Cinéma.
Dans une atmosphère gothique, le film Zay al-naharda (comme
aujourd’hui), écrit et réalisé par Amr Salama, réhabilite la
mémoire des films classiques de science-fiction, dans un
cadre spatial et temporel moderne.
Course contre la montre et la mort
Tout
le monde a déjà ressenti cette sensation de « déjà-vu », qui
peut parfois perturber. Mais qu’en serait-il si cette
impression était vraiment un avertissement du passé ou un
indice sur notre avenir ? C’est sur ce thème de la
ressemblance des incidents et des dates, et de la
simultanéité des situations, que le jeune cinéaste Amr
Salama réalise son premier long métrage Zay al-naharda
(Comme aujourd’hui). L’histoire n’est peut-être pas la plus
simple à raconter complètement, elle suit la vie d’une jeune
fille May (Basma) qui perd sa paix sociale et familiale
après avoir remarqué que son histoire d’amour avec le jeune
Yasser (Ahmad Al-Fichawi) ressemble dans son cheminement à
celle de son ancienne idylle avec le jeune Aymane. Celui-ci
a perdu la vie en poursuivant Mohamad (Asser Yassine) le
frère de May, toxicomane. Vivant les mêmes situations dans
les mêmes circonstances, la protagoniste se sent peu à peu
hantée par ce sentiment de déjà-vu, et par le passé qui
domine son présent et prévoit son futur. Un côté
science-fiction qui la pousse à défier le temps et le destin
inévitable de son histoire d’amour. S’en suit une course
contre le temps et la tentative de modifier le cours des
choses. Apparemment, rien de spécial dans le contenu. Mais
l’apport du scénario se situe au niveau du traitement de
deux thèmes aussi récurrents. Car cette fiction garde une
qualité assez précieuse : être inventive en son genre.
Le fait qu’une jeune fille se fasse elle-même justice par
des moyens « masculins » n’est pas la seule caractéristique
du film. L’évolution psychologique de tous les protagonistes
est plus ou moins manifestée et jamais trop prévisible, à
travers un scénario qui ne manque pas d’intelligence, et
assez bien ficelé.
Zay al-naharda est donc un film rondement mené, s’appuyant
sur un scénario habile qui réserve suspense et scènes
d’action. La densité du sujet, les effets narratifs et les
rebondissements de l’intrigue amènent le jeune cinéaste à
s’éloigner de la mise en image ultra-clipée qui caractérise
la majorité des films du genre.
Pari de surprendre
Bien que ce soit son premier film, le réalisateur Amr Salama
prouve que ses méthodes se distinguent des films
d’aujourd’hui. Basé sur son propre scénario, Salama s’est
créé une bonne histoire à raconter, déployant des effets
spéciaux moins nombreux mais convaincants. Cette méthode,
rehaussée par l’atmosphère gothique et le visuel recherché,
donne une identité particulière à l’œuvre. Alliant une
certaine rigueur d’écriture à une mise en image évitant tout
excès, le réalisateur réussit son pari de surprendre.
Il reste la maîtrise du montage, des plans-séquences
raccourcis, nerveux, soutenant l’action dans le film. Images
soignées et jeux de caméra créatifs qui ne réussissent tout
de même pas à soutenir le suspense.
Quant à l’histoire, elle est complexe et part dans les
méandres du temps, du passé et du présent. Les amateurs de
films jouant avec le temps risquent d’apprécier. A force
d’aller vite, le cinéaste a fini par atteindre avec son
œuvre une sorte de point zéro du temps, où passé et présent
se ressemblent et se confondent.
Au niveau de l’interprétation, les personnages sont peu
nombreux, mais chacun d’eux garde une empreinte assez
spéciale sur l’histoire. Même la jeune actrice Arwa, dont le
rôle d’une jeune toxicomane est le seul à ne pas être lié à
tous les autres protagonistes, réussit à offrir une touche
particulière au rôle de la jeune Hala, cette jeune fille
complètement corrompue. La jeune Basma campe dans un rôle
qui lui va à merveille, bien joué et intelligent, dans
lequel elle se doit de changer le cours de l’histoire et
d’empêcher un attentat qui tuera son bien-aimé. Elle y met
une tendresse et une certaine simplicité absolument
fondantes. Avec elle, on fait plusieurs virées assez
excitantes dans l’espace-temps. Dans le rôle de son frère
toxicomane, le jeune Asser Yassine nous offre une grande
performance. Il alterne très bien entre les multiples
émotions de la personnalité.
Quant à Ahmad Al-Fichawi, dont la réputation n’est plus à
faire, il offre une prestation intégrale nécessaire au rôle.
En un mot, le casting est réussi. Bondé d’invention,
d’action et de mystère, le film incarne ce que le cinéma
égyptien ne nous a pas donné depuis longtemps, même s’il ne
s’agit pas d’un chef-d’œuvre. C’est sans doute l’une des
meilleures productions de l’année.
Yasser Moheb