Al-Ahram Hebdo, Dossier | Insouciance dangereuse
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Dossier

Grippe Aviaire. Malgré l’interdiction, le commerce de volailles vivantes se pratique toujours dans les quartiers populaires. Reportage à Hélouan, au sud du Caire.

Insouciance dangereuse 

« Deux poulets s’il vous plaît, je suis pressée », demande une mère de famille à Ibrahim, vendeur de volailles dans le marché principal de Hélouan, au sud du Caire. Le vendeur semble dépassé, car il n’arrive plus à satisfaire la demande des clients qui envahissent son magasin à longueur de journée. Ici au marché de Hélouan, personne ne parle de  Les volailles sont exposées à l’air libre, dans des cages, au contact de la population. En février 2006, lorsque le virus H5N1 de la grippe aviaire a été détecté pour la première fois en Egypte, une campagne gouvernementale de prévention a été lancée et la vente de volailles vivantes a été interdite. Pourtant, peu à peu, les marchés ont repris leur activité. « Autrefois, les agents des services d’hygiène venaient chaque semaine pour faire des inspections. Maintenant, ce n’est plus le cas. Ils passent beaucoup plus rarement », explique Mahmoud, un jeune vendeur de volailles. Parmi les mesures de prévention adoptées alors par le gouvernement figuraient notamment l’interdiction de l’abattage domestique des volailles sous peine d’amende, la fermeture des échoppes spécialisées dans la vente de volailles. Elles avaient donné lieu à un véritable marché clandestin. L’inconscience des citoyens et le manque de civisme ont exacerbé le problème. En outre, les citoyens ne font pas confiance aux mesures gouvernementales. Le virus « n’existe que dans l’esprit des responsables. Le gouvernement veut seulement nous embêter », affirme Madiha Aboul-Elaa, une habitante de Hélouan. Pour elle, si le gouvernement veut empêcher l’abattage des volailles en plein air, c’est pour son intérêt. « On a entendu dire qu’un grand abattoir gouvernemental va ouvrir et qu’il a besoin d’une grande quantité de poulets. C’est pour cette raison qu’ils ont emporté toutes les volailles », affirme-t-elle. Et d’ajouter qu’elle a toujours acheté des volailles vivantes. « Mon vendeur me dit que son poulet est vraiment sain et ne contient aucune trace du virus de la grippe aviaire. En plus, j’examine moi-même le poulet avant de l’acheter », explique Madiha. Les volailles sont plus accessibles aux petites Bourses, car leurs prix sont bon marché comparés aux viandes rouges. C’est pourquoi l’élevage et la vente de la  volaille sont très répandus dans les quartiers populaires. « Lorsqu’on achète des volailles vivantes, on peut au moins voir si elles sont malades ou non. Mais avec le poulet congelé, il n’y a aucun moyen de le savoir », pense Madiha. « De toutes façons, tout est malsain. Même la viande rouge pourrait être atteinte. Est-ce que vous avez oublié les boucheries qui ont vendu de la viande d’âne ? », interroge Mona, mère de 3 enfants. « Nous n’avons pas d’autres choix que de manger ces viandes et de bien les faire cuire car avec la hausse des prix, le poulet reste le moins cher ». Personne ne semble à Hélouan craindre la maladie. « Qui sait ? Peut-être que les gens qui sont morts ne le sont pas à cause de la grippe aviaire, mais pour autre chose », pense Oum Mohamad, qui vend des légumes à côté d’une boutique de volailles et qui passe sa journée à proximité des cages de volailles avec son bébé de 5 mois. Le commerce des volailles à Hélouan continue, en absence totale de conscience populaire et des services d’hygiène.

Ola Hamdi

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