Al-Ahram Hebdo, Arts | Course contre la montre et la mort
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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Arts

Cinéma. Dans une atmosphère gothique, le film Zay al-naharda (comme aujourd’hui), écrit et réalisé par Amr Salama, réhabilite la mémoire des films classiques de science-fiction, dans un cadre spatial et temporel moderne. 

Course contre la montre et la mort 

Tout le monde a déjà ressenti cette sensation de « déjà-vu », qui peut parfois perturber. Mais qu’en serait-il si cette impression était vraiment un avertissement du passé ou un indice sur notre avenir ? C’est sur ce thème de la ressemblance des incidents et des dates, et de la simultanéité des situations, que le jeune cinéaste Amr Salama réalise son premier long métrage Zay al-naharda (Comme aujourd’hui). L’histoire n’est peut-être pas la plus simple à raconter complètement, elle suit la vie d’une jeune fille May (Basma) qui perd sa paix sociale et familiale après avoir remarqué que son histoire d’amour avec le jeune Yasser (Ahmad Al-Fichawi) ressemble dans son cheminement à celle de son ancienne idylle avec le jeune Aymane. Celui-ci a perdu la vie en poursuivant Mohamad (Asser Yassine) le frère de May, toxicomane. Vivant les mêmes situations dans les mêmes circonstances, la protagoniste se sent peu à peu hantée par ce sentiment de déjà-vu, et par le passé qui domine son présent et prévoit son futur. Un côté science-fiction qui la pousse à défier le temps et le destin inévitable de son histoire d’amour. S’en suit une course contre le temps et la tentative de modifier le cours des choses. Apparemment, rien de spécial dans le contenu. Mais l’apport du scénario se situe au niveau du traitement de deux thèmes aussi récurrents. Car cette fiction garde une qualité assez précieuse : être inventive en son genre.

Le fait qu’une jeune fille se fasse elle-même justice par des moyens « masculins » n’est pas la seule caractéristique du film. L’évolution psychologique de tous les protagonistes est plus ou moins manifestée et jamais trop prévisible, à travers un scénario qui ne manque pas d’intelligence, et assez bien ficelé.

Zay al-naharda est donc un film rondement mené, s’appuyant sur un scénario habile qui réserve suspense et scènes d’action. La densité du sujet, les effets narratifs et les rebondissements de l’intrigue amènent le jeune cinéaste à s’éloigner de la mise en image ultra-clipée qui caractérise la majorité des films du genre.

 

Pari de surprendre

Bien que ce soit son premier film, le réalisateur Amr Salama prouve que ses méthodes se distinguent des films d’aujourd’hui. Basé sur son propre scénario, Salama s’est créé une bonne histoire à raconter, déployant des effets spéciaux moins nombreux mais convaincants. Cette méthode, rehaussée par l’atmosphère gothique et le visuel recherché, donne une identité particulière à l’œuvre. Alliant une certaine rigueur d’écriture à une mise en image évitant tout excès, le réalisateur réussit son pari de surprendre.

Il reste la maîtrise du montage, des plans-séquences raccourcis, nerveux, soutenant l’action dans le film. Images soignées et jeux de caméra créatifs qui ne réussissent tout de même pas à soutenir le suspense.

Quant à l’histoire, elle est complexe et part dans les méandres du temps, du passé et du présent. Les amateurs de films jouant avec le temps risquent d’apprécier. A force d’aller vite, le cinéaste a fini par atteindre avec son œuvre une sorte de point zéro du temps, où passé et présent se ressemblent et se confondent.

Au niveau de l’interprétation, les personnages sont peu nombreux, mais chacun d’eux garde une empreinte assez spéciale sur l’histoire. Même la jeune actrice Arwa, dont le rôle d’une jeune toxicomane est le seul à ne pas être lié à tous les autres protagonistes, réussit à offrir une touche particulière au rôle de la jeune Hala, cette jeune fille complètement corrompue. La jeune Basma campe dans un rôle qui lui va à merveille, bien joué et intelligent, dans lequel elle se doit de changer le cours de l’histoire et d’empêcher un attentat qui tuera son bien-aimé. Elle y met une tendresse et une certaine simplicité absolument fondantes. Avec elle, on fait plusieurs virées assez excitantes dans l’espace-temps. Dans le rôle de son frère toxicomane, le jeune Asser Yassine nous offre une grande performance. Il alterne très bien entre les multiples émotions de la personnalité.

Quant à Ahmad Al-Fichawi, dont la réputation n’est plus à faire, il offre une prestation intégrale nécessaire au rôle. En un mot, le casting est réussi. Bondé d’invention, d’action et de mystère, le film incarne ce que le cinéma égyptien ne nous a pas donné depuis longtemps, même s’il ne s’agit pas d’un chef-d’œuvre. C’est sans doute l’une des meilleures productions de l’année.

Yasser Moheb

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