Al-Ahram Hebdo,Arts | Hommage au granit
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Arts

Sculpture. Des œuvres en bronze se laissent palper, dégageant une légère gravité portant la touche Armen Agop.  

Hommage au granit 

Des bombés, des pointes, des arêtes et des courbes, des lignes souples, lisses, charnelles naissent d’un bloc de granit noir sous les coups de maillet du sculpteur égyptien Armen Agop. Il présente certaines de ses œuvres dans la Galerie d’art de Zamalek depuis dimanche, chacune reposant sur un socle qui l’isole du reste des pièces et lui confère sa personnalité propre. Un fil imaginaire fécond lie toutes ces œuvres de bronze sombre entre elles, qui se répandent dans un écho qui ricoche sur les murs blancs immaculés de la salle d’exposition. Reines de beauté au cœur de pierre, elles se laissent volontiers palper, lisser d’un revers de main, basculer d’une pichenette, effleurer du bout des doigts, tout en gardant jalousement au creux de leur ventre leur secret. Toutes ont en commun cette légère gravité, cette absence de pesanteur creusée dans la pierre, cette élévation qui progresse lentement mais sûrement. Parfois, la forme semble avoir été extraite, sous la pression de la pointe qui l’orne, d’un magma vaseux qui contrecarre cette fuite vers le haut sans toutefois l’interrompre : ce qui explique que les versants de certaines pièces soient ramollis, moins aériens. « Je ne sais jamais à quoi va ressembler ma sculpture avant de commencer à travailler, mais le prélude à ma création artistique réside dans le choix de la pierre, qui est de l’ordre d’une rencontre sentimentale », explique l’artiste, qui déambule de carrières en usines pour la découvrir. Du granit noir, uniquement. « Je n’ai pas travaillé d’autres matériaux depuis 10 ans », ajoute le sculpteur, qui a élu domicile en Toscane. Un morceau de lune, tranchée sur le vif et sur le côté, porte en son sein trois pointes qui saillent crescendo, comme si elles désiraient, timidement toutefois, s’extraire de l’autisme de leur cocon trop lisse et aller à la rencontre de l’extérieur. « Les formes sont embryonnaires, enfermées sur elles-mêmes, intimes, et les pointes qui jaillissent avec plus ou moins de vigueur sont le centre gravitationnel de ces œuvres, une pointe de curiosité », explique Armen Agop, les yeux rieurs balayés de longs sourcils sombres.

A l’émotion initiale méditative qu’inspirent ces sculptures sombres qui réfléchissent la lumière et dévoilent un spectre qui décante les nuances variées du bronze, s’ajoute progressivement la tension qui gronde sous cette chape de pierre lissée. Certaines pointes saillent violemment, on imagine qu’un couteau à la pointe effilée fait pression de l’intérieur pour percer la pierre inoffensive et souple comme de la peau. Les convexes répondent aux concaves et les pointes aux creux, supprimant l’impression de confiance presque maternelle qui émane des formes rondes comme des ventres. Et c’est probablement dans cette contradiction, entre les bombés rassurants et les pointes inquisitrices, que l’on peut apprécier l’esthétisme de ces sculptures.

Louise Sarant

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Jusqu’au 5 novembre, de 10h30 à 21h (sauf le vendredi)

à la galerie Zamalek. 11, rue Brésil, Zamalek.

Tél. : 27 35 12 40

 




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