Al-Ahram Hebdo, Dossier | Le spectre toujours pesant
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Dossier

Grippe Aviaire . Une sixième conférence internationale s’est tenue samedi et dimanche à Charm Al-Cheikh, dans l’objectif de passer en revue les efforts visant à contrôler la propagation de cette maladie fatale. L’Egypte est montrée du doigt, mais le gouvernement se veut rassurant. 

Le spectre toujours pesant 

Jusqu’ici, le virus responsable de la grippe aviaire, connu sous le nom de H5N1, ne se transmet pas des volailles aux humains, or les experts craignent une mutation. C’est donc pour faire face au fléau que des représentants de 116 pays, dont 50 ministres de la Santé et de l’Agriculture, ont participé cette semaine à une conférence co-organisée par l’Union européenne et plusieurs organisations internationales.

Le danger d’une telle mutation du virus est entretenu par les pays qui n’ont pas réussi à l’éradiquer. Deux pays sont montrés du doigt : d’après David Nabarro, coordinateur de la lutte contre la grippe à l’Onu, le virus n’est plus endémique qu’en Indonésie et en Egypte.

Le virus H5N1 est apparu dans le pays en février 2006. Depuis, 50 personnes ont été infectées, dont 22 sont mortes. Cela fait de l’Egypte le pays le plus touché en dehors du continent asiatique.

« Notre problème majeur ce sont les basses-cours des familles pauvres en Indonésie et en Egypte », affirme un autre responsable onusien, Bernard Vallat, qui dirige l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Il estime que dans ces deux pays, les fermiers ont cessé de prendre au sérieux le danger du virus. « Les gens sont fatigués et la solution c’est de chercher de nouveaux moyens pour les motiver et les amener à coopérer avec les services vétérinaires », ajoute Vallat. D’après le ministre de l’Agriculture, Amin Abaza, le gouvernement aurait versé près de 150 millions de L.E. pour indemniser les éleveurs endommagés. Une somme apparemment insuffisante.

Le gouvernement reconnaît que dans une situation pareille, la vaccination massive des volailles ne suffirait pas à éradiquer la maladie. Les gens hésitent à signaler un cas d’infection de peur de voir leurs volailles abattues.

A Charm Al-Cheikh, les Egyptiens ont surtout mis en avant les « besoins financiers des pays africains », pour continuer la lutte contre le virus. En inaugurant la conférence, le premier ministre, Ahmad Nazif, a lancé un appel en ce sens aux agences et pays donateurs, affirmant que la lutte contre cette maladie représentait « une lourde charge » pour le secteur de la santé. Nazif a également parlé des retombées économiques et sociales de cette maladie. Selon un rapport de l’Union européenne distribué lors de la conférence, 3,2 millions d’Egyptiens dépendent de l’élevage de volailles.

Le gouvernement égyptien affirme, pour sa part, que plus d’un million de volailles atteintes ont péri et près de 9 millions ont été abattues depuis 2006, ce qui s’est traduit par des pertes de deux milliards de L.E.

Le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a noté dans son discours que le nombre de donateurs était « passé de 35 lors de la conférence de Pékin en 2006 à 17 lors de celle de Bamako en 2006, pour en arriver à 9 l’année dernière à New Delhi ». Les Etats-Unis, avec 14 millions de dollars, sont les premiers participants au financement des efforts de lutte égyptiens avec l’Union européenne et d’autres organisations internationales. Mais Le Caire craint que la crise financière mondiale n’entraîne une baisse de ces aides.

Les responsables égyptiens n’ont pas manqué à mettre en avant les progrès réalisés : le nombre de foyers d’infections (en majorité

dans le Delta) est passé de 1 067 en 2006 à 121 cette année, affirme devant la conférence le ministre de l’Agriculture, Amin Abaza. Le porte-parole du ministère de la Santé, Abdel-Rahmane Chahine, fait de son côté remarquer que le taux de mortalité (par rapport au nombre d’infections) est de 44 % en Egypte contre un taux mondial de 63,3 %. Il souligne aussi que la dernière infection humaine déclarée remonte au 15 avril dernier.

Outre l’appel à l’aide et la présentation des progrès effectués, les responsables ont aussi pris soin de rassurer leurs interlocuteurs. « L’Egypte a élaboré un plan non déclaré pour faire face à une éventuelle transformation épidémique de la maladie », affirme Chahine. « Ce plan dont chaque gouverneur dispose d’une copie, prend soin des moindres détails ».

Chérif Albert

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Chiffres onusiens 

Le coût économique d’une pandémie planétaire pourrait atteindre 3 000 milliards de dollars et une chute de 5 % du produit intérieur brut mondial. Une pandémie modérée pourrait tuer environ 1,4 million de personnes à travers le monde, tandis que le bilan d’une épidémie majeure pourrait atteindre 70 millions de morts.

l Depuis l’apparition du virus en 2003, 245 personnes sont mortes de la grippe aviaire dans le monde sur un total de 387 infections, avec 28 morts confirmés en 2008 contre 59 en 2007.

l Depuis début 2008, aucun pays n’a fait état de nouvelles infections de volailles par le virus H5N1, contre quatre pendant la même période l’an dernier.

l La plupart des pays ont conçu des plans d’action pour faire face à une éventuelle pandémie de la grippe. Parmi eux, 53 % ont annoncé avoir testé leurs plans ces 12 derniers mois et seulement 38 % disent avoir tenu compte des leçons apprises au moment du test.

 




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