », affirme-t-elle.
Et d’ajouter qu’elle a toujours acheté des volailles
vivantes. « Mon vendeur me dit que son poulet est vraiment
sain et ne contient aucune trace du virus de la grippe
aviaire. En plus, j’examine moi-même le poulet avant de
l’acheter », explique Madiha.
Les volailles sont plus accessibles aux petites Bourses, car
leurs prix sont bon marché
comparés aux viandes rouges. C’est pourquoi l’élevage et la
vente de la volaille sont très répandus dans les
quartiers populaires. « Lorsqu’on achète des volailles
vivantes, on peut au moins voir si elles sont malades ou
non. Mais avec le poulet congelé, il n’y a aucun moyen de le
savoir », pense Madiha. « De
toutes façons, tout est malsain. Même la viande rouge
pourrait être atteinte. Est-ce que vous avez oublié les
boucheries qui ont vendu de la viande d’âne ? »,
interroge
Mona, mère de 3 enfants. « Nous n’avons pas d’autres
choix que de manger ces viandes et de bien les faire cuire
car avec la hausse des prix, le poulet reste le moins cher
». Personne ne semble à Hélouan
craindre la maladie. « Qui sait ? Peut-être que les gens qui
sont morts ne le sont pas à cause de la grippe aviaire, mais
pour autre chose », pense Oum
Mohamad, qui vend des légumes à côté d’une boutique de
volailles et qui passe sa journée à proximité des cages de
volailles avec son bébé de 5 mois. Le commerce des volailles
à Hélouan continue, en absence
totale de conscience populaire et des services d’hygiène.
Ola Hamdi