Grippe Aviaire .
Une sixième conférence internationale s’est tenue samedi et
dimanche à Charm Al-Cheikh, dans l’objectif de passer en
revue les efforts visant à contrôler la propagation de cette
maladie fatale.
L’Egypte
est montrée du doigt, mais le gouvernement se veut
rassurant.
Le spectre toujours pesant
Jusqu’ici,
le virus responsable de la grippe aviaire, connu sous le nom
de H5N1, ne se transmet pas des volailles aux humains, or
les experts craignent une mutation. C’est donc pour faire
face au fléau que des représentants de 116 pays, dont 50
ministres de la Santé et de l’Agriculture, ont participé
cette semaine à une conférence co-organisée par l’Union
européenne et plusieurs organisations internationales.
Le danger d’une telle mutation du virus est entretenu par
les pays qui n’ont pas réussi à l’éradiquer. Deux pays sont
montrés du doigt : d’après David Nabarro, coordinateur de la
lutte contre la grippe à l’Onu, le virus n’est plus
endémique qu’en Indonésie et en Egypte.
Le virus H5N1 est apparu dans le pays en février 2006.
Depuis, 50 personnes ont été infectées, dont 22 sont mortes.
Cela fait de l’Egypte le pays le plus touché en dehors du
continent asiatique.
« Notre problème majeur ce sont les basses-cours des
familles pauvres en Indonésie et en Egypte », affirme un
autre responsable onusien, Bernard Vallat, qui dirige
l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Il estime
que dans ces deux pays, les fermiers ont cessé de prendre au
sérieux le danger du virus. « Les gens sont fatigués et la
solution c’est de chercher de nouveaux moyens pour les
motiver et les amener à coopérer avec les services
vétérinaires », ajoute Vallat. D’après le ministre de
l’Agriculture, Amin Abaza, le gouvernement aurait versé près
de 150 millions de L.E. pour indemniser les éleveurs
endommagés. Une somme apparemment insuffisante.
Le gouvernement reconnaît que dans une situation pareille,
la vaccination massive des volailles ne suffirait pas à
éradiquer la maladie. Les gens hésitent à signaler un cas
d’infection de peur de voir leurs volailles abattues.
A Charm Al-Cheikh, les Egyptiens ont surtout mis en avant
les « besoins financiers des pays africains », pour
continuer la lutte contre le virus. En inaugurant la
conférence, le premier ministre, Ahmad Nazif, a lancé un
appel en ce sens aux agences et pays donateurs, affirmant
que la lutte contre cette maladie représentait « une lourde
charge » pour le secteur de la santé. Nazif a également
parlé des retombées économiques et sociales de cette
maladie. Selon un rapport de l’Union européenne distribué
lors de la conférence, 3,2 millions d’Egyptiens dépendent de
l’élevage de volailles.
Le gouvernement égyptien affirme, pour sa part, que plus
d’un million de volailles atteintes ont péri et près de 9
millions ont été abattues depuis 2006, ce qui s’est traduit
par des pertes de deux milliards de L.E.
Le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a noté dans son
discours que le nombre de donateurs était « passé de 35 lors
de la conférence de Pékin en 2006 à 17 lors de celle de
Bamako en 2006, pour en arriver à 9 l’année dernière à New
Delhi ». Les Etats-Unis, avec 14 millions de dollars, sont
les premiers participants au financement des efforts de
lutte égyptiens avec l’Union européenne et d’autres
organisations internationales. Mais Le Caire craint que la
crise financière mondiale n’entraîne une baisse de ces
aides.
Les responsables égyptiens n’ont pas manqué à mettre en
avant les progrès réalisés : le nombre de foyers
d’infections (en majorité
dans le Delta) est passé de 1 067 en 2006 à 121 cette année,
affirme devant la conférence le ministre de l’Agriculture,
Amin Abaza. Le porte-parole du ministère de la Santé,
Abdel-Rahmane Chahine, fait de son côté remarquer que le
taux de mortalité (par rapport au nombre d’infections) est
de 44 % en Egypte contre un taux mondial de 63,3 %. Il
souligne aussi que la dernière infection humaine déclarée
remonte au 15 avril dernier.
Outre l’appel à l’aide et la présentation des progrès
effectués, les responsables ont aussi pris soin de rassurer
leurs interlocuteurs. « L’Egypte a élaboré un plan non
déclaré pour faire face à une éventuelle transformation
épidémique de la maladie », affirme Chahine. « Ce plan dont
chaque gouverneur dispose d’une copie, prend soin des
moindres détails ».
Chérif Albert