Musique.
Lors du 17e Festival de la musique arabe
organisé en novembre en Egypte, 18 chansons inspirées
du patrimoine arabe seront interprétées par la chorale
libanaise Al-Fayhaa, à l’Opéra
du Caire et d’Alexandrie.
Des airs de paix
Chanter
a capella dans toutes les langues est un message non
seulement de paix, d’amour, mais aussi de convivialité
proposé par la chorale Al-Fayhaa,
l’un des pionniers du monde arabe. Sans accompagnements
musicaux, la chorale Al-Fayhaa
regroupe une variété de types vocaux, entre ténor, bas
ténor, alto, soprano et mezzo soprano. Fondée en 2003 par le
chef d’orchestre libano-arménien
Barkev
Taslakian, la chorale Al-Fayhaa,
composée de 40 membres, jeunes chanteurs et chanteuses
libanais, a le soutien de trois municipalités au nord du
Liban : la ville de Tripoli, Al-Minaa
et Al-Badawi. « Sans l’union de
ces trois municipalités, outre trois autres associations,
Al-Safadi,
Al-Aazm wal
saada et Al-Hariri, la chorale
n’aurait jamais vu le jour. Le soutien matériel mais aussi
moral de ces trois associations a aidé la chorale à prouver
sa présence en tant qu’acteur culturel, non seulement à
Tripoli, mais surtout en dehors de cette ville libanaise.
Une manière de rompre avec la violence marquant actuellement
l’image de la ville. La chorale transcende les limites du
monde arabe, présentant son patrimoine musical », déclare
Taslakian. Ce dernier relance
l’enthousiasme et la confiance des membres de sa chorale qui
vivent ensemble la différence de leurs âges, religions,
cultures, niveaux sociaux ainsi qu’affiliations politiques.
« Chrétiens et musulmans, nous formons une équipe,
contrairement à ce que disent les médias », assure
Taslakian qui, avec sagesse et
intelligence, a choisi, pour la participation à la 17e
édition du Festival de la musique arabe en Egypte, un
programme assez dense puisant dans les héritages libanais,
égyptien, iraqien, syrien et andalous. « Souvent, je penche
vers un programme regroupant outre les chansons arabes
d’autres françaises, anglaises, grecques et même
arméniennes. Cette diversité met l’accent sur notre
ouverture d’esprit », affirme Taslakian.
Est-ce la raison pour laquelle
Taslakian a programmé la chanson
Zahrat
al-madaën (fleur de minarets) des frères
Rahbani, pour clôturer le
concert prévu dans le cadre du Festival de la musique arabe
? « Zahrat
al-madaën parlant de la ville de Jérusalem est un
panorama qui réunit musulmans et chrétiens, en une même
chanson. On délivre un message d’amour et de paix ». Cette
chanson qui a été réarrangée par le Libanais Eddie
Toriguian fera le tour de
Jérusalem, la ville des minarets, avec les multiples
cadences de ses mosquées et ses églises, à la différence de
ses rites. Entre autres chansons programmées aussi pour le
festival : Foq
al-nakhl (du haut des palmiers),
Nehna wal
qamar
girane (nous et la lune sommes voisins),
Nassam
alayna al-hawa (brises),
Ana wa
Chadi (moi et Chadi),
Yasmar
al-loun (toi brun), Dalido
(du patrimoine arménien) … La liste est donc longue. « J’ai
choisi d’intégrer dans le concert une chanson du patrimoine
arménien, je trouve que celui-ci porte en lui un cachet
arabe, très proche du style de la musique orientale, très
mélodieuse », affirme le maestro
Taslakian, un vrai autodidacte comme le reste de la
chorale. « Les membres de ma chorale sont tous des amateurs.
En dépit des diverses occupations de chacun d’entre eux, ils
ont atteint le niveau des professionnels ».
Fier de sa chorale, Taslakian
ajoute : « Je me rappelle notre première participation au
Festival international du chant collectif, à Varsovie en
Pologne, en 2005. C’est la capitale des chorales d’A Capella
de par le monde, la ville de Chopin. Nous étions la seule
chorale arabe parmi 75 autres chorales étrangères. Et on a
terminé avec le 2e prix du festival. Au début, ils nous
regardaient comme des terroristes. Petit à petit, en
écoutant notre musique, ils ont vu autre chose ». La chorale
a aussi remporté en 2007 le 1er prix du même festival ainsi
que le prix du meilleur chef d’orchestre.
Outre ses concerts de tous les vendredis, la chorale
multiplie les voyages en Pologne, à
Abou-Dhabi, en Jordanie, en Arménie. Son concert en
Egypte sera suivi d’une tournée en Tunisie, en France, en
Italie et au Canada, vers mi-novembre.
Névine
Lameï